LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le siège du Parti communiste français a été maculé, ce week-end, du mot "collabo".

"Collabos" contre "fachos" ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi les références aux années 30 constellent le débat.

Le siège du Parti communiste français a été maculé, ce week-end, du mot "collabo".
Le siège du Parti communiste français a été maculé, ce week-end, du mot "collabo". Crédits : Nicolas Portnoi - AFP

Promis : demain, dans le billet politique, on abordera ce qui va bien. Les bonnes nouvelles. 

Mais pour l’heure, il faut quand même évoquer, dans le débat public et dans notre société, la prégnance toujours plus grande des références à la deuxième guerre mondiale. 

Vous l'avez remarqué : ces références sont partout. Ce champ lexical aussi. Y compris ce week-end au siège du Parti communiste français, tagué par des inconnus, d’un mot à la peinture rouge : “Collabo”.  

Cette insulte, “collabo”, a aussi largement resurgi sur les réseaux sociaux, depuis l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty. Elle se déverse par marées entières sur des organisations de gauche, comme l’Unef ou la France insoumise, accusées sans nuance de “complicité avec l’islamisme”.

Traduction de cette insulte : il y aurait ainsi en France une occupation - au moins des esprits - et il y aurait les collaborateurs de cette occupation. 

Très en vogue, lui aussi, ces derniers jours, le mot “facho” s’abat, toujours par grappes sur les réseaux sociaux, sur celles et ceux qui demandent des actions plus musclées contre l’islamisme radical : du Parti socialiste au Rassemblement national, là encore sans mesure. 

Traduction de cette insulte : le terrorisme serait instrumentalisé pour faire reculer les libertés, cela menant tout droit vers le fascisme.

“Collabo” ou “facho” : il faudrait donc choisir son camp dans ce pitoyable débat, toujours plus binaire. 

Que nous dit ce recours aux références de la deuxième guerre mondiale, dans cette période ?

On connaissait le point Godwin : ce n’est pas nouveau de vouloir faire taire un adversaire idéologique, en l’assimilant aux périodes les plus inhumaines. 

Mais cette référence constante aux années 1930 et 1940 indique surtout combien nous manquons de repères, de cadres, de boussoles dans la tempête actuelle. 

En ce moment de grande confusion, en cette époque incertaine, chacun tente de se raccrocher à des exemples historiques. 

A l’extrême-gauche, face aux restrictions de libertés publiques, on affirme craindre un “retour aux heures les plus sombres de l’Histoire”. Clémentine Autain, de la France insoumise, accuse le gouvernement et la droite de "reprendre les mots de l’extrême-droite". 

"On est sous le coup de l'émotion, avec un[e] espèce de concours Lépine pour savoir qui aura la meilleure idée d'extrême-droite" (sur France Info). 

A l’inverse, pour d’autres responsables politiques, la montée des périls existe, oui, mais elle est due à l’islamisme. 

Ecoutez à ce propos le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, invité hier de Radio J :  

"On l'a vu malheureusement dans les années 30. Nous n'avons pas vu les dangers. Nous n'avons pas voulu voir. Nous avons pensé qu'on pouvait négocier, s’accommoder. Ça porte un nom dans l'Histoire : c'est l'esprit de Munich. C'est un risque permanent dans une démocratie. Moi, je ne compare pas trait pour trait les épisodes historique,s parce que ça n'a pas de sens, mais il y a des enseignements : la défense ferme, entière sans aucune lâcheté, de la démocratie. Parce que c'est un bien extrêmement précieux. Très puissant, mais très fragile.

Le ministre dénonce "l’esprit de Munich" face à l’islamisme radical. Une manière directe de renvoyer à l’aveuglement d’une partie de la classe politique françaises et des intellectuels face à la montée de la menace nazie. 

Par exemple, en juillet 1939, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes réservait ses attaques les plus dures non pas à l’Allemagne, mais aux dirigeants français, et s’inquiétait de la “lente fascisation et militarisation” de la France, comme l'a relevé Michel Winock dans son "Siècle des intellectuels".

Qui sont les munichois ? Voilà autour de quoi risque de tourner le débat politique de ces prochains mois. 

En fait, chacun s’accorde à penser que les temps deviennent sombres... mais personne n’est d’accord pour savoir d’où vient la nuit. 

Et quelle est l’extrême-droite dont on parle ? S’il s’agit d’idéologues fascinés par la violence, virilistes, hostiles aux principes républicains, et persuadés que leur communauté est supérieure aux autres, alors ce qualificatif "extrême-droite" devrait accueillir un public hélas nombreux et pluriel. 

Allez, à demain pour des bonnes nouvelles. 

Frédéric Says

Chroniques
8H19
40 min
L'Invité(e) des Matins
Economie : les faux espoirs d'une reprise, avec Patrick Artus
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......