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Front contre front, la bataille du rail tourne-t-elle à la bataille de l'opinion ?

Français, choisis ton camp !

4 min
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La réforme de la SNCF nous conduirait-elle à la guerre des clans ? Entre les corps intermédiaires, partis de gauche, syndicats et même journalistes éditorialistes, et de l'autre le gouvernement, chacun se voit désormais dans une bataille. Chacun dans sa tranchée. Le Billet de Ludovic Piedtenu

Front contre front, la bataille du rail tourne-t-elle à la bataille de l'opinion ?
Front contre front, la bataille du rail tourne-t-elle à la bataille de l'opinion ? Crédits : LOIC VENANCE / AFP - AFP

Chacun dans sa tranchée à l'aube d'une semaine qu'il sait importante. En tout cas, les uns et les autres la définissent comme telle. A lire et entendre les mots qui sont prononcés, on en tremblerait presque. 

"Cette réforme de la SNCF est idéologique" dit dans les colonnes de L'Humanité le secrétaire général des cheminots CGT, Laurent Brun. 

Ou encore :  

"Ce qui est en jeu dépasse nos petites personnes. C'est le service public : son avenir ou sa fin." Benoît Hamon au JDD, le 18 mars 2018.

Il y a ici beaucoup de solennité. Une phrase presque définitive. On pourrait y reconnaître le style d'Emmanuel Macron qui depuis sa victoire a théorisé, "c'est moi ou le chaos". Mais ici, rien de personnel. Au contraire, c'est le service public qui est en jeu. Il est ici plutôt personnifié, quelqu'un qui serait alors dans l'attente d'un jugement, juste avant d'avoir la tête tranchée ou bien d'être gracié.  Cette phrase, on la lisait hier dans le Journal du dimanche dans une interview qu'accorde l'ancien candidat socialiste à l'élection présidentielle, Benoît Hamon. Le fondateur du mouvement Génération.s sera dans la rue ce jeudi avec les cheminots et les fonctionnaires. Il dit aussi, je cite, avoir "discuté avec les écologistes, avec Noël Mamère, Pierre Laurent ou Olivier Besancenot". 

"Il y a unité syndicale, affirme Benoît Hamon, il doit y avoir unité politique à gauche."

Un clin d’œil davantage adressé à Jean-Luc Mélenchon qu'à sa France insoumise dont les membres et les sympathisants seront à n'en pas douter dans la rue. Benoît Hamon le formule ainsi : "J'appelle les dirigeants de la France insoumise à mettre entre parenthèses leur stratégie solitaire pour ajouter leur force à la mobilisation unitaire."  Pendant que la gauche tente de fédérer ses forces, de s'organiser, donnant bien le LA de ce début de semaine. Il s'agit de se compter face à un exécutif qui a choisi hier, en cette fin d'après-midi dominicale, de se réunir en séminaire pour afficher sa solidité et son unité. "Nous tiendrons" disait même quelques heures auparavant le ministre de l'économie et des finances, Bruno Le Maire interrogé sur France Inter. Habitué à être l'un des porte-drapeaux du "nouveau monde" (et cela bien avant de rencontrer Emmanuel Macron), Bruno Le Maire tente du même coup de ringardiser le mode d'action choisi par les syndicats. 

"Je ne vous cache pas que j'ai un peu de mal à comprendre qu'au moment où nous sommes en train de discuter de l'avenir de la SNCF, la grève soit un préalable.  Moi, je trouve que ça ce sont des réactions datées, cette idée de faire grève pour menacer." Bruno Le Maire sur France Inter le 18 mars 2018.

idée de faire grève pour menacer)  Cette idée de faire grève pour menacer. Le gouvernement critique la "posture" des syndicats, "pas responsable" ajoute la ministre des transports Elisabeth Borne. 

Ce qui se joue là est une bataille pour gagner le soutien de l'opinion. Et la presse d'opinion relaie aussi cette bataille.

On pourrait prendre d'un côté le journal L'Humanité et de l'autre, le quotidien L'Opinion qui se définit comme "libéral, pro-business et européen". Ce matin, l'éditorialiste Cyrille Lachèvre critique les "poètes de la CGT" et "leurs petits calculs de boutiquier" qui ont donc décidé d'une grève qu'ils ont qualifié de "perlée". Ce sont pour lui "les intermittents de la grève". Il s'en amuse, je le cite : "S'ils étaient aussi inventifs pour concevoir leur entreprise de demain que pour définir leurs mouvements sociaux, nul doute qu'il n'y aurait plus depuis longtemps besoin de réformer la SNCF..."  Il insiste sur cette idée de front contre front. Il rappelle "qu'en face, le seul maître des horloges est Emmanuel Macron. Il peut accélérer sa réforme à sa guise grâce aux ordonnances et sa majorité docile". "Au fond, estime cet éditorialiste de L'Opinion, le temps joue contre les cheminots. A peine distribué, leur calendrier 2018 est déjà d'une autre époque." 

En face, dans le quotidien L'humanité ce matin, Maurice Ulrich raconte dans son édito avoir constaté "samedi, sur une de nos chaînes d'information et à l'inverse de ce que l'on entend d'ordinaire, quatre personnes sur quatre interrogées au hasard, écrit-il, jugeaient que les cheminots avaient raison de se défendre." La magie subjective d'un micro-trottoir utilisé ici comme un fait. Il estime enfin, à l'aube de cette semaine importante, que "la lutte qui s'engage ne sera pas seulement un face-à-face entre le pouvoir et les syndicats. Elle va impliquer tous et chacun dans ce qui est déjà une bataille d'arguments." 

Va pour les arguments, mais s'ils sont d'un côté comme de l'autre, de cette teneur là, à manipuler, à instrumentaliser une opinion publique à qui chaque petite armée intime presque l'ordre de choisir un camp, les français pourraient se retrouver bien en peine au moment de faire ce choix.

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