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Cette année, il n'y aura pas de sapin de Noël sur la place Pey-Berland à Bordeaux, face à l'Hôtel de ville.

"Arbre mort de Noël" : les nouveaux maires écologistes font feu de tout bois

3 min
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Plusieurs prises de positions des maires verts ont suscité la polémique. Mais ce qui est étonnant, c'est qu'on s'en étonne...

Cette année, il n'y aura pas de sapin de Noël sur la place Pey-Berland à Bordeaux, face à l'Hôtel de ville.
Cette année, il n'y aura pas de sapin de Noël sur la place Pey-Berland à Bordeaux, face à l'Hôtel de ville. Crédits : Quentin Salinier - AFP

Ceux qui aiment les jeux de mots (certes un peu déjà vus) sur les écologistes, s'en sont donnés à cœur joie ce week-end : « des verts et des pas mûrs », « verts de rage », « en vert et contre tout » : voici ce qu'on peut lire dans les éditoriaux et sur les réseaux sociaux. 

De quoi se sont donc rendus coupables les écologistes pour mériter une telle volée de bois - de bois vert, évidemment ? 

Les édiles écolos des grandes villes, élus en juin dernier, ont accumulé ces derniers jours les positions controversées. Par exemple à Bordeaux, Pierre Hurmic, le maire Europe-Ecologie Les Verts a fait cette annonce : il n'y aura pas de sapin de Noël cette année sur la place centrale de la ville : « pas d’arbre mort, ce n’est pas notre conception de la végétalisation ». 

Autre prise de position : celle du maire écolo de Lyon, Grégory Doucet, à propos du tour de France, qu'il juge « machiste et polluant ». A Rennes, la majorité écolo-socialiste avait déjà refusé d'accueillir une étape de la grande boucle. 

"Ils n'aiment pas la joie"

"Sectaire et ridicule", répondent d'autres personnalités politiques, comme François Hollande : "Ceux qui ne l’aiment pas ne le reçoivent pas. Personne n’est obligé d’accueillir le Tour de France. Mais quand on regarde, même dans cette période, même dans ces circonstances, même avec ces contraintes, le public qui est toujours présent, ça démontre que le Tour de France, c'est une épreuve populaire". 

Même chose pour Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté, sur France Info : 

« Ces gens n’aiment pas la fête, n’aiment pas la joie. Dès qu’il y a un truc un peu festif où les gens peuvent être un peu contents - comme une compétition sportive, une fête de Noël -, ils veulent l’interdire… »

« Les Verts en ce moment, c'est une idée à la con par jour » se désole pour sa part Isabelle Saporta, écolo revendiquée, et ancienne candidate aux municipales à Paris, sur la liste de Cédric Villani. 

Alors comment analyser ce bouillonnement politique ? Comment expliquer ces controverses de septembre contre les Verts, après les succès électoraux du printemps ? Il y a plusieurs hypothèses. 

D'abord, ces maires écolos veulent montrer à leur base militante qu'ils ne s'affadissent pas avec le pouvoir. Que l'écharpe d'élu n'est pas une laisse. Que devenir édile, ce n'est pas devenir docile. Ils mettent donc sur la table, aussi, les propositions les plus clivantes. Manière de rassurer leurs partisans dans un mouvement qui a des réticences envers l'institutionnalisation, la normalisation. En somme : non, je n'ai pas changé avec l'élection.

Deuxième hypothèse, qui est d'ailleurs complémentaire : dans des villes où les Verts se trouvaient dans l'opposition municipale depuis longtemps, ils ne s'attendaient pas vraiment à gagner. Et leur programme est plus celui d'opposants que de dirigeants. 

A Bordeaux, par exemple, Pierre Hurmic a été un infatigable militant d'opposition depuis 25 ans. Alors une fois élu, toute la frustration accumulée pendant des années remonte peut-être : il n'y a pas de temps à perdre, ni d'eau à mettre dans son vin. 

Même si, depuis ces polémiques, les écolos tentent de mettre en avant d'autres décisions plus consensuelles, comme les repas bio dans les cantines, ou le renforcement des mobilités douces. 

Et puis, troisième hypothèse, s'il y a ces controverses, c'est peut-être parce qu'il y a un décalage entre l'image des Verts et ce qu'ils sont en réalité. Au printemps, ils furent perçus comme les meilleurs opposants au réchauffement de la planète. Qui peut être contre ? A priori pas grand-monde. Oui mais... une fois qu'on a dit ça : quelles décisions concrètes ? 

Effectivement, la logique verte entraîne une sobriété qui peut racornir les moments de fêtes. Une défiance envers les grands événements, considérés comme générateurs de pollution, c'est le cas du Tour de France, mais aussi des Jeux olympiques. Et là, tout de suite, c'est moins populaire. Autrement dit, une idée généreuse, des mesures litigieuses.

Cette polémique va au-delà de la guéguerre politicienne. Elle illustre la tension, qui va s'accroître, entre la volonté de sauver la planète et celle de conserver notre mode de vie. 

Frédéric Says

Chroniques

8H19
43 min

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