LE DIRECT
A 600 jours de la présidentielle, nombreux sont les candidats déclarés à l'Elysée.

A 20 mois de la présidentielle, déjà un amoncellement de candidats

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment expliquer cette nouvelle accélération du calendrier politique ?

A 600 jours de la présidentielle, nombreux sont les candidats déclarés à l'Elysée.
A 600 jours de la présidentielle, nombreux sont les candidats déclarés à l'Elysée. Crédits : Patrick Kowarick - AFP

Deux ans avant la présidentielle : théoriquement, c'est la période de la veillée d'armes. Le moment où les partis politiques peaufinent leur programme, leurs idées, leurs projets, avant de se lancer dans la bataille l'année suivante. 

« Théoriquement »... car ce calendrier est visiblement dépassé. Nous assistons à une nouvelle accélération du temps politique. A 600 jours de l'élection, à 20 mois du scrutin, les candidatures se bousculent déjà.  

Hier, Jean-Luc Mélenchon a indiqué qu'il prendrait sa décision dès ce mois d'octobre. A droite, Xavier Bertrand ne cache pas qu'il se prépare, Bruno Retailleau s'est même déclaré ce week-end. Rapidité encore plus grande chez Marine Le Pen, officiellement candidate depuis 8 mois.   Et chez les Verts, l'urgence n'est pas seulement climatique : le choix du candidat écolo doit se faire dès le mois de janvier 2021, plaide Yannick Jadot.  

On le voit, même les partis qui se disent sceptiques envers la Vème république... se lancent dans cette course à l'homme ou à la femme providentiels. 

C'est un peu le "pari de Pascal" appliqué à la Vème république : on doute, mais on prend le parti d'y croire, sait-on jamais... 

Si l'on plonge dans les archives, cette accélération du temps politique saute aux yeux. 

Par exemple, en 1995, Jacques Chirac se déclare seulement 5 mois avant le scrutin, il partait pourtant alors de très loin dans les sondages. Même chose pour François Mitterrand, officiellement candidat le 9 novembre 1980. 

Bien sûr, les ambitions affichées longtemps à l'avance ne sont pas une absolue nouveauté. Georges Pompidou, après son départ de Matignon, affirme son intérêt pour la fonction suprême. Nous sommes en 1969, la présidentielle doit avoir lieu 3 ans après : 

[extrait sonore] "Je crois probable que je serai candidat... mais d'ici là bien des choses se passeront. Et en tout cas ce n'est pas ma pensée permanente, ni ma préoccupation permanente !" (ORTF, 18 janvier 1969)

Anticiper une candidature publiquement : ce qui était l'exception est devenu la norme. 

Jadis, les responsables politiques en brûlaient d'envie en leur for intérieur ; désormais ils exposent leur flamme à la vue de tous.    Au risque de voir des candidats aussi vite disparus qu'ils sont apparus. 

"La rencontre d'un Homme et d'un peuple", selon le phrasé gaulliste, s'est muée en une application de rencontres : des prétendants fugaces et empressés, que l'on voit défiler à droite et à gauche, sans résultat très concluant. 

Pourquoi cette évolution ? Pourquoi cette accélération du temps politique ? 

Comme si le quinquennat ne faisait plus cinq ans, mais seulement trois ou quatre... La jurisprudence d'Emmanuel Macron y est pour beaucoup : il est passé en quelques années de l'anonymat à l'Elysée. 

Ce qui signifie qu'aucune candidature n'est a priori ridicule : puisque ça peut marcher, autant essayer, se disent les ambitieux.   Le monde politique actuel, devenu plus que jamais mouvant et incertain, incite à ce genre d'audace. Le hold-up paie. 

Par ailleurs, cet empressement s'explique aussi par le vide à la tête des partis. A ce jour, presque aucun d'entre eux ne dispose d'un candidat ou d'une candidate absolument incontestable. 

Chez les Verts, Yannick Jadot et Eric Piolle, le maire de Grenoble, se jaugent à distance. 

A droite, le silence de François Baroin fait écho à celui de Valérie Pécresse. 

Au Rassemblement national, Marine Le Pen redoute une éclosion de sa nièce, Marion Maréchal. 

En somme, l'absence de leaders incontestés favorise la foire d'empoigne, suscite les duels. Et dans ces cas-là, mieux vaut dégainer le premier. Quitte à utiliser les longs mois qui restent pour cicatriser les plaies. 

D'où l'amoncellement de candidats. Dans cette course folle, ils sont à la fois le lièvre et la tortue : pris entre la frénésie médiatique et le long chemin jusqu'à l'échéance.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
36 min

L'Invité(e) des Matins

Aux États-Unis, une campagne électorale virale
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......