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Des gilets jaunes regardant la tour Eiffel depuis la place du Trocadéro à Paris - 30 mars 2019

L'irrésistible attractivité politique parisienne

3 min
À retrouver dans l'émission

Le Rassemblement National va prochainement quitter Nanterre et s'installer dans le 16ème arrondissement de Paris. Il cède, comme de nombreuses autres partis, à l'attractivité politique qui découle de la centralisation des pouvoirs au sein de la capitale.

Des gilets jaunes regardant la tour Eiffel depuis la place du Trocadéro à Paris - 30 mars 2019
Des gilets jaunes regardant la tour Eiffel depuis la place du Trocadéro à Paris - 30 mars 2019 Crédits : Geoffroy VAN DER HASSELT - AFP

Le Rassemblement National va déménager. C’est officiel depuis vendredi. Il va quitter l’immeuble qui abrite son siège national actuellement situé à Nanterre, dans la banlieue Ouest de Paris et va rejoindre un autre immeuble, plus petit, rue Michel-Ange, dans le cossu quartier du 16ème arrondissement de Paris. 

Deux étages de cet immeuble seront occupés par les salariés du parti, et le troisième et dernier étage servira de QG de campagne à Marine Le Pen dans la perspective de l’élection présidentielle l’année prochaine.  

Elle avait annoncé son intention de déménager en septembre dernier. Le “Carré” à Nanterre était jugé trop cher et trop grand. Il propose une superficie de 2000 m² et tout l’espace n’était pas occupé. 

Avec l’emménagement dans les nouveaux locaux, le montant de la location va diminuer d’un tiers indique le trésorier du RN. Mais surtout, il était situé à l’écart et s’avérait difficilement accessible si l’on empruntait les transports en commun. 

Marine Le Pen avait expliqué à l’automne vouloir “se rapprocher du pouvoir et de l’Elysée”. Et puis autre l’avantage de ces nouveaux locaux est qu’ils sont situés à quelques minutes seulement des principales chaines d’informations télévisées, TF1, France Télévisions, Canal , BFM TV. Elles sont toutes situées dans le Sud-Ouest de Paris. 

Ce déménagement illustre l’extrême concentration des pouvoirs au sein de la capitale et l’extraordinaire force d’attraction politique qui en découle.  

C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, les gilets jaunes, dans leur contestation de l’ordre établi, avaient fait du centre de Paris, et notamment des Champs Elysées, un de leurs principaux points de ralliement. 

Marine Le Pen obéit donc à la même force centripète et entend ainsi symboliquement montrer que le pouvoir serait à sa portée. 

Le Parti Socialiste souhaite également revenir à Paris

Le Parti Socialiste, qui a manifestement du mal à supporter de se retrouver de l’autre côté du périphérique, doit également réemménager à Paris dans les mois à venir. 

Le PS, après les cuisantes défaites électorales de 2017, présidentielle et législatives, avait dû se résoudre à vendre son siège historique de la rue de Solférino dans le 6ème arrondissement de Paris. Le déménagement avait eu lieu en 2018, dans des locaux moins prestigieux et moins accessibles, à Ivry-sur-Seine.

Un accord a été trouvé l’été dernier avec la fondation Jean Jaurès pour que les socialistes reviennent s’installer dans le 10ème arrondissement au cœur de la capitale. Ils devraient investir les locaux où sont actuellement stockées les archives de la fondation qui, elles, du coup, vont être transférées à Ivry-sur-Seine.

Comme le Parti socialiste, Les Républicains ont aussi connu des difficultés financières. Il y avait d’abord eu l’affaire Bygmalion, puis la défaite de François Fillon en 2017, et la dette se comptait en dizaines de millions d’euros.

Mais ils ont, eux, trouvé une solution pour ne pas quitter Paris. ils ont vendu le siège dont ils étaient propriétaires rue de Vaugirard dans le 15ème arrondissement et ils continuent à l’occuper en tant que locataires.

Il semblerait donc, pour un parti, qu’accepter de quitter la capitale équivaudrait à renoncer à ses ambitions, à être reléguer, en quelque sorte, en deuxième division de la compétition politique.

Le Parti Communiste avait refusé de quitter son siège parisien en 2002 

Le PCF a connu une déroute électorale avec Robert Hue à la présidentielle de 2002 qui avait obtenu moins d’un million de voix et un score de 3,37%. Avec moins de 5%, le Parti Communiste n’avait alors pas été remboursé des frais de campagne de son candidat.

Mais il ne s’est pas résolu à quitter son siège de la place du colonel Fabien dans le 19ème arrondissement de Paris. Au contraire, le PCF a tout fait pour le conserver procédant à un plan de licenciement de plusieurs dizaines de personnes et décidant de louer une partie des locaux à des entreprises afin qu’elles puissent y organiser des séminaires.

La ville de Paris, pour les partis et les responsables politiques, agit donc comme un aimant, exerçant une force d’attraction irrépressible. Quand on y est, on y reste et quand on la quitte, on y revient immanquablement.

Elle est aussi, parallèlement, un objet de répulsion et de défiance pour une partie de la population selon qui la capitale est habitée par des élites privilégiées jugées hautaines et arrogantes.

Cette aversion nourrit une forte rivalité entre Paris et la province. Rivalité qui tend de plus en plus à symboliser la rupture entre le peuple et les élites. C’est sans doute la raison pour laquelle Xavier Bertrand, candidat à l’élection présidentielle, a décidé de d’en faire un argument de campagne. 

Il était l’invité hier de l’émission « Questions Politiques » sur France Télévisions et France Inter. Et quand on lui a demandé, en toute fin d'émission, s’il soutenait le Paris Saint-Germain qualifié pour la demi-finale de ligue des champions de football, il a répondu qu’à choisir, il préférait soutenir les clubs de Lille et de Lens.  

Xavier Bertrand a fait ainsi valoir son ancrage territorial et renvoyé l’image du provincial qui a pour ambition de prendre une revanche et de conquérir la capitale.

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