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François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes et Laurent Wauquiez, président des Républicains, lors d'un meeting de campagne, le 15 mai 2019

Ce que nous dit la débâcle de la droite

3 min
À retrouver dans l'émission

La liste Les Républicains menée par François-Xavier Bellamy a totalisé seulement 8,5% des voix aux élections européennes.

François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes et Laurent Wauquiez, président des Républicains, lors d'un meeting de campagne, le 15 mai 2019
François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux européennes et Laurent Wauquiez, président des Républicains, lors d'un meeting de campagne, le 15 mai 2019 Crédits : Vincent Isore - Maxppp

En Chine, le chiffre 8 porte bonheur. En France, il est celui du désarroi pour le parti Les Républicains. 

Seulement 8% pour la droite républicaine. 8% pour cette famille politique qui a donné cinq présidents à la France depuis l'après-guerre. 8% pour le premier parti d'opposition en nombre de parlementaires. 

C'est sans doute l'événement majeur des résultats de ces européennes en France. 

On évoquait dans le billet politique de vendredi dernier cette fausse dynamique de la droite. Une droite qui rassemblait 21% des suffrages au dernier scrutin européen. Hier soir, ce ne fut pas seulement une contre-performance, mais une déroute radicale. 

Voici quelques exemples pour en mesurer toutes les facettes : 

- A Neuilly-sur-Seine, ville de Nicolas Sarkozy, c'est la liste macroniste qui triomphe. 

- À Sablé-sur-Sarthe, la ville de François Fillon, c'est le Rassemblement national qui l'emporte. 

François Fillon, justement, après une campagne cauchemar et une mise en examen, avait réuni 7 millions de voix en 2017. 

Entre-temps, la droite en a égaré plus de 5 millions, dont beaucoup d'électeurs de plus de 60 ans, traditionnellement bienveillants avec Les Républicains. Hier, ils n'ont été que 12% à voter Bellamy. 

Sur la carte électorale, le parti de Laurent Wauquiez perd quasiment tous ses bastions. Seul le sud du Massif central (Cantal et Haute-Loire) fait de la résistance. Mais en Savoie et Haute-Savoie, terres historiquement très favorables à la droite républicaine, c'est En Marche qui gagne. Dans le quart nord-est (hors Alsace), c'est le Rassemblement national. 

Pas besoin d'en dire plus pour comprendre où est passé l'électorat de la droite. Il s'est engagé dans le mano a mano entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. 

Les électeurs de LR ont privilégié le "vote utile" 

Une partie de l'électorat de droite a voulu sanctionner le gouvernement actuel - et s'est tournée vers le mouvement d'opposition crédité du meilleur score, donc le Rassemblement national. 

Une autre partie de cet électorat a, au contraire, souhaité éviter que le RN soit en tête et s'est donc portée sur la liste En Marche. 

Bien sûr, au moment de chercher les responsables de cette débâcle, François-Xavier Bellamy fera office de cible idéale. "Trop intello", "pas assez offensif", diront les caciques. 

Plus généralement, il faut convenir que les candidats dits de la "société civile" n'ont pas brillé dans cette campagne. Bellamy, agrégé de philosophie, obtient 8,4%. Manon Aubry, ex porte-parole d'ONG, est à 6,3%. Raphaël Glucksmann, essayiste, à 6,1%. 

Pendant ce temps, Jordan Bardella (apparatchik du Rassemblement national) et Yannick Jadot (eurodéputé sortant) sont les deux grands vainqueurs. Soit la confirmation de cette idée inquiétante mais logique : faire campagne, c'est un métier. 

Mais dans la déroute de la droite, le candidat François-Xavier Bellamy n'est pas seul en cause. Il a dû affronter une difficulté systémique. Son parti, les Républicains, se situe idéologiquement entre La République en Marche et le Rassemblement national. Juste au milieu de la tenaille. Comment ne pas finir déchiqueté ?

Laurent Wauquiez a tenté de contester l'hégémonie du RN sur les questions d'identité et de conservatisme sociétal, ce qui a laissé un espace politique au centre-droit. Un espace qu'Emmanuel Macron s'est empressé d'occuper grâce au Premier ministre Édouard Philippe, issu de la droite modérée, comme plusieurs de ses ministres. 

Résultat : on assiste en France à l'émergence d'un duopole. Macronistes contre Lepénistes. Ces deux forces totalisent 45% des suffrages. Et ne laissent que des miettes aux poursuivants. La troisième force, les écologistes - même si c'est une bonne performance - ne rassemble que 13,4% des voix. 

Le duel "En Marche contre Rassemblement national" fonctionne comme un essuie-glace. Essuie-glace aller en 2017, avec le PS évacué. Essuie-glace retour en 2019, avec Les Républicains lessivés. 

Les résultats français illustrent, en plus intense, en plus condensé, l'évolution du paysage politique européen. Au parlement de Strasbourg, les grands partis historiques (sociaux-démocrates et conservateurs) perdent ensemble près de 80 sièges, au profit des libéraux, des verts et des populistes de droite. 

En France, qui aurait cru il y a encore cinq ans que le PS et LR rassembleraient un jour, à eux deux, moins de 15% des voix ?

Crédits : Visactu

Frédéric Says

Chroniques
8H19
48 min
L'Invité(e) des Matins
Emission spéciale résultats des élections européennes
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