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La maire sortante de Paris arriverait en tête aux élections municipales de 2020, selon un sondage IFOP pour le JDD.

A Paris, la longue marche des "Marcheurs"

4 min
À retrouver dans l'émission

Les multiples candidats macronistes à la mairie de Paris font face à une Anne Hidalgo revigorée.

La maire sortante de Paris arriverait en tête aux élections municipales de 2020, selon un sondage IFOP pour le JDD.
La maire sortante de Paris arriverait en tête aux élections municipales de 2020, selon un sondage IFOP pour le JDD. Crédits : Philippe Lopez - AFP

"Paris est magique !". Ce vieux slogan de supporters du PSG doit sonner comme une vérité aux oreilles de la maire de la capitale, Anne Hidalgo. Magique car voilà un an, elle était traitée en paria dans sa propre ville. Fragilisée par les échecs du vélo en libre service, par la reddition polémique des voies sur berges aux piétons, elle récoltait les huées de la presse de droite et le silence gêné de la presse de gauche. 

Et voilà qu'Anne Hidalgo est désormais intronisée comme favorite à sa propre succession. Un sondage du Journal du dimanche, hier, la donne en tête pour les municipales, dans un an. « Hidalgo reprend la main » s'enthousiasme même ce matin Libération, sourire éclatant de la socialiste à la une. Magique retournement, une idylle pour l'édile, un scénario haletant à faire passer Hitchcock pour un rédacteur de notice d'électroménager. 

Prudence toutefois : quand le dithyrambe succède au lancer de tomates, c'est sans doute que les deux sont excessifs.

En face, un essaim de candidats macronistes. Six prétendants, dont les ministres Benjamin Griveaux et Mounir Mahjoubi ainsi que le député mathématicien Cédric Villani. Mais aucun ne parvient à se distinguer vraiment. 

Voilà le paradoxe électoral : théoriquement, Paris est sans doute la grande ville la plus favorable à Emmanuel Macron. Au premier tour de la présidentielle, il a récolté 35% des voix dans la capitale - soit 11 points au-dessus de son score national. 

Les politologues notent que la capitale, qui s'est peu à peu débarrassée de ses classes ouvrières sous l'effet de la gentrification et du prix de l'immobilier, constitue un terrain de chasse idéal pour le macronisme. Avec ses "CSP " plutôt favorables au libéralisme économique et sociétal du programme d'Emmanuel Macron (pour faire simple : baisse de la taxation du capital et autorisation de la PMA pour toutes.)

Mais l'impopularité du gouvernement n'aide pas ceux qui en sont issus...

Difficile d'être le candidat du pouvoir national. Par ailleurs, En Marche est coincé dans le système électoral parisien, où il faut remporter des arrondissements. Les candidats macronistes risquent d'être "trop de droite" pour les arrondissements de gauche, et "trop de gauche" pour les arrondissements de droite. 

S'ajoute à cela le recentrage d'Anne Hidalgo, qui préfère oublier les étiquettes politiques. En témoigne cette phrase, dans Libération ce matin : « les sujets partisans ne sont pas mes sujets », ajoutant qu'elle est « à hauteur de trottoir », autrement dit au plus près du terrain. Elle a d'ailleurs changé d'avis et soutient désormais la création d'une police municipale à Paris. 

Cette rhétorique - contre les appareils politiques et les étiquettes partisanes - est largement partagée dans cette joute parisienne. Écoutez Gaspard Gantzer, l'ancien conseiller de François Hollande, lui aussi candidat : 

"Je viens de la gauche, mais aujourd'hui quand je réfléchis à la sécurité, à la propreté de cette ville, je ne réfléchis plus à partir de la gauche ou de la droite, ça n'a aucun sens ! (...) Mon combat, c'est Paris et les Parisiens".

En somme, plus personne n'assume de doctrine politique, d'idéologie, dans le sens positif du terme. Voilà simplement des candidats lancés comme des bolides sur la voie du "pragmatisme", de "l'efficacité", du "rassemblement" au plus près des préoccupations des Parisiens. 

Ça ne date pas d'aujourd'hui. C'est ainsi que Jacques Chirac annonçait sa candidature pour les élections municipales de... 1977 : 

"A Paris, l'heure n'est plus aux négociations de couloir, ni aux compromis de partis. J'ai décidé de me présenter à Paris, à la tête de tous ceux qui se rassemblent pour mener le même combat". 

La bataille pour Paris qui s'ouvre est passionnante à plus d'un titre. N'y voyez pas de parisiano-centrisme, ou d'obsession pour la vie politique de quelques arrondissements. Simplement, l'élection parisienne porte à conséquence au-delà des limites du périphérique. 

Une victoire dans la capitale peut faire paravent à une défaite nationale. Par exemple, en 2001, les municipales furent mauvaises pour le Parti socialiste de Lionel Jospin, mais personne ne s'en rendit vraiment compte, car il venait de faire tomber Paris et Lyon, jusqu'ici dirigées par la droite.

La presse, dans une passion un peu nombriliste, oublia de parler des centaines de villes moyennes perdues par les socialistes. C'était pourtant un discret signe avant-coureur de ce qui se passa un an plus tard. Un certain 21 avril 2002.

Frédéric Says

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