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Ultra-droite et djihadisme : l'étau

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Hier, dix personnes soupçonnées de préparer des attentats contre des cibles liées à l'islam ont été interpellées. Cette menace ravive les craintes d'affrontements. Et change la donne pour le gouvernement.

Dix hommes ont été interpellés hier matin dans plusieurs régions de France : Île-de-France, Corse, Gironde, Vienne et Charente-Maritime. Ces dix suspects étaient soupçonnés de préparer un "passage à l'acte", nous apprend le communiqué du ministère de l'Intérieur. Quel passage à l'acte ? Le gouvernement n'en dit pas plus. Selon Médiapart (article payant), les personnes interpellées fomentaient "des attaques contre des musulmans pour se venger des attentats commis par des djihadistes en France ces dernières années." Ces arrestations ont été menées après une enquête de la DGSI, le principal service de renseignement intérieur français. 

A cette occasion, il nous revient en mémoire les propos de celui qui était le patron de ce service de renseignement, Patrick Calvar. Le 24 mai 2016, il avait indiqué ceci, devant les députés, lors d'une audition à huis-clos : 

« Je pense que nous gagnerons contre le terrorisme. Je suis en revanche beaucoup plus inquiet de la radicalisation de la société et du mouvement de fond qui l'entraîne. (...) La confrontation est inéluctable. (...) Vous aurez une confrontation entre l'ultra droite et le monde musulman ». 

En somme, nos sociétés sont menacées par une radicalisation multipolaire. Des extrémistes de plusieurs bords sont prêts à alimenter la spirale des violences. On comprend dès lors que ce sujet ne concerne pas uniquement les services de renseignement. Il devient aussi un sujet politique. 

Strabisme divergent

Cette double menace change tout le prisme du discours public. S'il n'y a qu'un seul ennemi (le terrorisme islamiste), alors la mobilisation est assez simple : les responsables politiques en appellent à l'union nationale. Le combat est clair, focalisé contre un ennemi commun. Mais quand le danger terroriste provient de plusieurs pôles, au lieu d'une focalisation, il y a risque de strabisme divergent. La République est comme prise en étau, et avec elle la classe politique. Elle doit éviter la spirale, combattre sur deux fronts à la fois, jauger des menaces et donc décider des moyens qu'il faut mettre contre les différents risques. 

Avec cette double menace, l’État est confronté à une difficulté supplémentaire. Il doit montrer son impartialité. Le danger serait de laisser penser qu'il y aurait un terrorisme moins grave qu'un autre. L'on imagine immanquablement les polémiques qui ne manqueraient pas de surgir en cas d'attentat : n'a-t-on pas porté trop d'attention au terrorisme djihadiste, en délaissant le terrorisme d'ultra-droite ? Ou l'inverse ? 

Cette complexité s'insinue jusque dans les mots. Faut-il faire une équivalence ? L'ultra-droite est elle à la droite ce que l'islamisme est à l'islam ? Pourquoi évoquer l'"ultra-droite", comme si "extrême droite" était désormais un terme galvaudé et paisible ? 

Par ailleurs, à partir de quel degré de menace, de quel stade de préparation, faut-il parler de terrorisme, d'attentats ? Ces deux derniers mots ne figurent pas dans le communiqué du ministère de l'Intérieur hier ; lui qui est pourtant prompt à revendiquer des "attentats déjoués"

Les quelques lignes diffusées par la Place Beauvau évoquent seulement « une enquête ouverte pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de crimes contre les personnes ». Le ministère prend soin de clore son communiqué en insistant sur "la protection des Français contre toute action toute action violente, d'où qu'elle vienne ». 

"D'où qu'elle vienne". On mesure ici les risques d'affrontements communautaires, de clivages marqués, de soupçons réciproques, qui s'accroissent avec cette menace terroriste multipolaire. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Emmanuel Macron a modifié depuis quelques mois le slogan de son action. Il parlait jusqu'alors de « protéger et libérer ». Désormais, il dit vouloir « protéger, libérer... et unir ».

Frédéric Says

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