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Le mathématicien Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields, est député (LREM) depuis juin 2017.

Les intrus en politique

4 min
À retrouver dans l'émission

Comme notre invité, Cédric Villani, les responsables politiques qui n'ont pas suivi les parcours classiques doivent s'en justifier, parfois longtemps après leur élection.

Le mathématicien Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields, est député (LREM) depuis juin 2017.
Le mathématicien Cédric Villani, lauréat de la médaille Fields, est député (LREM) depuis juin 2017. Crédits : Eric Feferberg - AFP

A votre entrée à l'Assemblée nationale en 2017, Cédric Villani, vous avez été au centre d'une curiosité, et parfois d'un relatif mépris. Voici comment Jean-Luc Mélenchon parlait de vous :  

"J'ai vu le matheux, je vais lui expliquer ce qu'est un contrat de travail, il va tomber par terre... parce qu'il ne le sait pas ! Il ne sait pas que la journée de 8 heures c'est 100 ans de lutte. Le gars, il croit que ça a toujours été comme ça".

Ce à quoi vous avez répondu : 

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Depuis, vous êtes réconciliés, parait-il. Mais qu'a voulu dire le dire le dirigeant de la France insoumise ? Au delà des questions personnes, quel était le sous-texte d'une telle critique ? 

On peut y voir un double sous-entendu. D'abord, la compétence déniée à qui vient d'entrer en politique. Ce dernier est suspecté de ne pas comprendre les enjeux globaux. Ensuite, l'injonction à rester dans son propre champ. L'usage du mot péjoratif "le matheux" le montre : un scientifique n'est pas le bienvenu pour parler des questions du droit du travail, il sera gentil de rester dans ses thématiques d'origine. Ce qui est la négation du rôle du député, qui malgré sa spécialisation, vote tous les textes de loi. 

Le monde politique a-t-il du mal à accepter les parcours atypiques ? Y aurait-il des intrus, ou perçus comme tels, sur les fauteuils rouges de l'assemblée nationale ? 

Est-ce la crainte qu'ils ne soient pas à la hauteur, ou bien est-ce la crainte que leur regard neuf vienne interroger les règles bien établies ? Dans votre livre Cédric Villani, vous racontez d'ailleurs l'absurdité, parfois, du mécanisme des amendements et sous-amendements. 

Faut-il accepter tous les codes de la politique ? A ce jour, le ministre le plus bref reste le médecin Léon Schwartzenberg, huit jours dans le gouvernement Rocard ; il a dû partir après avoir plaidé pour la légalisation du cannabis. La "solidarité gouvernementale" n'est pas un vain mot.

Motodidacte

Dans cette chasse aux intrus, la presse n'est pas exempte de tout reproche. Souvenez-vous les questions qui furent posées à David Douillet, l'ancien champion de judo devenu secrétaire d'Etat sous Nicolas Sarkozy...   

"En tant qu'ex judoka, on vous attendait plutôt au ministère des Sports, vous n'auriez pas été plus légitime dans ce poste-là ?" (Europe 1)

Dans la même veine, Christian Estrosi l'actuel maire de Nice, a été dans une autre vie champion de moto. Il n'en a pas fallu plus pour que ses camarades de parti le surnomment le "motodidacte". Au delà du jeu de mot, peu d'expressions concentrent en elles-mêmes une telle condescendance. 

La question de la vocation politique, de la carrière, de la compétence, du parcours... ne sont pas anodines ou théoriques, en plein crise de la représentation posée par les gilets jaunes. Ces derniers reprochent aux responsables politiques de ne pas avoir une connaissance suffisante du terrain, de la vraie vie, de l'expérience concrète du quotidien. 

A cet égard, il est important d'observer la catégorie socio-professionnelle à laquelle appartiennent les députés. Vérification faite, un seul est ouvrier sur 577 élus. Voilà donc un autre biais, parfois oublié. C'est le paradoxe de cette vie politique, qui loue le concept rabâché de "société civile", mais qui en regarde les membres avec méfiance pour ne pas dire mépris.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
41 min
L'Invité(e) des Matins
La politique : une affaire de logique ?
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