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Anne Hidalgo à France Télévisions après l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle - dimanche 12 septembre 2021

Faut-il croire les propositions-choc des candidats à la présidentielle ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Anne Hidalgo veut doubler le salaire des enseignants si elle est élue. Marine Le Pen annonce vouloir nationaliser les autoroutes. Les deux candidates à la présidentielle émettent des propositions visant à capter l'attention médiatique et à susciter le débat.

Anne Hidalgo à France Télévisions après l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle - dimanche 12 septembre 2021
Anne Hidalgo à France Télévisions après l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle - dimanche 12 septembre 2021 Crédits : Thomas SAMSON - AFP

Deux femmes ont simultanément lancé leur campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, ce week-end. Marine Le Pen, depuis Fréjus, dans le Var, où elle s’est défaite des oripeaux de cheffe de parti et a confié la présidence du Rassemblement National à son jeune protégé, Jordan Bardella. Et puis Anne Hidalgo qui s’est déclaré candidate depuis la ville de Rouen, essayant ainsi de prendre ses distances avec l’ancrage parisien qui la caractérise.

Mais cette simultanéité n’est pas le seul élément de comparaison. Elles ont toutes deux pris soin de faire précéder leur entrée en campagne par la publication de quelques promesses phares de leur programme. Dans un livre paru mercredi dernier, Une femme française (Ed. de l’Observatoire), Anne Hidalgo proposait de multiplier par deux “au moins” le salaire des enseignants, si elle est élue, d’ici la fin de son quinquennat. Marine Le Pen, quant à elle, annonçait, dans une interview au Figaro publiée jeudi, vouloir nationaliser les autoroutes et privatiser l’audiovisuel public.

C’est ce qu’on appelle pour toutes les deux des propositions-choc destinées à marquer les esprits et à les faire émerger dans un espace médiatique saturé d’informations et occupé par d’autres concurrents à l’élection présidentielle.

Lancer ou relancer une campagne qui patine

SI l’objectif est de capter l’oreille des micros et l’œil des caméras, il est aussi surtout de susciter le débat. Si ça marche, il y aura les pour, il y aura les contre. Mais c’est d’elles et de leurs propositions qu'on va parler. Elles auront ainsi imposé leurs thèmes de campagne.

Un autre objectif est de s’adresser à un électorat en particulier. Anne Hidalgo s'adresse aux enseignants. C’est assez classique à gauche. Marine Le Pen vise, pour sa part, un électorat plus populaire. La privatisation des autoroutes est considérée au sein des classes populaires comme un véritable scandale auquel il serait bienvenu de mettre fin. Avec sa proposition de privatiser l’audiovisuel public, elle vise à la fois la profession journalistique, très décriée, et un service perçu comme couteux et inutile. Et elle annonce, au passage, la suppression de la redevance audiovisuelle, un impôt pas vraiment populaire. 

Est-ce que tout ça est faisable ? Est-ce que tout ça est réalisable ? Eh bien, ce n’est pas l’objet de ces propositions. Et les candidates s’en soucient guère, en tous cas à ce stade. Parce que l’objet est avant tout de lancer ou de relancer une campagne qui patine.

Marine Le Pen est concurrencée à l’extrême droite par Eric Zemmour qui fait une rentrée tonitruante et lui grignote des parts de marchés. Une récente enquête d’opinion la fait descendre en dessous des 20% d’intentions de vote en cas de candidature du polémiste.

Et c’est la même chose pour Anne Hidalgo qui ne décolle pas dans les sondages. Elle plafonne à 6, 7, 8%. Leurs propositions visent donc à donner un coup de fouet à leur campagne. Ça va mal, “il faut que je trouve la martingale” disait en son temps Nicolas Sarkozy.

La proposition-choc est une pratique récurrente des candidats à la présidentielle

En 2017, par exemple, Benoît Hamon avait tenté, de la même manière, de faire décoller sa campagne avec sa proposition de revenu universel. On en avait beaucoup parlé, beaucoup débattu, mais ça n’avait pas fonctionné. Il y avait peut-être dans cette proposition quelque chose d’un peu trop utopique pour qu’elle soit vraiment prise au sérieux.

La technique avait été expérimentée avec plus de succès par François Fillon lors de la primaire à droite. En septembre 2016, alors qu’il était loin d’être favori, il avait proposé d’imposer et de généraliser l’uniforme aux élèves dans les écoles. Succès garanti auprès des thuriféraires de l’ordre et de la rigueur.

François Hollande avait également rencontré beaucoup de succès en 2012 avec sa taxe à 75% sur les très hauts revenus. C'était une de ses mesures emblématiques et peut-être l'une des clefs de son élection. Tout comme Nicolas Sarkozy, cinq ans plus tôt, en 2007, quand il avait annoncé une loi pour interdire les “golden” parachutes, les parachutes dorés.

Mais Nicolas Sarkozy, une fois élu, n’a jamais fait cette loi. François Hollande, lui, a essayé. Seulement sa taxe à 75% n’a pas tenu bien longtemps. Deux ans après l’avoir instaurée, il a dû, en 2014, l’abandonner.

Bien souvent, ces propositions-choc des candidats à la présidentielle sont un écueil. Parce qu’elles suscitent de l’intérêt, de l’adhésion et de l’attente. Et que leur non mise en œuvre génère de la frustration et de la défiance.

Et au bout du compte, elles donnent le sentiment que la sentence émise par l’ancien ministre et président du Conseil sous les IIIème et IVème Républiques, Henri Queuille, n’a pas pris une ride : “les promesses, avait-il énoncé pour souligner le cynisme de ses pairs, n’engagent que ceux qui les écoutent”.

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