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"J'ai gagné", a répété ce week-end Donald Trump, dix jours après l'élection présidentielle américaine.

La vérité, cette notion malmenée

4 min
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Comment fonder un débat démocratique sur des vérités éparses et contradictoires ?

"J'ai gagné", a répété ce week-end Donald Trump, dix jours après l'élection présidentielle américaine.
"J'ai gagné", a répété ce week-end Donald Trump, dix jours après l'élection présidentielle américaine. Crédits : Brendan Siamlowski - AFP

George Clemenceau a eu cette phrase : “on ne ment jamais autant qu’avant l’amour, pendant la guerre et après la chasse”. 

Ah, lointaine époque, où la vérité était malmenée à des moments précis et limités ! Elle semble désormais, la vérité, devoir s’excuser d’exister à tout instant du jour, à toute période de l’année. 

On ne parle pas seulement ici de la récente présidentielle américaine, lunaire, où Donald Trump semble vivre depuis dix jours dans une Amérique parallèle qui l’aurait élu triomphalement. 

A ce point que les chaînes de télévision ont même décidé cette fois, d’interrompre la diffusion des discours trumpiens… En tout cas, dès que s’y glisse un mensonge - autrement dit, assez vite.  

L’attitude est un peu hypocrite chez ces grandes chaînes, qui pendant des années se sont baffrées des énormités de l’ancien homme d’affaires - on le sait, ces invraisemblances assurant de confortables recettes d’audience, comme le relève Barack Obama dans ses mémoires, à paraître ces prochains jours. 

Le dilemme n’est pas moindre, pour la presse, face au film Hold Up...

Hold Up, c’est son nom, a été visionné plus d’un million de fois sur Youtube, depuis une semaine, il est visible sur plusieurs plateformes. Le journal Le Monde le décrit comme un “documentaire à succès qui prétend dévoiler la face cachée de l’épidémie”. 

En un peu moins de 3 heures, le film insiste sur les réponses incohérentes du gouvernement, avant de suggérer, je résume, que la pandémie est suscitée et utilisée par l’oligarchie capitaliste internationale pour asservir les populations. 

Alors on pourrait bien vite passer à autre chose, s’il n’y avait deux spécificités à ce film. 

D’abord, le contraste entre le côté farfelu de la thèse et le côté notable du casting : parmi les intervenants, l’on trouve l’ancien ministre Philippe Douste-Blazy, ou encore la sociologue Monique Pinçon-Charlot. 

Après avoir vu le montage final, une partie de ces intervenants a affirmé s’être fait piéger, ils ont présenté leurs excuses ou ont demandé à être retirés du film. 

Deuxième spécificité : Hold Up a bénéficié d’une audience très large, bien au-delà des amateurs confirmés de conspirations en tout genre. C’est votre cousine, votre oncle, votre voisine qui viendra peut-être vous en parler.

Cause ou conséquence : de très nombreux médias ont traqué les mensonges, les erreurs et les omissions du film, lui offrant de fait une publicité encore plus intense. 

D’où le dilemme pour les responsables politiques, comme pour les journalistes :  faut-il démonter la rhétorique de ce document, au risque de lui donner encore plus de notoriété ? Au risque aussi, que les convaincus voient, dans ce tir de barrage, une preuve que le complot existe bel et bien ? 

On voit ici l’aporie du combat contre ces thèses, qui se diffusent à la vitesse de la lumière ; alors que leur réfutation nécessite des jours et des jours de travail.  

Et il faut par ailleurs se méfier de tout aspect binaire…

Il faut discréditer le complotisme, sans discréditer l’esprit critique ; mais utiliser le second contre le premier. 

Car par ailleurs, le journalisme consiste justement à aller au-delà des apparences, au-delà des évidences, parfois au-delà de la communication institutionnelle, pour dénicher des faits. 

Des faits, et non des fantasmes pré-établis. 

Ce type de document fallacieux étant amené à se multiplier, s’ouvrent des questions un peu vertigineuses. 

Au sein des médias, il existe des cellules de vérification des faits ; parmi tous les contenus faux qui circulent, lesquels faut-il examiner en priorité ? 

Ceux qui ont été le plus vus ? Ceux dont les thèses sont les plus extrêmes ? Ou bien ceux, au contraire, qui prennent l’apparence d’un reportage classique pour mieux faire passer la désinformation ?

De ce point de vue, le travail des journalistes vérificateurs va s’apparenter à la tâche de Sisyphe : 

chaque jour, recommencer à zéro, et essayer de faire rouler la pierre de la vérité vers le sommet, 

Lourde tâche insuffisante mais nécessaire pour éviter que ce soient les citoyens qui se fassent rouler. 

Frédéric Says

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