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Emmanuel Macron interpellé par un "gilet jaune" à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019.

Jupiter ou Hercule ?

3 min
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Le grand débat national impose à Emmanuel Macron de changer son style de présidence.

Emmanuel Macron interpellé par un "gilet jaune" à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019.
Emmanuel Macron interpellé par un "gilet jaune" à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019. Crédits : Emmanuel Foudrot - AFP

Les grands débats auxquels s'est prêté Emmanuel Macron ont mis en lumière un paradoxe. Le mouvement des gilets jaunes réclame un pouvoir mieux réparti, moins concentré à l’Élysée, avec le RIC (référendum d'initiative citoyenne). 

Mais dans ces mêmes débats, le chef de l’État a été reçu en omni-président, responsable de tout. Interrogé sur les grands sujets, mais aussi sur les dossiers de la vie quotidienne. A Bourg-de-Péage (Drôme), il a ainsi été interpellé par un participant sur le non-renouvellement de son permis moto. [extrait sonore]

Un président transformé en chef de bureau à la préfecture. Imagine-t-on le Général de Gaulle s'occuper des permis moto ? Quelques instants plus tard, un homme implore au chef de l’État de faire quelque chose pour la filière des courses hippiques. Une dame le sollicite sur le calcul de sa pension de réversion. Il est à la fois président, premier ministre, ministre des solidarités, de l'économie, de l'agriculture, préfet, conseiller régional, maire, guichetier administratif. Certains ont à traverser la rue, lui aura traversé la France pour cumuler tous ces travaux. 

Évidemment, ces requêtes font partie de l'exercice : on ne peut pas prétendre se mettre à l'écoute du pays et ne traiter que les sujets géopolitiques, prospectifs ou macro-économiques. Mais les échanges de ces débats font ressurgir cette contradiction assez traditionnelle de la vie politique française. Où le corps social est à la fois monarchiste et régicide. Comme si l'inconscient collectif réclamait un homme fort, tout en cherchant à l'affaiblir. Comme s'il y avait, au fond, une addiction à la figure de l'homme providentiel. Une addiction coupable, niée, refoulée, mais inextinguible. 

D'où la mise en scène de ces déplacements présidentiels...

La démarche de proximité est revendiquée jusqu'au compte twitter du président, comme me le faisait remarquer un œil attentif. La photographie d'illustration est celle d'Emmanuel Macron, arrêté au milieu de la route dans le Lot, pour répondre à des passants qui lui tendent des documents, que le président parcourt d'un air concentré (cliché de la photographe officielle de l'Elysée Soazig de la Moissonnière). 

Quitte à être impopulaire, mieux vaut prendre le risque d'aller "au contact" que de rester terré à l’Élysée. Ce n'est pas une conviction nouvelle chez Emmanuel Macron. Il l'avait formulé au moment de sa campagne. On le voit ainsi dans un documentaire, entre les deux tours de la présidentielle, s'agacer contre son équipe qui lui prévoit des déplacements à huis clos, hautement sécurisés [extrait sonore du documentaire de Yann L'Henoret, "Les coulisses d'une victoire"]. 

Alors ce grand débat national pose la question de la présidence que veut incarner Emmanuel Macron. 

Une présidence du long terme, lointaine et silencieuse, comme il l'avait promis lors de son premier conseil des ministres ? Ou une présidence du quotidien, au cœur de la bataille ? 

En un mot, Jupiter ou Hercule ? Tout en surplomb ou tout en aplomb ? 

Ce sera aussi l'un des délicats arbitrages de cette fin de grand débat national. Pour répondre aux tendances contradictoires, qui veulent un président qui partage son pouvoir... mais qui reste responsable de tout.

Frédéric Says

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