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Après une brouille publique, Laurent Wauquiez a indiqué la sortie à sa vice-présidente, Virginie Calmels.

Le temps des ruptures

2 min
À retrouver dans l'émission

Le passé composé, le temps idéal de la politique.

Après une brouille publique, Laurent Wauquiez a indiqué la sortie à sa vice-présidente, Virginie Calmels.
Après une brouille publique, Laurent Wauquiez a indiqué la sortie à sa vice-présidente, Virginie Calmels. Crédits : Philippe Desmazes - AFP

Dans le ciel bleu de la macronie, on entend parfois quelques orages au loin. C'est l'ancien monde qui tonne. Vous l'avez entendu, Virginie Calmels s'est attirée les foudres de Laurent Wauquiez ; la voici grillée. Avec l'atmosphère ouatée du macronisme, on l'avait presque oublié : c'est donc aussi ça la politique. 

"L'aventure ne continue pas pour Virginie", comme on l'aurait dit dans les émissions de téléréalité que madame Calmels a longtemps produites, à la tête de la société Endemol. Et comme dans le loft, c'est un clash qui a précipité les choses. Plus précisément, une interview explosive accordée hier au Parisien par la future ex-numéro 2 de LR. En voici quelques extraits : 

"Depuis son élection, Laurent Wauquiez démontre qu’il semble être uniquement là pour défendre sa propre ligne" ; "j'ai soutenu ses propositions" ; "J'ai déploré qu'il n'y ait pas de débat" ; "J'ai cru avec sincérité à sa volonté de rassemblement". 

Une mise sous pression, avec l'utilisation, vous l'avez noté, du passé composé. En politique, le passé composé est le temps du conflit larvé. Celui qui parle d'hier sans insulter aujourd'hui. Une conjugaison en caoutchouc, qui permet de plier pour ne pas rompre. Autre exemple, en mai 2016. A cette époque, Emmanuel Macron est encore au gouvernement, mais il affiche déjà ses ambitions. Et le président François Hollande dit ceci (sur Europe 1) :

"[Emmanuel Macron], je lui ai fait confiance."

Nuance : le président ne dit pas « je lui fais confiance » (ce qui signifie que c’est toujours le cas). Mais il ne dit pas non plus « je lui faisais confiance » (ce qui veut dire que ce n’est plus d'actualité). 

C'est moins cruel, moins définitif que l'imparfait jadis utilisé par Jacques Chirac, après la trahison de Charles Pasqua : "j'avais un ami". Soit l’épitaphe d’une amitié politique, si tant est que ce dernier concept ne soit pas un oxymore. Le passé composé, par son indécision entre le passé et le présent - ou plutôt entre le révolu et le non révolu - est le temps par excellence de la politique et de l'ambiguïté qu'elle charrie. 

Le temps idéal ? En tout cas davantage que le passé simple, qui donne l'impression d'écrire ses mémoires. Bien plus usité, évidemment, que le conditionnel passé ("j’aurais dû")... Car les erreurs avouées et reconnues sont plutôt l'exception. En mars 2017, un certain Édouard Philippe, pas encore Premier ministre, toujours chez les Républicains, décide de rompre publiquement avec son candidat François Fillon. [extrait sonore]. 

"J'ai soutenu François Fillon". "J'ai fait confiance à Emmanuel Macron" ; "J'ai cru au rassemblement de Laurent Wauquiez". En politique, le passé composé annonce souvent le futur décomposé.

Frédéric Says

Chroniques

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