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Pendant plus de 2h30, Emmanuel Macron a répondu aux questions d'Edwy Plenel (à gauche) et Jean-Jacques Bourdin (à droite).

Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin face à Emmanuel Macron : l'interview de rupture

4 min
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L'entretien présidentiel, hier soir, a marqué un net changement par rapport à la tradition française de l'exercice, généralement compassé.

Pendant plus de 2h30, Emmanuel Macron a répondu aux questions d'Edwy Plenel (à gauche) et Jean-Jacques Bourdin (à droite).
Pendant plus de 2h30, Emmanuel Macron a répondu aux questions d'Edwy Plenel (à gauche) et Jean-Jacques Bourdin (à droite). Crédits : François Guillot - AFP

A chacune de ces interviews présidentielles, la même question se pose. Jusqu'où doivent aller les journalistes ? Où placer le curseur entre la bienséance et l'irrévérence ? 

L'on se souvient de la dernière interview "en marchant" dans les couloirs de l’Élysée, en décembre dernier. Elle avait permis d'explorer la première de ces deux bornes, au risque de la connivence. L'entretien d'hier soir, mené par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, a conduit à explorer la limite opposée, celle d'une interview musclée, par moment vindicative. (Bourdin : "Est-ce que vous n'êtes pas dans une illusion puérile de toute puissance ?"). Sans cravate et sans précaution de langage, les deux interviewers ont peu ménagé le président de la République, qu'ils ont d'ailleurs toujours nommé par son nom et pas par son titre. 

Dès lors, ce fut une interview présidentielle peu classique, en rupture avec la tradition française. Un exemple ? On a retrouvé cette archive de 1973. C'est un journaliste de l'ORTF, qui discute avec le président Pompidou, juste avant de l'interviewer. Le journaliste revendique sa "déférence" (à partir de 2'45") : 

Hier soir, ce fut un "débat chaud", avec "deux journalistes vétérans", selon les mots - en anglais dans la texte - de la très factuelle agence de presse internationale Reuters. 

On a parfois évoqué la "défense de rupture" pour certains grands avocats, qui mettaient en cause la légitimité du tribunal. Ce fut hier soir ce qu’on pourrait appeler du "journalisme de rupture", qui a parfois remis en cause la légitimité du chef de l’État :

"N'est-on pas au cœur d'un malentendu ? Vous n'avez pas été élu par une adhésion majoritaire à votre programme. Vous avez eu au premier tour 18% des inscrits. Vous êtes le produit d'une circonstance accidentelle (...) Est-ce que ce n'est pas ça le coeur du malentendu, et des mécontentements divers dans le pays ?" (Edwy Plenel à Emmanuel Macron)

Certes, l'exercice a été parfois frustrant pour le téléspectateur, qui a eu l'impression de voir des opposants politiques débattre avec le président. Mais après tout, le chef de l’État concentre des pouvoirs massifs sous la Vème république. Il est, par la constitution, un décisionnaire majeur. Il est, par la pratique, un décisionnaire central. Il est, par la situation politique actuelle, un décisionnaire quasi-unique. 

Quand interroger ce pouvoir, sinon lors de cette interview présidentielle ?

On a assez pesté contre les interviews corsetées pour ne pas se réjouir quand le cadre est un peu enfoncé.  Cela dit, il faudra analyser ce qu'il reste de cet entretien. Sur le fond des réponses, y a-t-il eu des informations nouvelles, par rapport à l'interview de jeudi dernier sur TF1 dans le très accueillant 13 heures de Jean-Pierre Pernaut ? 

Par ailleurs, lequel des deux entretiens télévisés aura-t-il le plus d'impact sur le plus grand nombre, au-delà des cénacles journalistico-politiques ? L’interview de Jean-Pierre Pernaut avait été regardée par plus de 6 millions de personnes. 

Dernier point : le casting a été construit par l'Elysée. En fin d'interview, Emmanuel Macron s'est d'ailleurs réjoui de "l'exercice" : 

"L'exercice qu'on a ce soir, il est inédit dans l'Histoire de notre République". 

Il demeure cette question philosophique : une interview irrévérencieuse décidée par l’Élysée... est-elle toujours une interview irrévérencieuse ?

Frédéric Says

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