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Des enfants déjeunent à la cantine à Courtonne-la-Meurdrac le 17 septembre 2018

Les écologistes mettent-ils de l'idéologie dans les assiettes à la cantine ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Les élus écologistes mettent en place un menu unique et sans viande dans les cantines des écoles de la ville de Lyon. Le gouvernement dénonce une décision "idéologique" qui ne tient pas compte des besoins des élèves.

Des enfants déjeunent à la cantine à Courtonne-la-Meurdrac le 17 septembre 2018
Des enfants déjeunent à la cantine à Courtonne-la-Meurdrac le 17 septembre 2018 Crédits : Charly TRIBALLEAU - AFP

Plusieurs ministres du gouvernement se sont émus et ont vivement protesté, ce week-end, contre les repas sans viande qui seront, à compter de ce lundi 22 février, au menu des enfants, à la cantine, dans les écoles de la ville de Lyon. 

Le ministre des comptes publics, Olivier Dussopt, a blâmé un "choix antisocial et doctrinaire". Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, s’est emporté sur twitter pourfendant une politique "moraliste et élitiste qui exclut les classes populaires" en même temps qu’il a dénoncé "une insulte faite aux agriculteurs et aux bouchers français.  (Lesquels agriculteurs vont d’ailleurs manifester, aujourd'hui, dans le centre-ville de Lyon contre cette décision,) Et puis le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, a quant à lui fustigé l’idéologie qui sous-tendrait cette décision. C’est lui aussi par un tweet qu’il a exhorté le maire écologiste de Lyon à ne pas mettre "de l’idéologie dans l’assiette de nos enfants" et à "leur donner ce dont ils ont besoin pour bien grandir" et dont "la viande fait partie" a conclu le ministre. 

Ces accusations font écho à une supposée proximité des élus écologistes avec le milieu végétarien voire avec le milieu vegan. Et puis elles font référence à une promesse de campagne du nouveau maire de Lyon, Grégory Doucet, qui a l’intention de prochainement proposer aux élèves, dans les écoles, un menu végétarien, au choix, tous les jours de la semaine. 

Pour autant, ce n’est pas ce qui justifie la mise en place de ce menu sans viande, à partir d’aujourd’hui, dans les cantines lyonnaises. La municipalité explique avoir décidé, à cause de la crise sanitaire, de proposer, pour les prochaines semaines, un menu unique pour tout le monde, ce qui permet d’accélérer le service et d’éviter les files d’attente. Et s’il est sans viande, précise encore la mairie, c’est parce que c’est ce qui convient le mieux à tous les enfants. D’ailleurs, ces menus sans viande ne sont pas des repas végétariens puisqu’il y a des œufs et du poisson et puis ce n’est pas une nouveauté, indique encore Grégory Doucet, étant donné que l’ancien maire, Gérard Collomb, avait mis en place le même dispositif, pour les mêmes raisons, en mai de l’année dernière, à l’issue du premier confinement.

Un procès d'intention ?

Il y a, de fait, une forme de procès d’intention fait à l'encontre des écologistes lyonnais. Mais ils ne sont peut-être pas non plus complètement mécontents d’expérimenter les menus sans viande avant la mise en place à la rentrée prochaine des menus végétariens voulus par Gregory Doucet. En tous cas, les accusations des différents ministres renvoient les écologistes aux faiblesses qui les caractérisent et qui sont autant de potentiels écueils qu’ils pourraient rencontrer dans l’opinion.

Premièrement, elles les renvoient au fait qu’ils n’ont pas d’expérience dans l’exercice des responsabilités. Tous ou presque sont des novices à la tête des grandes villes qu’ils ont récemment conquises. On laisse donc entendre qu’ils ne savent pas trop ce qu’ils font.  Et deuxièmement, on sous-entend qu’ils auraient l’intention de préserver l’environnement coûte que coûte, sans tenir compte d’aucune autre considération. En l’espèce, on laisse entendre là que leur principale préoccupation n’est pas de favoriser le bien-être et le développement des enfants mais de les empêcher de manger de la viande. Autrement dit, on leur fait un procès en déconnexion d’avec la réalité et la complexité du fonctionnement de la société.

les écologistes sont renvoyés à l’image qu’ils ont donnée d’eux-mêmes

En septembre dernier, Gregory Doucet, déjà, avait qualifié le Tour de France de "machiste et polluant" et il se demandait s’il devait accueillir les coureurs dans sa ville. Et puis le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, avait décrété qu’il ne voulait plus de sapin de Noël qu’il avait qualifié "d’arbre mort".  L’image qui est restée dans l’opinion est que les écologistes, quand ils arrivent au pouvoir, sont des ayatollahs de la protection de l’environnement, qu’ils veulent supprimer Noël et le Tour de France, qu’ils vivent essentiellement dans les centres-villes et qu’ils n’aiment pas les classes populaires. 

Ce sont ces images, ces épouvantails que les ministres sont en train d’agiter avec leurs reproches sur les menus sans viande dans les cantines scolaires. Ils font cela parce que l'élection présidentielle approche, parce qu’on sait, au plus haut sommet de l’Etat, que l’environnement sera l’un des thèmes majeurs de la campagne à venir et qu’on craint peut-être l’émergence d’une candidature écologiste crédible. Il convient donc pour l’exécutif de faire en sorte qu’imprime dans l’opinion cette image d'élus pas responsables, obnubilés par une idée fixe, l'environnement, et déconnectés des réalités sociales et sociétales.

Au passage, cette querelle avec les écologistes lyonnais nous dit et nous confirme qu’Emmanuel Macron, quoiqu’il en dise et quoiqu’en dise son entourage, prépare activement la présidentielle de l’année prochaine et sa candidature à une réélection.

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