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Manifestation de salariés et de retraités de la SNCF, à Paris, le 4 juin 2019.

SNCF : droit de retrait ou droit de retraite ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Une partie des agents de la SNCF ont cessé le travail et fait valoir leur droit de retrait suite à un accident survenu avec un TER à Saint-Pierre-Sur-Vence mercredi soir. Le gouvernement et la direction de la SNCF dénonce une grève qui ne dit pas son nom.

Manifestation de salariés et de retraités de la SNCF, à Paris, le 4 juin 2019.
Manifestation de salariés et de retraités de la SNCF, à Paris, le 4 juin 2019. Crédits : Vincent Isore / IP3 - Maxppp

Les perturbations sont en train de se résorber, en ce lundi matin, sur le réseau SNCF. 

Mais durant trois jours, un nombre important d'agents ont exercé leur droit de retrait. C'est à dire qu'ils ont cessé le travail, invoquant auprès de leur employeur un danger "grave et imminent", suite à un accident survenu mercredi soir à Saint-Pierre-sur-Vence tout près de Charleville-Mézières dans les Ardennes. 

Pour rappel, un TER, train express régional, qui effectuait la liaison entre Reims et Charleville, a percuté un convoi exceptionnel qui transportait une betteravière et qui était resté bloqué en travers du passage à niveau. L'accident a fait 11 blessés légers parmi les 70 passagers. Le conducteur a dû, nous dit-on, à la fois s'occuper des passagers et activer un dispositif à 1,5 kilomètre de là où se trouvait son convoi pour alerter les autres trains et éviter une autre collision. 

Et c'est le fait qu'il était le seul agent SNCF à bord du train qui a généré ce mouvement d'humeur d'un grand nombre de salariés dans toute la France. 

L'inquiétude et l'exercice du droit de retrait étaient pleinement justifiés selon plusieurs syndicats et en particulier selon Philippe Martinez de la CGT : 

Un droit de retrait, c'est suite à quelque chose de grave. C'est la mise en avant des conditions de travail des agents de la SNCF, des conséquences des suppressions d'emploi et donc, le droit de retrait, c'est un droit des travailleurs pour dire "attention, il se passe quelque chose de grave".

C'est en effet un dispositif prévu par le code du travail qui autorise un salarié, à titre individuel, à cesser le travail après avoir prévenu son employeur et après avoir précisé le danger auquel il estime être confronté s'il s'y rend. L'exercice de ce droit de retrait, s'il est avéré, n’entraîne aucune sanction ni aucune retenu sur salaire. 

Mais le gouvernement et, notamment, le secrétaire d'Etat aux transports Jean-Baptiste Djebbari a estimé hier qu'une partie des salariés a exercé ce droit de retrait à tort :  

Ce droit de retrait a été détourné de sa vocation initiale. Vous avez entre un tiers et 50% des personnes grévistes qui n'étaient pas directement impactées par le trafic TER et pour lesquelles un danger grave ou imminent n'était pas, de fait, observable.

Le secrétaire d'Etat aux transports emboîtait le pas au premier ministre, Edouard Philippe, qui, la veille, dénonçait, lui, une grève déguisée : 

C'est un détournement du droit actuel. (C'est) la volonté de ne pas respecter la loi sur la grève dans les services publics, de la détourner pour avoir un impact maximal sur les français.

Dans l'esprit du premier ministre, ce qu'il a qualifié de "grève sauvage" serait une manière, pour les syndicat, de compter les troupes et de se mettre en ordre de bataille dans la perspective de la journée de grève interprofessionnelle contre la réforme des retraites prévue le 5 décembre prochain. 

Plutôt qu'un "droit de retrait", on serait donc là dans la défense d'un "droit de retraite" de la part d'une partie des salariés de la SNCF, sachant qu'ils bénéficient d'un régime spécial qui leur permet de faire valoir leurs droits de manière anticipée, certains à 57 ans, d'autres à 52 ans.  

Ecran SNCF Transilien annonçant une grève "surprise, le 18 octobre 2019
Ecran SNCF Transilien annonçant une grève "surprise, le 18 octobre 2019 Crédits : Stéphanie Berlu - Radio France

Ce que le gouvernement qualifie de "grève déguisée" relève du mouvement d'humeur dans un contexte de tension et d'inquiétude à la SNCF

Il ne s'agit pas, ici, de dire si ce droit de retrait a été exercé à bon escient. Ça, c'est le rôle de l'inspection du travail et, éventuellement, de la justice. Mais pour comprendre ce qui s'est passé, il faut rappeler un certain nombre d'éléments : 

D'abord, il y a la volonté des syndicats et d'une partie des salariés de défendre un régime spécial avantageux, dont les premières dispositions ont été mises en place il y a plus d'un siècle, en 1909, et qui est aujourd'hui considéré comme un droit acquis inaliénable. A la RATP, la défense du régime spécial de retraites a donné lieu à une première journée de grève le 13 septembre dernier. 

Ensuite, il y a eu la réforme de la SNCF votée en juin 2018. La bataille contre cette réforme a été perdue par les syndicats malgré une grève perlée qui a duré trois mois. Il y a donc chez certains une volonté de revanche.  Et c'est d'autant plus vivace qu'une des applications concrètes de cette réforme, la fin de l'embauche au statut, entrera en vigueur dans moins de trois mois, à partir du premier janvier 2020. Pour certains, la perte du régime spécial après la fin du statut serait vécu comme une double peine. 

Il y a encore le fait qu'on approche de la fin de l'année. C'est précisément au mois de décembre que le conflit avec les Gilets Jaunes avait été le plus rugueux l'an dernier. Et c'est aussi en décembre qu'avait eu lieu la grande bataille contre la réforme des retraites de 1995. Pour les syndicats, la perspective d'un conflit généralisé serait, dès lors, une manière de retrouver un peu de légitimité. 

A tout cela vient s'ajouter l'inquiétude liée au fait qu'on ne sait pas bien de quoi il retourne avec cette réforme des retraites. Et c'est ce que révèle ce mouvement d'humeur à la SNCF, une profonde inquiétude que le pouvoir exécutif semble avoir bien du mal à contenir et à juguler. 

Au contraire, en ouvrant le débat, en affirmant que rien n'est encore décidé, il semble donné, à certains, l'impression qu'il avance masqué...

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