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Le débat public tourne-t-il à une succession de "clashes" ?

Passion clash

3 min
À retrouver dans l'émission

Controverses autour d'Eric Zemmour, de Marcel Campion, de Yann Moix : le débat public semble dominé par les invectives. Et la politique regarde passer, impuissante, le cortège des "polémistes".

Le débat public tourne-t-il à une succession de "clashes" ?
Le débat public tourne-t-il à une succession de "clashes" ? Crédits : Meg Oliphant - AFP

Des cris, des insultes, des menaces : le débat public, ces temps-ci en France, ressemble à s'y méprendre à une cellule de garde à vue en fin de soirée. 

Hier par exemple, chacun a été sommé de se positionner sur les propos d'un responsable forain, Marcel Campion. Lequel s'en prenait tout bonnement « aux homos de la mairie de Paris », voyant derrière leur « perversité » l'explication à ses propres démêlés avec Anne Hidalgo [la maire de Paris a retiré à Marcel Campion l'exploitation du marché de Noël sur les Champs-Élysées]. Immédiatement, les candidats déclarés ou putatifs à la municipale parisienne ont pris la plume pour exprimer leur dégoût et leur déploration. 

L'encre de l'indignation n'était pourtant pas encore sèche dans la controverse liée à Eric Zemmour. Le journaliste et écrivain a clos une tournée médiatique au cours de laquelle il a pris plaisir à susciter le malaise de ses interlocuteurs. Y compris celui la chroniqueuse de la chaîne C8 Hapsatou Sy, avec qui l'échange termina dans des accusations mutuelles de représenter « une insulte à la France ». 

Un peu après, le chroniqueur et écrivain Yann Moix, face à une policière, assénait ceci : 

"Vous savez que la faiblesse attise la haine, et dire que vous chiez dans votre froc, alors que vous faites un métier qui devrait prendre en compte la peur (...) effectivement, la peur au ventre, vous n'avez pas les couilles d'aller dans des endroits dangereux".

En réponse, la déléguée nationale d'un syndicat policier lançait à l'attention de Yann Moix qu'il était un "sans-couilles caché derrière son pupitre". Ah, la beauté de la démocratie, ce riche échanges d'idées de fond, cette dispute intellectuelle sur les grands sujets, cette joute dialectique dont naît l'intérêt général... en théorie. Désormais, le débat se résume à des bulles vertes qui s'entrechoquent, comme dans l'album d'Astérix "La Zizanie". 

Clash

L'émergence des chaînes d'infos en continu y est pour beaucoup. Plus précisément : la multiplication des longues plages de pseudo-débats, où l'on discute de tout et n'importe quoi avec des polémistes. « Polémistes » ? Le terme moderne pour désigner les imposteurs qui sont capables d'émettre un avis tranché sur la fiscalité du capital, le conflit en Syrie et le classement de la Ligue 2 de football. 

Bien sûr, pour les chaînes, ces formats présentent l'avantage de ne pas coûter grand-chose et de moissonner une audience raisonnable. Mais comme les téléspectateurs s'accoutument et se lassent, il faut à chaque fois augmenter la dose de scandale. Multiplier les excès verbaux pour relever un peu la pensée indigente, comme on ajoute du piment pour faire oublier l'aliment un peu trop fade. 

Les réseaux sociaux viennent ensuite apporter la caisse de résonance sans laquelle ces polémistes ne sont que des pantins aphones. En quelques tweets, la pensée caricaturale est encore sur-caricaturée en extraits de 20 secondes. S'en suit le débat télévisé du lendemain pour se demander si le débat télévisé de la veille est allé trop loin. Voici un système qui s'auto-alimente. Et qu'on a peine à qualifier sans recourir à un vocabulaire scatologique. 

La bulle politique

A côté de cela, le monde politique tente vaguement de se faire entendre, perdu dans une sphère ouatée, marketée et technique qui ne passionne plus grand-monde. L'opposition essaie de se structurer, à l'approche des élections européennes ; le gouvernement tente de faire valoir la redistribution de 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat dans le budget présenté cette semaine. Ces annonces se perdent aussitôt dans un lointain écho, bien vite couvert par le fracas de la polémique du jour. 

Comme si l'on assistait à l'avènement d'un cinquième pouvoir, celui du buzz. Où l'on préfère l'invective à l'engagement public et les mandales aux mandats. Il convient de s'interroger sur ces univers parallèles, toujours plus hermétiques. Les passions surgissent hors des institutions démocratiques censées les canaliser et en irriguer la réflexion collective. Le débat de la France de 2018 ne se fait plus dans le cadre politique, il se fait à côté d'elle. Ou plutôt sous elle.

Frédéric Says

Chroniques
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