LE DIRECT
Emmanuel Macron à Souillac (Lot), le 19 janvier 2019.

Pour le gouvernement, dernière ligne (à) droite avant les européennes...

3 min
À retrouver dans l'émission

A quatre mois du scrutin européen, l'Exécutif fait le choix de pencher à droite.

Emmanuel Macron à Souillac (Lot), le 19 janvier 2019.
Emmanuel Macron à Souillac (Lot), le 19 janvier 2019. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Le parti LREM va-t-il bientôt se résumer à ses deux premières lettres ? Depuis le début du mois de janvier, le gouvernement s'adresse en priorité à l'électorat de centre-droit et de droite. Exemple ? Les petites phrases d'Emmanuel Macron, sur ces "gens en difficulté" dont certains "déconnent". L'agenda de la semaine ne dit pas autre chose : projet de loi "anti-casseurs" examiné mercredi à l'Assemblée nationale, et réception en grande pompe, aujourd'hui, de chefs d'entreprise à Versailles. 

Deux initiatives dont on peut discuter, mais qui se coulent parfaitement dans la rhétorique qu'on pourrait appeler « ordre et croissance ». La lettre aux Français d'Emmanuel Macron emprunte aussi largement à cet imaginaire. "Quels impôts faut-il baisser", "Comment diminuer la dépense publique ?", "Quels services publics sont dépassés ? ».

Le chef de l’État a aussi insisté pour que le thème de l'immigration figure au menu du grand débat national. Toutes ces questions ne sont pas taboues, bien sûr, mais elles ne sont pas neutres non plus. Par ailleurs, le gouvernement veut lancer prochainement sa réforme de la fonction publique.

Quel est le calcul de l'Exécutif ?

Pour en finir avec la contestation de rue, il sait qu'il doit impérativement assécher le soutien de l'opinion aux gilets jaunes. Après deux mois de mouvement, ils sont toujours soutenus ou approuvés par une grosse moitié des Français, d'après les études. L'idée du gouvernement est donc de s'adresser à la classe moyenne modeste qui travaille, celle des employés, des indépendants, des artisans, qui représentent près de 50% de la population active. C'est cet électorat, pour le dire vite, qui s'agace de la pression fiscale, mais qui désavoue les scènes de violences.   Qui veut moins d'impôt mais pas d'abribus cassé, parce qu'il est convaincu qu'à la fin ce sera à lui de payer. 

Ce qui est payant, pour l'instant, c'est cette stratégie dans les sondages. Emmanuel Macron gagne 4 points en un mois, selon l'IFOP. A 27% de satisfaits, il n'y a pas de quoi crier victoire. Mais en termes de popularité, le président était au sous-sol, il est maintenant au rez-de-chaussée. 

Ce choix de se porter vers la droite n'est pas sans danger, politiquement... 

D'abord, parce que le chef de l’État tirait sa force de son statut d'ovni politique. De phénomène inclassable sur l'axe gauche-droite classique. Désormais, si le projet politique se définit par la baisse des impôts, l'éloge de l'ordre et la réforme de la fonction publique, il n'y a plus grand mystère sur la généalogie politique de ses idées. 

Ce virage tactique vers la droite raconte aussi la vacuité à gauche, où il n'y a pas de réservoirs de voix, à part chez Jean-Luc Mélenchon. D'où le choix d'"aller braconner sur les terres de la droite", selon le cliché journalistique en vogue. 

Dans cette optique, Emmanuel Macron pourra tout de même remercier Laurent Wauquiez. Le chef du parti Les Républicains s'apprête à désigner comme tête de liste François-Xavier Bellamy, un jeune philosophe et élu de Versailles, certes brillant et dialectique, mais qui se révèle ambigu sur la question de l'avortement. De quoi ramener les électeurs de droite modérée dans les bras du chef de l’État. Voilà donc où nous en sommes, à quatre mois du scrutin européen : En Marche convoite les électeurs du parti Les Républicains, qui convoite les électeurs du Rassemblement national.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
44 min

L'Invité(e) des Matins

Deux ans après son investiture : Donald Trump au pied du mur ?
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......