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Arnaud Montebourg estime que la France doit faire primer son droit national sur le droit européen.

Faut-il demander des comptes à l'Europe ?

3 min
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L'euroscepticisme, une valeur en hausse dans la course à la présidentielle.

Arnaud Montebourg estime que la France doit faire primer son droit national sur le droit européen.
Arnaud Montebourg estime que la France doit faire primer son droit national sur le droit européen. Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

Vous vous souvenez peut-être du « plombier polonais » : en 2005, ce fut une allégorie à la mode dans les meetings contre le traité constitutionnel européen. Le plombier polonais symbolisa les risques de concurrence déloyale dans une Europe qui dérégule le marché des services.  

Mais après le plombier polonais, voici venir le juge polonais. Ou plus précisément, le tribunal constitutionnel polonais, l'équivalent de notre conseil constitutionnel...

Jeudi dernier, il est devenu la coqueluche des eurosceptiques - ou des eurocritiques -, en estimant que la constitution polonaise devait primer sur les traités européens.  

Bien sûr, cette décision a provoqué un séisme politique dans toute l'union, avec un épicentre à Bruxelles. Les institutions européennes menacent de suspendre le versement des milliards d'euros du plan de relance à la Pologne. 

Le contentieux est déjà ancien. Depuis plusieurs années, la réforme judiciaire voulue par le pouvoir conservateur polonais est vue à Bruxelles comme une entrave à la séparation des pouvoirs.

Mais cette décision a aussi frappé les esprits en France, à six mois de l'élection présidentielle. 

Le gouvernement français accuse Varsovie de « tuer l'Europe » - ce sont les mots de Clément Beaune, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.  

A l'inverse, plusieurs candidats se sont réjoui de la décision polonaise. Sans surprise, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan. Mais à gauche aussi. Ecoutez Arnaud Montebourg :  

« Je n'ai aucune sympathie pour le gouvernement polonais. Néanmoins, le fait qu'un Etat-membre veuille réaffirmer la suprématie de sa loi nationale me paraît être le chemin que la France doit emprunter... parce que l'Union européenne, aujourd'hui, ne marche pas » (sur Europe 1).  

Ces critiques d'Arnaud Montebourg ne sont pas nouvelles. Elles ciblent en particulier les règles de concurrence économique, qui sont du ressort de Bruxelles, et contre lesquelles l'ancien ministre Montebourg à Bercy n'avait cessé de vitupérer.  

Au sein du parti Les Républicains, cette petite musique progresse également. Le candidat Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit et surtout ancien commissaire européen, estime qu'en matière d'immigration, les décisions de la cour de justice de l'union européenne et de la cour européenne des droits de l'homme sont des carcans dont il faut pouvoir s'extraire.  

Voici donc un autre clivage, qui scinde les candidatures présidentielles. D'un côté, celles et ceux qui veulent retrouver des marges de souverainetés au détriment des traités européens.  

De l'autre côté, celles et ceux qui regrettent que Bruxelles soit un bouc-émissaire facile, et qui veulent poursuivre une intégration européenne toujours plus approfondie.

A la carte

Le paradoxe de tout ça, c'est que contrairement à 2017, aucun candidat majeur ne propose de sortir de l'euro ou de l'Union européenne.  

En cinq ans, cette idée a quasi disparu des radars... Mais dans le même temps, les propositions pour faire primer le droit national sur le droit européen se multiplient, on vient de le voir.  

Comme si s'ébauchait l'idée d'une Europe à la carte. On prend des droits et on en rejette d'autres. On sélectionne ses contraintes.

Mais pour l'instant, aucun candidat n'explique dans le détail quelle serait la suite.  

Faudra-t-il braver Bruxelles, au risque de sanctions ? Ou bien attendre de convaincre les 27 pays de changer les traités, ce qui peut prendre du temps ?  

Voici un débat passionnant, foisonnant, qui tient un peu aussi de l'usine à gaz, avec de multiples tuyaux. Et ici, nul rapport avec le plombier polonais.  

Frédéric Says

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