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Un drone est utilisé par la gendarmerie pour surveiller l'A26 entre Troyes et Châlons-en-Champagne pendant le confinement, avril 2020.

Et si la crise sanitaire accélérait l'Histoire ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans de nombreux domaines, le "monde d'après" est déjà là.

Un drone est utilisé par la gendarmerie pour surveiller l'A26 entre Troyes et Châlons-en-Champagne pendant le confinement, avril 2020.
Un drone est utilisé par la gendarmerie pour surveiller l'A26 entre Troyes et Châlons-en-Champagne pendant le confinement, avril 2020. Crédits : François Nascimbeni - AFP

Avez-vous ressenti une sensation bizarre, ce matin, en sortant de chez vous, sans aucune attestation, sans aucun papier de dérogation ?  

Comme si vous aviez oublié un vêtement ou vos clés ? Comme s'il vous manquait quelque chose pour ne pas craindre une hypothétique sanction de 135€ ?  

Curieux moment, où le fait de retrouver une certaine normalité... nous semble anormal.  

C'est dire si l'être humain s'adapte vite, se fond rapidement dans un nouvel environnement, dans de nouvelles règles.

Bien sûr, il faudrait des heures et des heures de débat, de recherche, d'études pour cerner tout ce que cette pandémie, au fond, a modifié.  

Mais du point de vue quotidien, d'un point de vue politique, on peut déjà observer quelques changements subreptices...  

Des évolutions qu'on ne croyait pas voir arriver de sitôt. Il a fallu une crise sanitaire et les voilà.  

Rétine

Commençons par les drones, utilisés par la police.  

Ces mini-engins volants, jusqu'à peu, nous semblaient tout droit sortis de la science-fiction. Ou éventuellement de régimes autocratiques - qui veulent avoir des yeux, en tout lieu et à toute altitude.  

Eh bien voilà : nous y sommes. Pendant cette crise en France, des drones ont été utilisés par les forces de l'ordre, pour repérer les baigneurs, les promeneurs, les pique-niqueurs, qui ne respectaient pas les consignes de confinement.  

Bien sûr, l'usage des drones par le gouvernement n'a pas commencé avec le covid-19.  Mais ce qui est intéressant, c'est que cet usage - désormais décomplexé - s'est fait sans grand débat, sans grand questionnement.  

Comme si notre rétine s'était déjà habituée à ces images.  

Autre changement, qui s'est fait du jour au lendemain, à la faveur de cette crise : la création express de pistes cyclables.  

Bien sûr, il ne m'a pas échappé que les voies réservées aux vélos existaient déjà. Mais jusqu'ici, leur construction prenait un temps interminable. Avec des débats politiques heurtés et indécis ; des consultations publiques à n'en plus finir.

Cette fois, rien de tout cela.  

Par exemple, en quelques heures, la mairie de Paris a décidé d'interdire la voiture dans la rue de Rivoli.  

Impensable il y a quelques années, tant cette large artère parisienne semblait exister pour accueillir les embouteillages ! Et c'est la même chose dans de nombreuses grandes villes en France : des axes entiers, soudain aménagés pour le vélo. Du jour au lendemain.  

Voilà qui donne raison a posteriori à Rachida Dati, qui s'en agaçait, pendant la campagne des municipales parisiennes. On croyait que la candidate LR exagérait, en fait elle anticipait...

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La crise a changé le contexte politique global ; elle a desserré l'étau autour de la décision radicale ou abrupte.  

Jadis, cette transformation de la rue de Rivoli serait passée pour de la brutalité et de l'autoritarisme ; aujourd'hui elle se pare des vertus de réactivité et d'agilité...  

« Pas l'temps de niaiser », comme diraient nos amis québecois.  

Tiens, puisque l'on parle de vocabulaire, que penser de ces nouveaux mots, quasi-inusités il y a deux mois ?  

Le terme « présentiel » par exemple : « Je serai au travail en présentiel ».  

C'est très laid, bien sûr, mais surtout, cela ouvre l'idée que le travail et la présence physique sont deux choses bien distinctes.  

Alors certes, le télé-travail ne concerne pas tout le monde, loin s'en faut ; mais parmi ces salariés, combien se sont rendus compte à l'occasion de cette crise que de nombreuses tâches pouvaient être effectuées aussi bien à distance ?  

A ce propos, assistera-t-on au recul des open-spaces : ces espaces de travail ouverts qui sont censés améliorer la productivité, la circulation de l'information... mais qui pourraient aussi doper celles du virus ?  

Le « présentiel » est même désormais facultatif pour la médecine ; les télé-consultations, via internet, sont devenues courantes, pour ne pas dire normales.  

Et cela concerne même les animaux. Depuis quelques jours, en raison de la crise, un décret rend légaux les examens vétérinaires à distance.  

En parlant de la loi d'ailleurs, cette crise sanitaire a aussi amené une innovation à l'Assemblée nationale.

Pour la première fois, les députés ont pu voter à distance. 

Les parlementaires qui ne pouvaient pas siéger dans l'hémicycle (puisque leur nombre a été limitée pour éviter les contagions) ont pu transmettre leur vote. Depuis leur domicile, via leur groupe politique. 

Avant d'envisager demain, un scrutin des députés en direct par internet, y compris depuis l'autre bout de la France ?  

Pourquoi pas, mais jusqu'ici ce n'était pas permis. Risques de piratage, bien sûr, mais aussi attachement à la tradition. Dans l'esprit, cela contreviendrait au Serment du jeu de Paume et à cette phrase historique : « partout où ses membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale ».  

De la contradiction entre le numérique et l'historique...

Alors désormais il faudra peut-être dire : « partout où se trouvent les connexions et le serveur central réunis, là est l'Assemblée Nationale ».  

Frédéric Says

Chroniques

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