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Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Olivier Véran, lors d'une réunion à l'Elysée sur l'épidémie de covid-19, le 24 mars 2020.

Covid-19 : pourquoi les Français sont-ils plus sévères ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Parmi les grandes démocraties occidentales, l'exécutif français est l'un des plus décriés par ses citoyens dans la lutte contre la pandémie. Tentative d'explications.

Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Olivier Véran, lors d'une réunion à l'Elysée sur l'épidémie de covid-19, le 24 mars 2020.
Emmanuel Macron, Edouard Philippe et Olivier Véran, lors d'une réunion à l'Elysée sur l'épidémie de covid-19, le 24 mars 2020. Crédits : Ludovic Marin - AFP

C'est un dessin humoristique. Il ridiculise Donald Trump sur sa gestion désordonnée de la crise sanitaire.  

Ce dessin, que l'on voit un peu partout sur les réseaux sociaux, caricature Trump en capitaine du Titanic face au coronavirus.  

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Le dessinateur y a listé les ordres successifs du capitaine Trump :  

D'abord, « faites-moi confiance, il n'y a pas d'iceberg ». Puis : « moi je savais avant tout le monde qu'il y avait un iceberg. Je suis le meilleur connaisseur des icebergs ».  

Et : « Cet iceberg, c'est à cause des pingouins. »  

Puis enfin : Tout ça, ce sont des fake news répandues par l'équipage. Je suis le meilleur capitaine de l'Histoire ».  

Le succès de cette caricature illustre la gestion erratique, versatile du chef d’État américain.  

On en sourit...  

Jusqu'au moment où l'on pense à cette information : malgré tout ça, la cote de confiance de Donald Trump quant à cette crise est sensiblement similaire à celle d'Emmanuel Macron en France.  

SI l'on élargit le spectre, et que l'on oublie un instant le président américain, on se rend même compte que la plupart des dirigeants occidentaux bénéficient d'une confiance largement supérieure à celle de l'exécutif français. Allons bon.  

Une étude d'opinion (Cevipof-Opinionway) menée en France, en Allemagne et au Royaume-Uni le montre.  

A la question : « dans l'ensemble, votre gouvernement a-t-il bien géré cette crise ? », les Britanniques et les Allemands répondent très largement : oui.... à 69% et 74%.

En France, c'est seulement 39% d'opinion positive sur la gestion du gouvernement. En Italie, le président du conseil Giuseppe Conte bénéficie de la confiance de 58% de ses concitoyens.

Pourquoi ce phénomène ? Comment l'expliquer ? Y a-t-il une spécificité française ?  

D'abord, il y a des ratés, indéniables.  

Toujours très peu de tests ; des stocks de masques insuffisants, et sur ces deux sujets, une communication contradictoire du gouvernement ; qui semble indexer l'utilité sanitaire de ces produits sur l'état du stock disponible.

En d'autres termes, « dites-nous de quoi vous avez besoin, on vous dira comment vous en passer », selon la formule intemporelle de Coluche. 

Successivement, la crise aura vu la porte-parole du gouvernement expliquer que les masques ne protégeaient pas du covid-19, le président promettre d'en fournir un à tous les Français, et le Premier ministre envisager de les rendre obligatoire dans les transports... Quelle cohérence ? 

Pour autant, ça ne suffit pas à tout expliquer. D'autres pays ont connu des déboires au moins aussi intenses. 

Ainsi, le gouvernement britannique avait d'abord misé sur l'immunité collective, autrement dit, un grand nombre de contaminations pour qu'une majorité de la population soit protégée. Avant de faire machine arrière. Et Boris Johnson, en vacances, a manqué pas moins de cinq réunions au sommet consacrées à l'épidémie.

D'ailleurs, dans tous les pays testés par le sondage (Allemagne, France, Royaume-Uni), la population, très majoritairement, estime que des erreurs ont été commises par les ministres. Mais en France, on en tire - davantage qu'ailleurs - la conclusion de la débâcle quasi-totale.  

Tout se passe comme si l'opinion publique française pardonnait moins les errements, les hésitations ou les revers.  

Pourquoi, selon vous ?

Première hypothèse : l'usure du pouvoir. L'exécutif français est en poste depuis trois ans.  

Les gouvernements britannique, italien et espagnol, sont beaucoup plus récents, et donc sans doute moins usés, moins discrédités.  

Mais cette hypothèse ne tient pas pour l'Allemagne, où Angela Merkel a été nommée chancelière quand Michel Drucker débutait à la télévision ou quasiment (on plaisante, mais pas tant que ça).   

Alors sans doute y a-t-il une explication plus profonde, plus historique.

En France, les attentes vis-à-vis de l’État sont plus fortes qu'ailleurs. Parce que c'est lui, l’État jacobin, qui a organisé, qui a façonné le pays après 1789. Parce que c'est lui, plus qu'ailleurs, qui centralise une part importante de la richesse nationale pour la redistribuer, sous forme de service public.  

Or, plus on attend de l’État... plus grande est la déception quand celui-ci tergiverse, cale ou échoue.  

Ajoutons à cela que chez nos voisins, il existe des paratonnerres. En Allemagne, en Espagne, en Italie, les régions ont un pouvoir important. Elles captent donc aussi une partie de la colère.  

En France, toute la foudre se concentre sur l’État central, et donc sur le gouvernement.  

Corollaire : une croyance très française dans la figure de l'homme providentiel, du sauveur en temps de crise.

Autrement dit, l'on attend le Bonaparte du vaccin, le Clemenceau du masque FFP2, le De Gaulle du test sérologique.

Cela se mélange à une autre habitude française, celle de s'auto-dénigrer.

Signes parmi d'autres : la France est l'un des pays les plus pessimistes du monde sur son avenir. L'un des plus hostiles à la vaccination en Europe, avec l'idée que les élites mentent. Voici résumé le cocktail du « tout est pourri, tout est foutu ».  

Un désespoir dont il est logique qu'il s'abatte sur les représentants politiques. 

Quitte à ignorer, au nom du "tout va mal", les performances nationales, parfois saluées à l'étranger (comme ici par le quotidien italien La Repubblica). En particulier celles de l'administration de la Santé, qui a su répartir les malades par TGV et par hélicoptère. L'hôpital français, contrairement à d'autres, n'a pas eu à "trier" les malades par manque de places en réanimation.  

Et puis peut-être sommes-nous plus exigeants, plus ambitieux, plus intraitables avec notre gouvernement qu'ailleurs. 

Comment imaginer l'inverse d'ailleurs, dans un pays dont la devise est « liberté – égalité - fraternité » ? Trois valeurs mises à mal par le confinement.  

Liberté ? inutile de faire un dessin.  

Égalité ? elle est plus lointaine que jamais, entre les résidences secondaires et les barres d'immeubles.  

Fraternité ? elle est un combat difficile, quand tout pousse à se méfier de l'autre.  

Cette devise est mise à rude épreuve.  

Peut-être y a-t-il aussi un vieux fond d'arrogance française - celle de se croire une grande puissance, supérieure aux autres. Et donc, de tomber d'encore plus haut quand il manque une chose aussi simple... que des masques en papier. 

Frédéric Says

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