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En visite d'Etat à Washington, Emmanuel Macron va offrir un jeune chêne à Donald Trump. Ici les deux hommes, le 13 juillet 2017 à Paris.

La diplomatie du cadeau

4 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron entame aujourd’hui une visite d’État de trois jours à Washington. Il a prévu d’offrir un chêne à Donald Trump, en souvenir des soldats américains tombés pendant la première guerre mondiale. A quoi sert "la diplomatie du cadeau", pratiquée par le président de la République ?

En visite d'Etat à Washington, Emmanuel Macron va offrir un jeune chêne à Donald Trump. Ici les deux hommes, le 13 juillet 2017 à Paris.
En visite d'Etat à Washington, Emmanuel Macron va offrir un jeune chêne à Donald Trump. Ici les deux hommes, le 13 juillet 2017 à Paris. Crédits : Mustafa Yalcin - AFP

Que faut-il apporter quand on est invité chez quelqu’un ? Vous vous êtes peut-être posés la question ce week-end. Ne rien apporter, c’est osciller entre la goujaterie et la pingrerie. Venir muni d'un cadeau trop onéreux, cela risque de gêner votre hôte et vous faire passer pour cabotin ou pompeux. La même question se pose à Emmanuel Macron quand il rend visite à ses homologues étrangers. Pas question d’afficher trop de générosité avec les deniers publics. Il est loin le temps où Louis XVI avait remis une tabatière ornée de dizaines de diamants à Benjamin Franklin. Il est vrai qu’à l’époque en France la Cour des comptes et l’opposition parlementaire étaient nettement moins tatillonnes… 

Pour cette visite d’État de trois jours, le président français a donc choisi un cadeau symbolique. Donald Trump se verra remettre un jeune chêne prélevé dans l'Aisne. Précisément dans le Bois Belleau, là où des centaines de soldats américains sont morts pendant la Première guerre mondiale. Cette tradition du "présent diplomatique" a toujours existé. Mais chez Emmanuel Macron, l’objet choisi est présenté comme un élément politique en lui-même,et non comme un "à-côté pittoresque".  

Ainsi le chêne choisi pour Donald Trump a même fait l’objet d’une vidéo diffusée par l’Élysée. Cette communication autour des cadeaux est assez judicieuse : elle imprime une tonalité au voyage, bien mieux que tous les briefings adressés aux reporters. Elle permet aussi, dans la société globale de l’image, d’offrir un visuel simple pour résumer des entremêlements d’intérêts compliqués. 

D’où la complexité du choix du cadeau. En janvier 2018, c’est un cheval qu’avait choisi Emmanuel Macron pour Xi Jinping. Lors d’une précédente visite en France, le dirigeant chinois avait été très impressionné par les équidés de la garde républicaine. C’était en 2014, et les services du protocole ont gardé en tête cette information (l’algorithme de recommandation humain de l’Élysée ferait presque passer facebook pour une annexe de la CNIL, le gendarme des données personnelles). 

Lionceau et dromadaire 

Les cadeaux animaliers ne font pas vraiment partie de la tradition diplomatique française, et l’Élysée en a beaucoup plus reçus qu’offerts. A l’image de ce lionceau donné à Valéry Giscard d’Estaing par un homologue africain… Ou ce dromadaire offert à François Hollande par la ville de Tombouctou. 

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Y aurait-il parfois un brin de malice, voire de fourberie, derrière le choix des cadeaux ? Par exemple, quand la France prête au Royaume-Uni la tapisserie de Bayeux (qui représente la conquête de l'Angleterre par Guillaume le conquérant). Peut-elle ignorer le symbole ? La question d’ailleurs fut posée, avec ironie, par un journaliste britannique lors de la conférence de presse d'Emmanuel Macron et Theresa May : "est-ce que le prêt de la tapisserie de Bayeux veut dire que vous pensez nous reconquérir ?" 

Mais refuser le cadeau n’est pas seulement impoli. Dans le cadre des relations diplomatiques, c’est impossible. C’est ainsi que François Hollande s’est retrouvé en Asie centrale recouvert d’un manteau et d’une chapka de fourrure

Rien de tel pour le cadeau du jour aux États-Unis. Le chêne est aussi une mise en garde feutrée à Donald Trump. Il rappelle l’ancienneté du lien franco-américain - et la nécessité d’en prendre soin. Car les sujets de discorde ne manquent pas : l’accord sur le nucléaire iranien, les barrières douanières à l’importation... Pas sûr, cela dit, qu’un arbre suffise à cacher la forêt des désaccords entre Washington et Paris.

Frédéric Says

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