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Emmanuel Macron avait promis de reprendre "sans filtre" les propositions des 150 citoyens tirés au sort. La Convention citoyenne avait été installée en réponse à la crise des gilets jaunes.

Ecologie et référendum : un outil politique risqué

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Le gouvernement se dit prêt à organiser une consultation populaire, après la remise des propositions par la Convention citoyenne, ces 150 citoyens tirés au sort.

Emmanuel Macron avait promis de reprendre "sans filtre" les propositions des 150 citoyens tirés au sort. La Convention citoyenne avait été installée en réponse à la crise des gilets jaunes.
Emmanuel Macron avait promis de reprendre "sans filtre" les propositions des 150 citoyens tirés au sort. La Convention citoyenne avait été installée en réponse à la crise des gilets jaunes. Crédits : Yoan Valat - AFP

Sur le papier, le scénario est bien réglé. Résumons-le en quelques mots :  

Après la crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron décide de mettre les décisions entre les mains de citoyens tirés au sort. 

150 d'entre eux produisent des propositions pour « lutter contre le changement climatique tout en garantissant la justice sociale ».

Le chef de l’État se saisit de ces préconisations ; il les rassemble et les soumet au peuple, par référendum.

La consultation populaire est un succès. Des files d'attente se forment dans les bureaux de vote. Les résultats tournent au plébiscite.  

Le quinquennat est relancé, la démocratie revivifiée et accessoirement la planète est sauvée !

Et... c'est à ce moment-là que sonne le réveil à l'Elysée.

Car loin de ce scénario de rêve, la réalité offre quelques difficultés supplémentaires pour le chef de l’État.  

Un référendum, oui, mais sur quelle question ?  

Hier, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, s'est dite favorable à un référendum à questions multiples.  

Autrement dit, les Français seraient consultés sur plusieurs propositions. Par exemple :

- Abaisser la vitesse à 110 kilomètres/heure sur l'autoroute : Oui ou Non ?

- Interdire les publicités pour les voitures polluantes : Oui ou Non ?

- Proscrire la construction de nouveaux aéroports : Oui ou Non, et ainsi de suite.  

Sauf que les 150 citoyens tirés au sort ne l'entendent pas de cette oreille.  

Dans une délibération, hier, ils ont rejeté le principe d'un référendum portant sur leurs propositions, au motif, je cite, que "l'Exécutif doit prendre ses responsabilités".  

Et donc transcrire directement ces mesures dans la loi.  

Ah, il y a tout de même deux préconisations que les citoyens acceptent de voir soumises au vote populaire :  

1 – l'inscription du terme "écocide" dans la loi. (écocide, c'est un mot formé comme féminicide, pour signifier l'atteinte grave et volontaire à la nature, au climat, à la biodiversité).  

2 – L'ajout, dans la constitution française, de la lutte contre le dérèglement climatique.  

Ce serait placer cet objectif dans la loi fondamentale de la République française, au même titre que l'égalité, la décentralisation ou la laïcité.  

Politiquement, ce n'est pas évident d'organiser un référendum sur ces deux questions...

C'est même assez compliqué.  

D'une part, parce que les débats risquent de se focaliser sur la forme : faut-il ou pas modifier la constitution ?

Plutôt que sur le fond : à quelles mesures sommes-nous collectivement prêts pour limiter notre empreinte carbone ?   

L'on risque de s'orienter vers une campagne de juristes plutôt que d'écologistes. Un débat sur les symboles plutôt que sur les protocoles.  

D'ailleurs, cela a commencé dès hier soir. Le chef de file du parti Les Républicains, Christian Jacob, a déclaré ceci : « il faut ficher la paix à la constitution ». CQFD.  

Quant au terme d' « écocide », il est encore mal connu, sa portée exacte est incertaine.  

Même si l'objectif est louable, il est difficile de mobiliser 48 millions d'électeurs sur ce néologisme.

Un nouveau mot, certes capital, mais qui peut sembler abscons ou abstrait - au moment où la population s'interroge sur la montée du chômage, des faillites d'entreprise et sur les rapports avec la police.  

Le risque d'un référendum qui apparaîtrait comme technique ou sémantique, c'est de décourager la participation électorale, et par là la légitimité du résultat.  

Pensez par exemple au référendum de l'an 2000 qui instaure le quinquennat au lieu du septennat ; l'enjeu n'est pas mince, et pourtant :  70% des électeurs sont restés chez eux. Le thème semblait trop éloigné de la vie quotidienne.  

Parmi les revendications des gilets jaunes, il y avait notamment celle d'être plus écoutés, davantage consultés.  

En voici une occasion, avec le travail minutieux de 150 citoyens. La constitution, justement, permet des référendums sur des sujets très concrets.  

Pourquoi ne pas essayer ?  

Après tout, la Cinquième République ne s'use que si on ne s'en sert pas.  

Frédéric Says

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