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Le G7, organisé à Charlevoix, au Canada, a davantage ressemblé à un "G6 +1"

Et dire qu’on croyait qu’il ne se passait plus rien au G7...

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Le sommet du G7 s'est achevé ce week-end sur une note conflictuelle. Donald Trump a retiré son soutien au communiqué final, accusant le Premier ministre canadien de "lâcheté". La colère trumpienne change la nature du G7 : il n'est plus un club de consensus entre grandes puissances.

Le G7, organisé à Charlevoix, au Canada, a davantage ressemblé à un "G6 +1"
Le G7, organisé à Charlevoix, au Canada, a davantage ressemblé à un "G6 +1" Crédits : JESCO DENZEL / BUNDESREGIERUNG / DPA - AFP

Et dire qu’on croyait qu’il ne se passait plus rien au G7 ! Ces grands barnums étaient devenus au mieux folkloriques, au pire peu utiles. Pensez : les sept premières puissances du monde (auto-revendiquées comme telles) qui discutent le bout de gras dans des enclos sur-protégés.  Tout cela pour établir des communiqués finaux régulièrement insipides, sculptés dans la meilleure langue de bois : pour la coopération économique, la stabilité internationale, contre le terrorisme et la famine.  En somme, des réunions de famille, dans lesquelles le principal suspens tient dans la durée des poignées de main ; et dans l’anecdote vestimentaire. Exemple : faut-il porter une cravate : voici le premier G7 de François Hollande en 2012.  [extrait sonore] 

Cela paraissant consternant à l’époque, cela semble désormais le bon vieux temps. Quasiment de la pellicule en noir et blanc. Car désormais, le président américain en fait voir de toutes les couleurs à ses homologues. Il ne se préoccupe pas de leurs cravates, mais leur taille volontiers des costumes. Demandez à Justin Trudeau, le premier ministre canadien, qualifié de "lâche" et de "faible" par Trump, dans un tweet envoyé à ses 53 millions d’abonnés. Le ton doucereux n'est plus de mise :  "soyons sérieux" a pesté l'Elysée dans un communiqué officiel. 

Du suspense au G7

De même, à de rares exceptions près, les sommets du G7 ces dernières années, se caractérisaient par leur absence totale de suspense. Tout finissait par des textes communs suffisamment vagues... pour permettre ensuite à chaque dirigeant d'expliquer aux journalistes de son pays à quel point il avait pesé à huis-clos. Bien sûr, les divergences ont toujours existé, même si elles étaient masquées derrière les sourires de la photo finale. Mais l’arrivée de Donald Trump a bouleversé un consensus. Celui de l’accord général pour l’ouverture des marchés et l’accentuation progressive des échanges économiques. Une diplomatie des petits pas, sans fracas, sur le commerce comme sur le réchauffement climatique. 

Voici Nicolas Sarkozy, c'était au G8 en 2008 : 

"On peut toujours dire qu'on aurait pu aller plus loin. C'est exact. Mais enfin, dire qu'on aurait pu aller plus loin, c'est accepter l'idée qu'on a été plus loin que ce qui était imaginable à l'arrivée". 

Donald Trump est une boule de dissensus jetée dans une boîte à consensus. Il n’hésite d’ailleurs pas à renforcer encore la vocation conflictuelle du G7 en souhaitant publiquement le retour de la Russie dans le club. La Russie, exclue depuis 2014 et son annexion de la Crimée. 

Ce qui a fait du G7 un club pour pays libéralo-occidentaux et leurs alliés. En cela, Donald Trump montre au grand jour la ringardise du G7. Un club qui, on peut s’en désoler, va à contre-courant de la montée progressive du protectionnisme, de l’aspiration aux frontières, de l’émergence de nouvelles puissances internationales. Le G7 avait déjà pris un coup de vieux avec la création du G20, déjà plus représentatif. 

Au-delà de la dramaturgie, on connaît la mécanique des sommets. Ils sont discrètement travaillés entre conseillers pendant des mois, de manière bilatérale. Les conseillers préparent d’ailleurs déjà le sommet de l’an prochain, en France, à Biarritz, pour en faire une réussite… Même si on sait désormais que tout l’édifice peut être détruit en quelques secondes, le temps qu’il faut pour poster un tweet vengeur. 

Frédéric Says

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