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Des gilets jaunes sur un pont au-dessus de la rocade à Caen, le 18 novembre 2018.

Gilets jaunes : quelques leçons après la première mobilisation

3 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement promet de prendre en compte le "ras-le-bol fiscal". Suffisant ?

Des gilets jaunes sur un pont au-dessus de la rocade à Caen, le 18 novembre 2018.
Des gilets jaunes sur un pont au-dessus de la rocade à Caen, le 18 novembre 2018. Crédits : Charly Triballeau - AFP

C'est d'abord un mouvement qui a indéniablement réussi. Près de 300 000 gilets jaunes, selon les chiffres du gouvernement, pour une première. Souvenez-vous, on se demandait si elle pouvait passer massivement du virtuel au réel, du clic à la rue, du like au rond-point. La réponse est oui. Y compris outre-mer, notamment à la Réunion

C'est aussi un mouvement qui, à la fois, pâtit de son inorganisation et en bénéficie. Il en bénéficie car il n'est pas identifié à un parti et à un syndicat, et paradoxalement, c'est ce qui participe à sa force collective. Au moment où les élites subissent une défiance virulente, rien ne serait plus préjudiciable qu'une étiquette politique, qu'une bannière syndicale ou qu'un porte-parole unique. 

Il en pâtit aussi par son côté hétéroclite, fourre-tout, au risque de brouiller totalement l'unité d'ensemble. Ce week-end, l'on a fait des barrages bonne ambiance, bon enfant, mais aussi des insultes, parfois racistes ou homophobes. Des cas très limités en nombre - pour qu'on en sait ce matin -, mais qui interpellent forcément. Et puis, entre les deux, des centaines de situations tendues, d'automobilistes agressifs et de manifestants menaçants. En particulier menaçants contre ceux qui auraient l'outrecuidance de vouloir passer en voiture... sans arborer le gilet jaune près de leur pare-brise. Crime de lèse-manifestation.

Le gouvernement est d'ailleurs fort embêté. Avec qui dialoguer, avec qui négocier ? Parmi les centaines de milliers de protestataires, qui a la légitimité pour mettre fin au mouvement ? Pas simple. Comment l'exécutif, déjà accusé d'être le gouvernement des riches, peut-il répondre sans paraître nier le problème, comme dans ce sketch de Raymond Devos ? 

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Face aux slogans multiples sur le carburant, mais aussi sur le pouvoir d'achat et plus largement sur les injustices, le gouvernement affirme qu'il entend, qu'il écoute mais il a l'oreille sélective. Au coup de colère, il répond « ras-le-bol fiscal », c'est ce qu'a fait Edouard Philippe hier soir sur France 2. [extrait sonore]. 

Mais cette "baisse globale des prélèvements" englobe aussi... la suppression de l'impôt sur la fortune ! Soit un contresens total. Ramener la colère à une simple question de taux de prélèvement comparé au PIB, c'est répondre à un cri par un tableur excel. C'est ne pas comprendre que le ras-le-bol va bien au-delà de la taxe sur le carburant, elle exprime une sensation diffuse de mépris, de relégation. L'habitacle de la voiture est celui qui renferme une foule de petites humiliations. Celle de la facture à la pompe, bien sûr, mais aussi celle de la désertion des services publics (petite maternité, centre des impôts, tribunal d'instance) qu'il faut toujours plus de kilomètres pour atteindre. Les déclarations du chef de l’État sur "le pognon de dingue", « qu'ils viennent me chercher » n'ont sans doute pas pacifié les choses. 

Est-ce la France périphérique, comme l'on dit parfois, qui a manifesté ? 

Oui mais pas seulement elle, ni entièrement elle. A écouter les témoignages, l'on comprend qu'il s'agit en bonne part de la petite classe moyenne. La France qui se voit elle-même comme normale, mais qui se sent banale dans le regard des gouvernants.    Ce week-end, a-t-on assisté à la constitution d'une nouvelle classe sociale ? Est-on passé d'une "classe en soi" à une "classe pour soi", comme diraient les disciples de Marx ? 

Au fond, qu'est-ce qu'un gilet jaune ? A l'origine, c'est un ustensile imposé par l’État à chaque automobiliste. Un arrêté ministériel de 2008 le rend obligatoire sous peine d'amende. L'arborer en bannière de ralliement, c'est en quelque sorte retourner le stigmate.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
43 min
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Gilets jaunes : la nouvelle fronde des territoires ?
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