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Election de François Mitterrand en 1981

A un an de la présidentielle, la gauche regarde avec nostalgie le 10 mai 1981

3 min
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La "force tranquille" : il y a quarante ans, François Mitterrand accédait à l’Élysée. La gauche peut-elle s'en inspirer pour 2022 ?

Election de François Mitterrand en 1981
Election de François Mitterrand en 1981 Crédits : Patrick SICCOLI - Getty

Est-ce un pèlerinage pour convoquer les "forces de l'esprit" chères à François Mitterrand ?

Ils étaient en tout cas nombreux au Creusot, hier, pour commémorer la victoire du socialiste, il y a tout juste quarante ans. Lionel Jospin, Anne Hidalgo, François Hollande, Bernard Cazeneuve et bien d'autres membres du PS ont fait le déplacement.

A un an de la présidentielle, pensent-ils trouver des leçons utiles dans cette page d'histoire ? Le succès de Mai 1981 peut-il offrir des perspectives, voire un modèle, à la gauche pour 2022 ?

A priori, la comparaison n'a pas grand sens. A l'époque, les candidats de gauche totalisent 46% des voix au 1er tour. En 2017, à la présidentielle, tous candidats de gauche confondus, on est à 28%. Bref, on est passés de « la force tranquille » à « la faiblesse fébrile ».

Autre différence majeure : en 1981, la gauche est tenue éloignée du pouvoir depuis plusieurs décennies.

Elle n'était donc pas usée par les débâcles du pouvoir - ou pour le dire comme l'historien Gilles Vergnon, interrogé par Médiapart, les gauches "étaient parées d'une virginité politique" qui n'existe plus. 

Aujourd'hui, le Parti socialiste a quitté le pouvoir il y a moins de cinq ans, et ce mandat a laissé un goût amer à de nombreux électeurs de gauche. La rupture annoncée ne fut pas si franche, pas si claire. Même si le mariage pour tous (que l'on rappelle souvent), ou bien la taxation égale du capital et du travail (que l'on oublie souvent), figurent à l'actif "de gauche" du quinquennat.

Aujourd'hui, la gauche est plus divisée que jamais

Anne Hidalgo avance ses pions, tout comme Yannick Jadot et Eric Piolle. Candidature autonome aussi au Parti communiste, qui a décidé hier soir d'investir Fabien Roussel. Jean-Luc Mélenchon, lui, a déjà commencé sa campagne depuis bien longtemps.

Bref, à gauche, le mot d'ordre, c'est « je suis candidat, quoi qu'il en coûte ». Quel contraste avec 1981, et ce gouvernement composé de socialistes et de communistes.

Néanmoins, en regardant dans le rétroviseur, attention aux mirages et aux effets d'optiques.

En 1981, le PS et le PC ont présenté chacun leur candidat. Quatre ans avant, ils avaient déchiré le programme commun. Il était loin, déjà, le temps où Georges Marchais appelait François Mitterrand « cher ami ». Ce « cher ami », c'était dans une lettre de 1973, au moment d'un accord électoral entre communiste et socialiste - cette lettre est d'ailleurs exposée à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

Mais en 1981, il n'était plus question de « cher ami ». Et pourtant, il y eut donc la victoire contre la droite.

Les divisions n'entravent pas forcément le succès

Ces jours-ci, François Hollande résume d'ailleurs cela d'une formule : « ce n'est pas l'union qui fait la force, c'est la force qui fait l'union ».

Pour une fois, Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose. Le candidat de la France insoumise préfère tracer sa route et soigner sa cote, plutôt que de s'essayer aux jeux d'alliance et d'union. Il appelle ces tentatives d'alliance des « soupes de logos ». Les amateurs de jeux de mots pourraient appeler ça « la soupe à l'union ». 

Cela dit, la grande différence avec 1981, c'est aussi le niveau du Front national. Il était quasi-inexistant à l'époque, tout comme les écologistes d'ailleurs.

Tant et si bien que seules quatre grandes forces politiques pesaient. PS et PC à gauche ; UDF et RPR à droite. Dès lors, le premier tour de la présidentielle fait office de primaire. Au second tour, le premier à gauche affronte le premier à droite, c'est réglé d'avance. Pour 2022, la domination du RN rend ce calcul inopérant voire suicidaire. A coup sûr, la dispersion, c'est la disparition.

En 1936, le Front populaire (c'est-à-dire l'alliance des gauches) s'est cimenté sur la crainte de l'extrême-droite et des ligues antirépublicaines.

Alors, pour la gauche, plutôt que 1981, n'y a-t-il pas là un précédent historique plus pertinent ?

Frédéric Says

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