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Emmanuel Macron, sur le stand de produits dérivés de l'Elysée, salue les visiteurs à l'occasion des Journées du patrimoine, le 15 septembre 2018.

La République en marché ?

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T-shirts, tasses, bracelets : l’Élysée a inauguré ce week-end une boutique de produits dérivés. Une initiative moins anodine qu'il n'y paraît.

Emmanuel Macron, sur le stand de produits dérivés de l'Elysée, salue les visiteurs à l'occasion des Journées du patrimoine, le 15 septembre 2018.
Emmanuel Macron, sur le stand de produits dérivés de l'Elysée, salue les visiteurs à l'occasion des Journées du patrimoine, le 15 septembre 2018. Crédits : Anne-Christine Poujoulat - AFP

347 000 euros en trois jours : voici le chiffre d'affaires de la nouvelle boutique de l’Élysée. Une boutique lancée ce week-end, à l'occasion des Journées du patrimoine. Sur place ou en ligne, elle rassemble des dizaines de produits dérivés liés à la présidence de la République. Cela va du stylo Bic bleu-blanc-rouge (3 euros) jusqu'au bracelet en or, estampillé liberté, égalité ou fraternité (250 €). Plus étonnant, ce t-shirt à 55 euros... agrémenté de la silhouette d'Emmanuel Macron, en bleu-blanc-rouge. D'autres vêtements arborent des expressions employées par le chef de l’État, comme « poudre de perlimpinpin » ou « croquignolesque ». 

Bien sûr, les critiques n'ont pas tardé.  Y compris dans le monde politique. L'ancien ministre sarkozyste Thierry Mariani dénonce une « propagande politique », qui rappelle la « tradition soviétique ». 

Ce t-shirt à l'effigie d'Emmanuel Macron correspondrait donc à la propagande visuelle des pires dictateurs. Ce serait la version textile 2018 des immenses panneaux à l'entrée des villes où l'on voyait le visage de l'autocrate, le menton haut, le regard fier tourné vers l'avenir... Tout à son indignation - et ayant visiblement dépassé l'adage qui veut que « comparaison n'est pas raison » -, Thierry Mariani aurait pu pousser la protestation jusqu'à préciser qu'à l'époque cette propagande était gratuite, tandis que l'Elysée fait payer ses t-shirts. Plus sérieusement, la présidence de la République se justifie : les bénéfices de cette boutique seront affectés à la rénovation du palais de l'Elysée, dont certaines parties sont pour le moins décrépies. 

Une stratégie de communication assez habile politiquement... 

Oui, au moment où les ménages payent leur dernier tiers d'impôt sur le revenu, il ne sera pas dit que le contribuable finance les aménagements du "Château". Par ailleurs, l'existence de cette boutique est cohérente avec les valeurs véhiculées inlassablement par Emmanuel Macron : la start-up nation, l'innovation, la disruption : ça n'avait jamais été fait, il faut donc le faire... 

Évidemment, tout cela prête à hausser les épaules. Mais cette évolution n'est pas seulement anecdotique ou insolite. Elle éclaire aussi la philosophie générale du président sur la question de l'impôt. Peut-être connaissez-vous la formule d'Alphonse Allais : « il faut demander plus à l'impôt et moins au contribuable ». Pour Emmanuel Macron c'est l'inverse. L'impôt ne peut pas tout, les budgets publics non plus. L'on a déjà vu cette logique à l’œuvre avec le loto créé pour venir en aide au patrimoine, sous la houlette de Stéphane Bern. Dans cette perspective, ce n'est pas à la puissance publique de soutenir le patrimoine en danger, c'est à la générosité du public. Même raisonnement pour la réfection de l’Élysée.

Bien sûr, l’État ne coupe pas tous ses financements. En l'occurrence, des fonds publics restent massivement engagés...

Mais derrière ces exemples très médiatisés, l'on entrevoit une idée générale, qui est ici introduite de manière subreptice. Celle de faire primer la charité sur la solidarité ; le mécénat individuel sur la contribution collective. Si l'on prend du recul, ces initiatives portent en germes l'idée d'un impôt à la carte : « je choisis les causes pour lesquelles je donne ». 

D'ailleurs, il suffit d'étendre ce modèle pour en montrer les limites. Pourquoi ne pas imaginer, demain, une tombola pour financer la réfection d'une école ? Une partie de poker pour la toiture du commissariat ? Une loterie pour le matériel médical de l'hôpital ? Ce serait à coup sûr disruptif. Voilà pourquoi cette boutique de l'Elysée a quelque chose de croquignolesque, pour ne pas dire de "poudre de perlimpinpin".

Frédéric Says

Chroniques

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