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"Pas de tabous"

"Pas de sujets tabous" : qu'y a-t-il derrière cet élément de langage récurrent ?

2 min
À retrouver dans l'émission

Ministres, parlementaires, majorité, opposition... Personne n'est épargné par cette formule aux nombreux avantages rhétoriques.

"Pas de tabous"
"Pas de tabous" Crédits : Andrew Caballero-Reynolds - AFP

C'est devenu l'un des gimmicks, l'une des expressions préférées de l'exécutif. Ainsi la ministre du Travail Muriel Pénicaud, interrogée sur une possible dégressivité des allocations chômage pour les cadres, répond : "nous, on a aucun tabou". De même, Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics met en avant des "concertations sans tabous". [extraits sonores]

Alors pourquoi cette élément de langage fait-il florès ? 

D'abord, s'afficher "sans tabous" en politique, c'est vanter sa propre liberté d'esprit. Valoriser son pragmatisme. Montrer qu'on n'est pas enfermés dans des préjugés, des dogmes et des idées préconçues.

L'argument pourrait se retourner : si l'on élit un responsable politique, c'est précisément pour qu'il conserve des tabous, qu'il sache là où il va et là où il n'ira jamais. Un candidat sans aucun tabous ne serait-il pas un candidat au fil de l'eau, sans conviction ?

Dossiers chauds

Ensuite, cette formule "sans tabous" s'utilise dans un contexte particulier. Il s'agit, sauf exception, de réformes qui visent à diminuer les dépenses ou les droits. On entend plus rarement les phrases suivantes : "il n'y a pas de tabou à augmenter le SMIC" ; "aucun tabou pour revaloriser les allocations logement" ; "pas de tabou pour une baisse de la TVA". 

Si le gouvernement actuel offre de multiples exemples de cette technique oratoire, elle ne date pourtant pas d'hier. Une recherche dans les archives permet de s'en assurer.   Cette expression est utilisée pour les sujets les plus chauds politiquement. Exemple en l'an 2000, avec le ministre socialiste de l'Intérieur, Daniel Vaillant, sur le dossier corse : 

"Il n'y a pas de sujets tabous. En même temps, l'objectif c'est bien de travailler à l'élaboration d'un texte pour l'avenir immédiat de la Corse".

Même réflexe lexical pour Nicolas Sarkozy. En 2011, il aborde devant les partenaires sociaux la question très sensible des 35 heures :

"Aujourd'hui les 35 heures uniformes et obligatoires n'existent plus. Pour autant je considère qu'il n'est pas de sujets tabous".

Le rejet des tabous vous permet de passer pour un transgressif, même sans avoir à trancher. L'expression permet aussi de renvoyer les décisions épineuses à plus tard.   Voire de cacher un total embarras. Exemple au Rassemblement national. Faut-il oui ou non sortir de l'euro ? Réponse de Nicolas Bay, secrétaire général du parti : 

"Sur cette question monétaire, on pourra en discuter sans tabou (...) d'une manière générale, il n'y a pas de sujets tabous au Front national".

"Pas de sujets tabous", c'est la version polie du « p'tet ben qu'oui, p'tet ben que non ».   Ça s'appelle "lâcher un ballon d'essai". Il s'agit de donner de la consistance à une hypothèse, tout en gardant la possibilité de reculer si jamais l'opinion publique réagit mal. Une sorte de test. Cette rhétorique est au ministre ce que le "goûteur de plat" fut aux empereurs. Si le résultat s'avère empoisonné, tant pis pour le premier, tant mieux pour le second.

Frédéric Says

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