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Les institut de sondages estiment l'abstention entre 56 et 60% pour le scrutin européen du 26 mai prochain.

25 millions d'abstentionnistes

3 min
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Entre 56 et 60% des électeurs français ne comptent pas participer au scrutin européen du 26 mai. Un défi pour l'ensemble des candidats.

Les institut de sondages estiment l'abstention entre 56 et 60% pour le scrutin européen du 26 mai prochain.
Les institut de sondages estiment l'abstention entre 56 et 60% pour le scrutin européen du 26 mai prochain. Crédits : Kenzo Tribouillard - AFP

Chaque jour sur les chaînes d'information, nous les voyons s'écharper, se contester, se dénigrer. Les candidats aux européennes sont bel et bien en campagne.

Pourtant, il faut s'abstraire des comptes-rendus à l'effet déformant. Les têtes de liste consacrent une partie de leur énergie à combattre un autre adversaire, dont on parle peu. 

Cet adversaire n'a pas de visage et pourtant il règne : il s'agit bien sûr parler de l'abstention. 

C'est la grande oubliée des commentaires de sondages jusqu'ici. On disserte sur les pourcentages d'électeurs qui expriment une intention de vote. 

Mais savez-vous qu'il y aura, dimanche 26 mai, au bas mot 25 millions de Français qui iront à la pêche ? Ou au sport ? Ou faire les courses, puisque c'est maintenant possible le dimanche ? Bref, partout sauf dans l'isoloir. 

25 millions, c'est même l'estimation la plus faible des sondages, qui prévoient entre 56 et 60% d'abstention. 

A titre de comparaison, Emmanuel Macron avait obtenu un peu moins de 21 millions de voix au second tour de la présidentielle contre Marine Le Pen.

En somme, l'on commente la campagne des candidats aux européennes comme une course cycliste (qui accélère, qui ralentit)... Sans voir que le peloton affronte un sévère vent de face. 

Alors dans les meetings, sur les plateaux, les têtes de listes tentent de mobiliser les foules. De casser l'indifférence. Avec plusieurs types d'arguments. Il y a d'abord l'appel au vote de classe, chez le communiste Ian Brossat : 

"Ceux qui s'en sortent bien votent toujours davantage que ceux qui s'en sortent mal. L'intérêt du banquier, l'intérêt du milliardaire, n'est pas l'intérêt du smicard."

Une sorte de mise en concurrence des électeurs. 

Vous nous direz dans un instant, Manon Aubry, tête de liste de la France Insoumise, comment vous comptez endiguer l'abstention. Ce week-end, Jean-Luc Mélenchon a donné quelques éléments dans une interview au quotidien espagnol El Pais.

Selon lui, se dire "de gauche" n'aide pas à mobiliser l'électorat populaire. D'après l'ancien candidat à la présidentielle, le mot « gauche » introduit de la confusion et de la méfiance. 

Abstention, piège à cons

L'électorat populaire, justement, est celui qui est le plus difficile à convaincre. Si l'on observe les chiffres des dernières européennes en 2014, l'abstention a atteint 70% chez les foyers les plus modestes (moins de 20 000 euros par an). 

Un électorat que courtise aussi Marine Le Pen. Avec cet élément de langage :

"Si Emmanuel Macron arrive en tête, il appliquera sa politique de manière inflexible pour le reste du quinquennat. Les dégâts seront considérables !"

Un vote aux européennes comme référendum anti-Macron, en somme. La présidente du Rassemblement national tente de convaincre ainsi les sceptiques. 

Car en 2014, la première raison avancée, chez les abstentionnistes, était la suivante : « ces élections ne changeront rien à ma vie quotidienne ». 

Bercail

Chez En Marche et ses alliés, la méthode est similaire, ou plutôt symétrique. "Venez voter, pour éviter que le Rassemblement national soit en tête", nous dit Nathalie Loiseau. 

Ses partisans rappellent aussi que le scrutin se joue en un seul tour. Pourquoi ce rappel ? Pour empêcher la dispersion. Pour éviter que les électeurs de la République en Marche ne se portent sur des petites listes en pensant qu'il sera toujours temps de revenir au bercail au second tour. 

« Elections pièges à cons », scandait-on en mai 68. « Abstention, piège à cons » répondent les candidats aujourd'hui, dans l'indifférence pour l'instant assez générale. 

Une indifférence qui doit collectivement nous interroger : à quel moment l'abstention est-elle devenue si normale, pour qu'on en parle si peu ? Un système qui génère 60% de scepticisme, de rejet ou de passivité est-il à la hauteur d'une démocratie en pleine santé ?

Frédéric Says

Chroniques

8H19
45 min

L'Invité(e) des Matins

Spéciale élections européennes : la parole aux candidats
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