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Violette Spillebout, la candidate LREM à Lille, a choisi de se séparer de son directeur de campagne, qui a cofondé une société de conseil.

Le conseil, refuge ambigu pour politiques défaits

4 min
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Il y a une vie après la politique. Elle passe souvent par la création d'une société de conseil.

Violette Spillebout, la candidate LREM à Lille, a choisi de se séparer de son directeur de campagne, qui a cofondé une société de conseil.
Violette Spillebout, la candidate LREM à Lille, a choisi de se séparer de son directeur de campagne, qui a cofondé une société de conseil. Crédits : Denis Charlet - AFP

Il nous faut évoquer ce matin une fonction qui flirte avec la politique, sans jamais conclure au grand jour avec elle. Il s'agit de la fonction de conseil. 

Un exemple a fait l'actualité récemment à Lille. 

La candidate En Marche pour les municipales a décidé de congédier son directeur de campagne. Celui-ci s'appelle Dominique Bailly. C'est un ancien sénateur, qui a d'ailleurs manifestement gardé ses entrées à la Chambre haute. 

Selon nos confrères de la Lettre A et du Point, Dominique Bailly a convaincu les sénateurs de voter contre une mesure présentée par le gouvernement (cette mesure technique prévoyait de consigner les bouteilles en plastique). 

Pourquoi cela ? Eh bien parce que Dominique Bailly a cofondé une société de conseil qui a pour client, toujours selon nos confrères, la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage. Et cette fédération rejette la mesure, qu'elle juge trop complexe. 

Ainsi la position de Dominique Bailly a-t-elle été jugée intenable. A Lille, soutien du macronisme municipal ; à Paris, opposant au macronisme gouvernemental : il y avait en effet de quoi risquer l'élongation. 

Refuge

Cette histoire est intéressante parce qu'elle illustre plusieurs constats. 

D'abord, cet épisode démontre combien l'activité de conseil est devenue un refuge pour les anciens élus. Nombre d'entre eux, éliminés dans les urnes, ont fondé leur cabinet de conseil. En général, avec une inventivité limitée pour choisir le nom de leur société. Le plus souvent, vous prenez les initiales, vous ajouter "Partners" ou "Conseil" pour faire sérieux et le tour est joué. 

Rien d'illégal à cela, il s'agit de faire fructifier un carnet d'adresse rempli au cours de votre carrière politique, et souvent une connaissance des rouages de la décision publique. 

Par ailleurs, ouvrir une société de conseil, cela aide à maintenir un pied dans les affaires publiques, à conserver un réseau d'interlocuteurs... et accessoirement à maintenir un revenu en attendant des jours meilleurs sur la scène électorale. 

Certains revendiquent même cette activité (ou celle d'avocat) comme une preuve qu'ils connaissent la « vraie vie », le monde professionnel, l'entreprise, bref pour éviter d'être hors-sol, comme le plaide ici Jean-François Copé. [extrait sonore]

Mais revenons à notre directeur de campagne à Lille, visiblement trop influent à Paris. Cet exemple pose une question politique : dans notre République de la transparence, comment cela a-t-il été possible ? 

Tout simplement car le projecteur est braqué sur les élus... Mais le faisceau oublie leur entourage. 

Dans la foulée de l'affaire Cahuzac, la loi sur la transparence a imposé un contrôle très scrupuleux des responsables politiques. 

Ils doivent désormais détailler leur patrimoines, leurs intérêts, leurs emplois passés, mais aussi la marque de leur voiture, son année d'achat, les activités de leurs enfants, de leurs parents, de leur conjoint... 

En revanche, rien sur ceux qui gravitent autour des politiques, sans statuts officiels, les hommes et femmes de réseaux qui jouent de leur entregent (et de leur compétence) pour influer, pour transformer, pour tirer profit de la décision politique.

Un ami

La lecture d'un livre paru ces jours-ci montre à quel point les règles sur la transparence visent parfois à côté. 

« L'affairiste », c'est le titre de cette enquête signée des journalistes Simon Piel et Joan Tilouine, consacrée à Alexandre Djouhri. Cet intermédiaire sulfureux, au croisement des réseaux chiraquiens, de la diplomatie française et du business avec l'Afrique et le Moyen-Orient, a su se rendre indispensable à de nombreux décideurs publics et privés. Il affiche, selon les auteurs, un train de vie munificent. 

Or, aucune des drastiques lois actuelles n'aurait fait apparaître son nom. 

Il est "un ami", "une connaissance", "un proche", déclarent plusieurs ténors politiques interrogés dans le livre. Mais l'amitié, ça ne se déclare à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. 

« Les conseilleurs ne sont pas les payeurs », dit l'adage, mais en politique, ils sont bien souvent les « payés ».

Frédéric Says

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