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Emmanuel Macron commémore "les attentats du 13 novembre" à Paris en 2017

Le ballon d'essai en politique

4 min
À retrouver dans l'émission

Depuis plusieurs semaines, les ministres du gouvernement multiplient les "ballons d'essai" en prenant position en faveur de mesures qui, selon eux, mériteraient d'être mises en oeuvre. Ils mettent en avant essentiellement des dispositions d'ordre fiscal.

Emmanuel Macron commémore "les attentats du 13 novembre" à Paris en 2017
Emmanuel Macron commémore "les attentats du 13 novembre" à Paris en 2017 Crédits : Philippe Wojazer - AFP

Faut-il que tous les Français, sans exception, payent, à la hauteur de leurs moyens, un impôt sur le revenu ? 

L'idée a été lancée, hier, par la ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, à l'occasion d'une interview accordée au Journal Du Dimanche. C'est une idée qui revient assez régulièrement dans les réunions organisées un peu partout en France à l'occasion du Grand Débat. Et Jacqueline Gourault estime que cela permettrait de recréer du lien entre le citoyen et l'impôt. 

Nous avons là un exemple type de ce qu'est un ballon d'essai en politique.  

A quoi les reconnaît-on ? 

D'abord au fait qu'ils se répandent comme une traînée de poudre dans l'espace médiatique. Il s'agit bien souvent d'une mesure qui fait débat voire qui suscité la polémique.  Et on interroge les différents responsables politiques pour savoir ce qu'ils en pensent : bonne idée ? mauvaise idée ? C'est précisément ce qui s'est passé hier midi. La question qui a été posée à François Bayrou, invité de nos confrères de RTL :  

J'ai défendu l'impôt sur le revenu pour tous dans des élections présidentielles précédentes. Chaque fois, j'ai ajouté : à condition d'augmenter le revenu de base des français de la même somme.

Autre caractéristique du ballon d'essai politique, il est (la plupart du temps) très vite démenti. Et c'est également ce qui s'est passé hier. "La piste n'est pas l'étude" a fait savoir l'entourage du Premier ministre. 

Le propre du ballon d'essai est de faire parler, de laisser l'idée se diffuser dans l'opinion, mais en cas de laisser penser que les choses sont déjà décidées et qu'une réforme est en préparation.  

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement multiplie les ballons d'essais. 

Mi-janvier, c'est le ministre de l'écologie, François De Rugy, qui relançait l'idée d'une taxe carbone. Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, a lancé son ballon-sonde sur la taxation des plus values immobilières (précisant que ça ne pourrait concerner que les résidences principales à un niveau très élevé). Le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, lui, s'est emparé de la question des niches fiscales : "peut être pourrait-on moins aider ceux qui en bénéficie le plus ?" a-t-il expliqué début février. Même le Premier ministre, Edouard Philippe, s'est prêté à l'exercice, évoquant il y a quelques jours la possibilité d'exiger des contreparties en échange des prestations sociales versées par l'Etat :

Dans une société où il y a autant de prélèvements obligatoires et de mécanismes de redistributions, est-ce que ça a un sens de s'interroger sur ce qui va en contrepartie des versements de solidarité ?

Le lancer du ballon d'essai n'a rien de neuf en politique

Il se pratiquait sous François Hollande : En décembre 2014, François Rebsamen avait lancé un ballon-sonde sur l'allongement de la durée de cotisations pour les retraites. La mesure avait très vite fait l'objet d'un démenti.  

Même chose durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Par exemple, à l'été 2011, le secrétaire général adjoint de l'UMP, Hervé Novelli, avait été propulsé en poisson-pilote de la suppression des 35 heures :  

Je voudrais quand même qu'on comprenne et qu'on reconnaisse qu'il n'y a qu'en France et en Belgique que la durée du travail est fixée par la loi. Et je rappelle qu'en Allemagne, il n'y a pas de durée légale du travail.

Le ballon d'essai peut avoir différentes finalités  

Pour ce qui concerne Hervé Novelli, l'idée, à l'époque, était de suggérer que si Nicolas Sarkozy était réélu en 2012, la droite mettrait enfin en oeuvre une mesure réclamée par son électorat. Ce qu'elle n'avait pas pu faire jusque là, crise économique de 2008 oblige. "Mais rassurez-vous, si vous nous en redonnez pour 5 ans, c'est promis, cette fois, on va le faire !" (semblait dire, alors, Hervé Novelli)  

Aujourd'hui, c'est sans doute un peu différent. 

D'abord, ça permet d'occuper un peu d'espace médiatique alors que l'affaire Benalla continue d'empoisonner l'actualité du président de la République.  

Ensuite, cela offre l'occasion aux ministres d'exister, de prendre part au Grand Débat lancé par Emmanuel Macron qu'on disait bien seul, durant les premières semaines, à faire vivre cette consultation nationale.  

C'est aussi vraisemblablement une manière de continuer à faire vivre cette consultation qui petit semble petit à petit porter ses fruits : Le soutien des français à la contestation des "gilets jaunes" décroit. La discussion semble prendre le pas sur la contestation. Et le chef de l'Etat retrouve quelques couleurs dans les sondages.  

Dès lors, on suggère une idée, on soumet à la discussion : "ne vous inquiétez pas. Rien n'est décidé. C'est un avis personnel. On verra comment les Français s'en emparent".   

Et tous ces ballons d'essais redonnent un peu d'air à l'exécutif. 

Mais tout cela évidemment ne durera qu'un temps. Il faudra sans doute assez rapidement faire retomber quelques-uns de ces ballons dans l'en-but afin d'espérer transformer l'essai dans l'opinion.

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