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Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, le 29 mai 2017.

Sur quel ton parler à la Russie ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Deux ministres français se rendent aujourd'hui à Moscou, dans le cadre du rapprochement souhaité par Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, le 29 mai 2017.
Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, le 29 mai 2017. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Oui, la question est un peu brutale, mais elle résume plusieurs décennies d'hésitations et de revirement de la diplomatie française vis-à-vis de la Russie. Emmanuel Macron veut dégeler la relation. 

Il envoie aujourd'hui à Moscou son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et sa ministre de la Défense Florence Parly. Tous deux vont rencontrer leurs homologues russes. Ce type de réunion n'avait pas eu lieu depuis 5 ans. 

C'est François Hollande qui avait décidé d'y mettre fin, après l'annexion de la Crimée par Vladimir Poutine. Les tensions étaient alors à leur comble. Le président russe avait même été désinvité de l'inauguration d'une cathédrale orthodoxe à Paris. 

François Hollande, méfiant vis-à-vis de Vladimir Poutine. Voici comment il en parlait :  

"C'est un homme qui n'est pas impressionnant. Il est petit, il est râblé... mais il joue toujours du rapport physique (...) parce qu'il se met... comme s'il était l'armée russe"

Voilà Vladimir Poutine qui semble personnaliser la maxime attribuée à Theodore Roosevelt, l'ancien président américain : « je parle doucement, avec un gros bâton à la main. Cela vaut mieux que de hurler en brandissant un mouchoir ». 

François Hollande s'exprimait dans le documentaire "L'empire de Poutine" sur TMC. L'ancien président français avait aussi décidé d'annuler la livraison de navires de guerre à Moscou. Déchirant ainsi un contrat conclu sous Nicolas Sarkozy. Sarkozy justement a tissé un rapport ambivalent avec le Kremlin. Paris est intervenu pour sauver la Géorgie menacée par les chars russes. 

Bien loin, en tout cas, de ce qui fut vécu comme l'âge d'or, côté russe. L'époque Chirac. Ce dernier méfiant envers les Américains, était russophile, il avait étudié la langue dans ses jeunes années, un penchant qu'il partageait avec son ami le chancelier allemand Gerhard Schröder. Ce dernier est d'ailleurs désormais à la tête du groupe pétrolier russe Rosneft. 

Mais il serait simpliste d'expliquer ces relations fluctuante entre Paris et Moscou uniquement par les personnalités au pouvoir, par les changements de présidents. D'abord parce que du côté du Kremlin, on ne peut pas dire que les présidents aient beaucoup changé. De Chirac à Macron, on a eu affaire à Vladimir Poutine, même quand le fidèle Dmitri Medvedev a assuré l'interim. 

Mais surtout parce que les chefs d'Etat côté français ne sont pas les seuls à influer sur cette relation. Il y a aussi le corps diplomatique. Corps diplomatique dont une partie serait profondément hostile à Moscou. C'est Emmanuel Macron qui le dit assez franchement, dans un discours devant les ambassadeurs. C'était il y a deux semaines à l'Elysée, écoutez : 

"Nous avons un Etat profond. Et donc parfois le président de la République dit quelque chose, et la tendance collective [de la diplomatie] pourrait être de dire : [le président] a dit ça, mais enfin nous on connaît la vérité : on va continuer comme on l'a toujours fait. Je ne saurais trop vous recommander de ne pas suivre cette voie." 

La stratégie de détente vis-à-vis de Moscou serait donc en partie empêchée par certains diplomates français, en croire Emmanuel Macron, qui a reçu vous vous en souvenez Vladimir Poutine au fort de Brégançon cet été. Le président s'attend aussi à ce que ce rapprochement soit attaqué.

"Vous aurez chaque jour des preuves de ne pas aller dans ce sens. Parce que des acteurs de part et autre essaieront de menacer ce projet. Y compris côté russe. parce qu'il y a beaucoup d'acteurs - dans les services [secrets], dans les forces économiques - qui essaieront : des attaques des provocations, pour fragiliser cette voie. Mais il nous faut stratégiquement explorer les voies d'un tel rapprochement et y poser nos conditions profondes."

Pourquoi se rapprocher de la Russie ? Ce n'était pas le mouvement le plus naturel pour Emmanuel Macron, lui qui a toujours reproché aux médias pro-russes d'avoir tenté de saboter sa campagne en 2017. Il n'a pas oublié non plus que le locataire du Kremlin avait soutenu sa rivale Marine Le Pen avant le second tour. Mais selon Macron, la rupture du dialogue ne fonctionne pas. 

Parce que les torts et les malentendus sont réciproques, explique-t-il, en citant l'inquiétude russe de se voir encerclée de pays membres de l'OTAN. Et puis parce qu'il faut éviter, dit-il, que la Russie ne s'arrime à Pékin. 

La libération et l'échange de prisonniers ukrainiens, hier, dont Oleg Sentsov, semble encourager cette tentative de détente. 

Mais l'interrogation qui viendra presque aussitôt, face à l'expert du rapport de force qui siège au Kremlin, c'est à quel moment la main tendue sera perçue comme de la faiblesse ? 

La question n'est pas uniquement sur quel ton parler à Vladimir Poutine... Mais aussi sur quel ton accepter de se faire parler par Vladimir Poutine. 

Frédéric Says

Chroniques
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