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Jean-Luc Mélenchon est-il fragilisé ?

Les défis de LFI

4 min
À retrouver dans l'émission

Le revers électoral des européennes a réveillé les contradictions internes à La France insoumise.

Jean-Luc Mélenchon est-il fragilisé ?
Jean-Luc Mélenchon est-il fragilisé ? Crédits : Geoffroy Van der Hasselt - AFP

Dans cette grande recomposition qui suit les européennes, on a beaucoup évoqué le parti Les Républicains, en pleine crise, mais assez peu La France insoumise (LFI). Le mouvement est pourtant soumis actuellement à de fortes turbulences. 

Gardons-nous cependant de tout parallèle strict entre les deux formations politiques. Elles ne sont pas dans la même situation.

D'un côté, Laurent Wauquiez a été poussé à la démission, accompagné d'une volée de crachats et de haines recuites. Chez les Insoumis, il ne se trouve aucune voix pour pousser Jean-Luc Mélenchon vers la sortie, du moins pour l'instant. 

Pourtant, la France insoumise est durement secouée. Dernier symptôme observé ce week-end : le départ de Charlotte Girard, ex-coordinatrice du programme présidentiel. 

Le mouvement est en fait traversé par une triple crise. Une crise stratégique, une crise politique, une crise d'appareil. 

La stratégie d'abord. 

La France insoumise est-elle une force populiste, anti-élite, qui vise à rassembler le peuple ? Ou bien un parti de gauche, qui s'inscrit dans le clivage droite-gauche, et qui cherche à fédérer les autres partis de gauche ? 

Clémentine Autain penche pour la deuxième option. Selon la députée de Saint-Saint-Denis, le mauvais score aux européennes s'explique par l'oubli de l'ancrage à gauche, et par l'avènement d'une "logique de clash". 

Alexis Corbière, autre député LFI, assume, lui, le mot de « populisme ». Il estime même que c'est grâce à cette stratégie que la France insoumise a tutoyé les 20% de voix à la dernière présidentielle. 

Deuxième source de dissensions internes : la ligne politique. 

Quel choix entre le souverainisme et l'internationalisme ? Quelle option entre l'universalisme et le communautarisme ? Plus largement, les sujets sociétaux divisent quand les sujets économiques rassemblent. Chez les Insoumis, il est plus facile de vociférer contre la "rapacité du banquier" que d'adopter une position commune et publique, par exemple, sur l'immigration. 

Ainsi, à l'automne dernier, Clémentine Autain avait soutenu un manifeste pour l'accueil des migrants, à l'initiative des journaux Médiapart, Politis et Regards. Jean-Luc Mélenchon, lui, avait refusé de le signer, comme l'écrasante majorité des cadres de LFI : 

"Je ne suis pas d'accord pour faire comme si l'immigration était quelque chose de naturel, de désirable, de souhaitable. Et je dis que l'on exploite les travailleurs sans-papiers pour faire baisser les salaires. Je n'ai jamais dit que c'était leur faute !" (Jean-Luc Mélenchon avec Francis Letellier dans l'émission Dimanche en politique sur France 3).

Troisième crise : celle de l'appareil. 

C'est un mouvement "trop vertical", accuse la même Clémentine Autain. Il n'y a "pas de lieux" pour exprimer ses désaccords en interne, surenchérit Charlotte Girard. 

Autrement dit, contrairement à un parti classique, avec ses instances représentatives (conseil national, tendances internes, aile gauche, aile droite...), la France insoumise manque d'espaces de débat, d'espaces de délibération collective. 

Un signe, d'ailleurs : alors qu'on localise souvent les partis par leur adresse - on parle de "la place du colonel Fabien" pour les communistes, on a longtemps désigné le PS par "la rue de Solférino" -, qui connaît l'adresse de la France insoumise ?

Plus généralement, quand est-ce qu'un cadre de la France insoumise peut formuler des critiques sur la marche du mouvement ? 

Question complexe. 

- S'il le fait avant les élections, on lui reprochera de faire le jeu des adversaires. 

- S'il le fait après une élection perdue, on lui reprochera un comportement de charognard. 

- S'il le fait après une élection gagnée, on lui reprochera de saper la dynamique de victoire... 

Bref, il n'y a ni bon endroit ni bon moment pour contester la ligne. 

Dans cette triple crise qui affecte la France insoumise, comment ne pas penser à la typologie établie par le chercheur Albert Hirschman ? Face à une organisation en déclin, il y a selon lui trois réactions possibles : Voice, exit ou loyalty. La prise de parole, la défection ou la loyauté. 

Clémentine Autain a choisi la prise de parole. Charlotte Girard, la défection. Alexis Corbière, la loyauté.

LFI est-elle confrontée à une crise de croissance ?

Oui. Mais cette crise n'est sans doute pas particulière à la France insoumise. Elle est liée à ces nouveaux mouvements, qui se veulent "gazeux" dans leur fonctionnement. C'est-à-dire sans organigramme précis.

Des mouvements-champignons, qui poussent dans l'euphorie des campagnes. Ce fut aussi le cas d'En Marche (et là non plus, les militants n'ont pas tellement voix au chapitre). 

Mais la victoire cimente encore les troupes. Ce n'est plus le cas chez les "insoumis", où l'on repousse les explications internes en s'en prenant à la presse... Un bouc-émissaire assez peu original, dans l'histoire des partis en difficulté.

Il n'empêche. La France insoumise va devoir choisir comment elle traite ses propres insoumis à elle - en quelque sorte les "insoumis au carré".

Frédéric Says

Chroniques
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