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Fini de cliver ? "L'idée est de renouer avec la figure du sage rassurant", explique un proche de Jean-Luc Mélenchon.

L'époque politique est-elle à la rondeur ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Ces derniers jours, les responsables politiques tentent de (sur)jouer la modération. Pourquoi ?

Fini de cliver ? "L'idée est de renouer avec la figure du sage rassurant", explique un proche de Jean-Luc Mélenchon.
Fini de cliver ? "L'idée est de renouer avec la figure du sage rassurant", explique un proche de Jean-Luc Mélenchon. Crédits : Clément Mahoudeau - AFP

Est-ce le début de la rédemption ? A en croire les journaux, ce week-end, ils sont plusieurs responsables politiques à tenter d'arrondir les angles, de polir leurs arrêtes, d'escamoter leurs griffes. 

« Marine Le Pen veut arrondir son image », titre ainsi le Parisien-aujourd'hui en France. On y apprend que la présidente du Rassemblement national délaisse les esclandres et met en avant sa vie personnelle, sa passion pour le jardinage et même son amour pour les chats ! 

Dans le Journal du dimanche, c'est Jean-Luc Mélenchon qui est à l'honneur. Le titre de l'article : "Quand Mélenchon joue le consensuel". Fini le bruit et la fureur. "Il renoue avec la figure du sage rassurant", explique l'un de ses proches. 

Ces derniers jours, on a vu le dirigeant de la France insoumise bras-dessus bras-dessous avec Yannick Jadot, l'écologiste. Mais aussi dans le journal catholique La Vie, où Mélenchon fait l'éloge du Pape et de ses mots sur la fraternité humaine. Il s'est également livré, tout sourire, aux questions de Ruth Elkrief sur BFMTV. 

Or, le Vatican, Yannick Jadot et BFM ne font pourtant pas partie de la sainte-trilogie personnelle de Jean-Luc Mélenchon, c'est le moins que l'on puisse dire... 

Mais d'où vient cette suavité qui semble donc se répandre, au point d'enrober les caractères les plus volcaniques de la classe politique ? 

Craignent-ils de périr par là où ils ont péché, comme d'autres ? C'est-à-dire des petites phrases assassines et des coups de gueule de plateau ?

Vous avez une hypothèse en réponse à cette question ?

Il y a sans doute plusieurs explications. 

D'abord, le contexte. La saison des sondages pour la présidentielle a commencé - on s'en fait l'écho ici-même. Et pour désespérante qu'elle soit, cette course de petits chevaux fixe, peu à peu, une photo politique, un ordre d'arrivée, une hiérarchie. 

Il faut montrer qu'on est le meilleur espoir à gauche ou à droite, l'alternative la plus crédible à Emmanuel Macron. Malheur au prétendant déjà distancé. 

Voilà donc le moment de ne pas déplaire, de chercher à embrasser le plus grand nombre, il sera toujours temps, à l'approche du scrutin, de faire valoir les lignes de fractures. 

Pour l'instant, il s'agit de se montrer aimable pour devenir aimé, magnanime pour devenir populaire, inoffensif pour devenir dangereux. Dangereux ensuite, dans les urnes. 

Car les dirigeants de l'opposition anticipent la campagne d'Emmanuel Macron en 2022. Il se voudra le tenant de la « France Unie ». Le garant de l'unité de la nation. Les opposants seront montrés comme des diviseurs. C'est la stratégie qui a réussi à François Mitterrand pour conquérir son deuxième mandat, en 1988. 

Alors autant ne pas donner trop de munitions à cette argumentation. La présidentialité, c'est aussi de taire ses bons mots, d'intérioriser ses fureurs, de mettre en sourdine ses passions. Ces prétendants à l’Élysée rêvent de pouvoir dire à Emmanuel Macron : « Vous n'avez pas le monopole de l'unité ».

Va-t-on vers une campagne aseptisée ?

Pas sûr, car cet instant politique est fugace, et rien n'annonce le règne du consensus sur la route d'ici à 2022, et d'un certain point de vue, tant mieux, la démocratie, c'est le dissensus. Mais peut-être cette rondeur affichée, ce decrescendo de la vocifération politique tient-il aussi à autre chose : au contexte médiatique. 

La dispute, le clash, l'invective sont déjà sur tous les plateaux ou presque. Alors faut-il vraiment en rajouter, quand on est un candidat sérieux à la présidence ? Quel intérêt d'ajouter du bruit au bruit ? 

Fini le temps où il fallait hurler pour avoir sa place dans le petit écran. Désormais, il en est déjà plein, de hurlements, ce n'est pas ce qui vous distinguera. Au contraire, votre voix passe à coup sûr inaperçue dans le concert général, à moins d'utiliser des mots de plus en plus vulgaires.  Ce qui ne serait pas très "présidentiel".

Mieux vaut effectivement jouer la carte du mezzo voce. Vous connaissez peut-être cet adage : « si tu veux être entendu, crie. Si tu veux être écouté, chuchote ». Comme pour Mozart, le silence d'un politique... c'est encore de la politique.

Frédéric Says

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