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Distancé dans les sondages, Benjamin Griveaux tente des propositions "disruptives" pour convaincre les électeurs parisiens.

L'art de la "proposition-choc"

3 min
À retrouver dans l'émission

Benjamin Griveaux propose de déplacer la gare de l'Est pour la remplacer par un parc. Mais quelle mouche a piqué le candidat macroniste ?

Distancé dans les sondages, Benjamin Griveaux tente des propositions "disruptives" pour convaincre les électeurs parisiens.
Distancé dans les sondages, Benjamin Griveaux tente des propositions "disruptives" pour convaincre les électeurs parisiens. Crédits : Christophe Archambault - AFP

Quelle mouche a donc piqué le candidat macroniste à la mairie de Paris ? Comment imaginer pouvoir fermer une gare, propriété de la SNCF ? 

Et surtout, comment imaginer pouvoir la déplacer dans le nord-est parisien, comme Benjamin Griveaux le propose ?

Quelle commune acceptera ce surplus de rails, de réseaux, de tunnels et de nuisances ? Cette proposition semble, de prime abord, incompréhensible. 

Certes, dans l'Histoire, la limite qui sépare les visionnaires et les loufoques est parfois ténue - d'ailleurs Gustave Eiffel fut d'abord rangé parmi les seconds. 

Mais en l'espèce, il est à craindre que ce genre de projet réponde au court terme plutôt qu'au long. A l'élection qui vient plutôt qu'au siècle qui suit. 

L'initiative semble tenir, au mieux, de Sim City. Au pire, de Ferdinand Lop, ce candidat fantaisiste à la mairie de Paris dont le projet était de "rallonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer". 

C'est devenu un grand classique des campagnes électorales : la proposition incongrue du mois de janvier. 

Aux États-Unis, il y a régulièrement des retournements de situation, peu avant la présidentielle (qui a lieu au mois de novembre) : on parle là-bas d' « October Surprise ». En France, les bilingues pourraient évoquer les « January bullshit », ces annonces détonantes à quelques semaines du scrutin. 

Les conseillers politiques n'ont pas oublié les précédents en la matière. 

En 2007, à moins de deux mois du premier tour, le candidat Sarkozy dégaine cette proposition :  

"Je veux un ministère de l'immigration et l'identité nationale." (sur France 2)

Big bang immédiat ! Cette sortie, très controversée, donne lieu à des tribunes, à des contre-tribunes. Le candidat prend des points dans les sondages et l'ascendant sur la campagne. 

Résultat, une fois au pouvoir ? Ce projet de ministère sera appliqué quelques mois, puis enterré dans l'indifférence quasi-générale. 

En 2012, rebelote, cette fois chez le candidat socialiste, François Hollande. Même stratégie et même calendrier : nous sommes à deux mois du premier tour, quand il annonce ceci : 

"J'en fais ici l'annonce : au-dessus de 1 million d'euros par mois, le taux d'imposition sera de 75%" (sur TF1)

Là encore, tempête médiatique. La droite crie à la "spoliation". La gauche applaudit le candidat Hollande, qu'elle suspectait d'être un peu trop tiède, un peu trop centriste, un peu trop modéré. 

Mais une fois l'élection passée, la taxe à 75% est détricotée puis remisée dans le tiroir des promesses non tenues. 

Réaliste

Dans notre démocratie médiatique, ces propositions-choc, à quelques semaines du premier tour, ces « January bullshit », ont trois objectifs :  
1 – Faire parler de vous
2 – Plaire à votre électorat
3 – Obliger les autres candidats à se positionner sur votre projet et donc perturber leur campagne. 

Attention : il faut que la promesse soit assez iconoclaste pour déclencher le débat... mais assez réaliste pour ne pas effriter votre crédibilité. Benjamin Griveaux a-t-il suffisamment étudié cette deuxième condition ? La suite de la campagne le dira. 

Mais à vrai dire, distancé dans les sondages par Anne Hidalgo et Rachida Dati, l'ancien ministre n'a guère d'autres choix que l'audace. 

Au-delà de la campagne parisienne, cet épisode dit une chose plus large sur ce qu'est devenue notre vie politique. 

Face au flux incessant d'informations, il devient de plus en plus dur pour les candidats de se faire entendre.

La moindre "petite phrase" est périmée dans l'heure. Toute proposition est obsolète dans la journée. Chaque réunion publique est oubliée dans la semaine. 

Alors il faut choquer, cogner, étonner pour être écouté. 

C'est ce qu'avait tenté un autre candidat, Gaspard Gantzer, avec son projet de "détruire le périphérique". 

Une stratégie risquée, qui a des airs de quitte ou double, sur la longue route d'une campagne.

Frédéric Says

Chroniques

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