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Emmanuel Macron à Bruxelles, le 14 décembre 2018.

Emmanuel Macron est-il devenu un président normal ?

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La crise des gilets jaunes l'oblige, à court terme, à mettre ses pas dans ceux de ses prédécesseurs à l’Élysée.

Emmanuel Macron à Bruxelles, le 14 décembre 2018.
Emmanuel Macron à Bruxelles, le 14 décembre 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

"Normal". Cet adjectif est terriblement fade, décevant, presque inconvenant pour un chef de l’État. Lui qui a - par définition - conquis plusieurs millions de voix, qui a terrassé des dizaines d'ambitieux, de son camp et au-delà. "Président normal", cet oxymore qui illustre mal l'âpreté de la conquête et le casse-tête du pouvoir. En matière d'oxymore, Emmanuel Macron préférait en symboliser un autre, « jeune président ». Ses détracteurs, eux, le voyaient plutôt en "président monarque".

Qu'en est-il après l'épisode "gilets jaunes" ? Emmanuel Macron est contraint de devenir un président normal. Non pas un "président normal" à la François Hollande. Mais un président dans la norme, dans la continuité de ses prédécesseurs. 

Ancien monde

Emmanuel Macron avait décrété le déclin de l'ancien monde, des cumulards et des vieux routiers ? Le voici qui prend conseil auprès de Nicolas Sarkozy, reçu à l’Élysée il y a dix jours. Nicolas Sarkozy qui sera aussi accueilli en fin de matinée aujourd'hui par le très macroniste président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand. Voici d'ailleurs comment Richard Ferrand s'en est justifié. C'était hier, sur France 3. 

"Lors que l'on a dans notre pays des gens de la qualité de Nicolas Sarkozy, de François Hollande, il me semble qu'il est toujours utile de s'enrichir de leur expérience." (Dimanche en politique, France 3)

Ne dites plus "ancien monde" mais "homme d'expérience"...

Autre exemple de cette normalité retrouvée : Emmanuel Macron voulait impulser le changement par-delà les corps intermédiaires ? Le voici contraint d'organiser une grande concertation, pendant trois mois, avec les syndicats, les associations, les partis. Soit le plus grand triomphe des corps intermédiaires depuis les accords de Grenelle de mai 68. 

Emmanuel Macron souhaitait ouvrir la France à l'esprit de conquête, à l'entrepreneuriat, à la célébration culturelle de la réussite ? Le voici qui opère un virage, contraint de subventionner les bas salaires, de réunir les grandes entreprises et les banques pour leur soutirer quelques gestes. Bien sûr, ce n'est pas le Grand soir, mais là aussi c'est une normalisation. Le président a pris en pleine figure la passion française pour l'égalité. Il est obligé, même dans les symboles, de rabrouer les "premiers de cordée". Bien loin de la tonalité du début de mandat, souvenez-vous :  

"Pour que notre société aille mieux, il faut des gens qui réussissent. Il ne faut pas être jaloux d'eux. Il faut dire "c'est formidable"". (entretien sur TF1)

Enfin, Emmanuel Macron voulait impulser un nouveau langage présidentiel, à la fois châtié et direct ? Il n'a récolté que des procès en "déconnexion" et en "mépris". Nul doute qu'il retiendra désormais ses mots... pour éviter qu'on ne les retienne contre lui. 

Il y a donc un avant et un après.

En cela aussi, Emmanuel Macron est un président normal. Tous ses prédécesseurs ont eu à gérer leur baptême du feu. François Mitterrand pris le tournant de la rigueur de 1983. Jacques Chirac dut dissoudre l'Assemblée. Nicolas Sarkozy tenta de corriger son image de "président bling-bling" et dut in fine renoncer au bouclier fiscal. François Hollande annonça une pause fiscale et congédia Jean-Marc Ayrault. Avec la crise, Emmanuel Macron se normalise. Epargnons-nous les métaphores sur Jupiter qui redescend de l'Olympe... Mais en tout cas, il emprunte le chemin de ses prédécesseurs. Avec, en plus, la défiance généralisée envers les élites et les représentants. Ce qui l'amène à des niveaux de popularité nettement inférieurs à la moyenne de ceux qui ont occupé son fauteuil.  

Va-t-il désormais se couler dans le confort de ne plus prendre de risque ? Reprendra-t-il à son compte la maxime d'Henri Queuille, figure tranquille de la IV ème République : « il n'y a pas de problème dont une absence de solution ne vienne à bout » ?

Bref, Emmanuel Macron va-t-il, comme beaucoup de ceux qui l'ont précédé, se blottir dans une politique sagement radicale-socialiste, en veillant à ne fâcher personne ? C'est maintenant l'enjeu de l'acte 2 de cette présidence... normale.

Frédéric Says

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