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La joie inespérée de Pierre Hurmic à Bordeaux. Le candidat écologiste conquiert une mairie détenue par la droite depuis l'après-guerre.

Municipales 2020 : la difficulté de tirer des leçons définitives de ce deuxième tour

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Ce scrutin a été marqué par une poussée des Verts, un rebond des partis traditionnels, l'échec des listes "citoyennes" - le tout avec une forte abstention. Mais il faut se garder d'extrapoler ces tendances aux prochaines élections.

La joie inespérée de Pierre Hurmic à Bordeaux. Le candidat écologiste conquiert une mairie détenue par la droite depuis l'après-guerre.
La joie inespérée de Pierre Hurmic à Bordeaux. Le candidat écologiste conquiert une mairie détenue par la droite depuis l'après-guerre. Crédits : Nicolas Tucat - AFP

Ce scrutin est la preuve que, finalement, les étiquettes politiques comptent ! Pourtant, ces derniers mois, la grande mode pour les candidats était de se prétendre "sans étiquette", c'est-à-dire hors des partis politiques. Combien de fois avons-nous entendu parler de "liste citoyenne" pour ces élections ? Ce qui est d'ailleurs un pléonasme absolu, puisque tous ceux qui se présentent sont - par définition - des citoyens. 

Derrière cela, il y avait l'idée que les partis politiques sont des repoussoirs. Qu'il faut donc afficher une sorte de distance avec les idéologies. Privilégier le dialogue citoyen plutôt que les programmes partisans. Bref : préférer le logos au logo.

Sus aux appareils politiques donc, vive les "sans étiquettes" ! Sauf que ce deuxième tour a prouvé l'inverse. Les listes dites citoyennes n'ont pas recueilli le succès escompté. 

C'est le cas par exemple à Montpellier, où l'entrepreneur milliardaire Mohed Altrad s'était allié, entre autres, à l'humoriste anti-système Rémi Gaillard, pour ce deuxième tour. Cette coalition citoyenne incongrue n'a pas convaincu les électeurs. D'ailleurs, l'attelage a recueilli moins de voix au deuxième tour qu'au premier, si l'on additionne les candidats... Ce qui n'est jamais très bon signe. 

Pour autant, est-ce à dire que les électeurs hier, partout en France, ont rejeté les candidats novices ? 

Assurément non. À Lyon, Grégory Doucet, le nouveau maire, était jusqu'à récemment engagé dans l'humanitaire. À Marseille, Michèle Rubirola, arrivée en tête, est médecin de formation, élue seulement depuis quatre ans. Mais dans les deux cas, l'appartenance partisane n'était pas un mystère. Tous deux issus d'Europe Ecologie-Les Verts, ils ont bénéficié de l'attrait pour cette étiquette. La vague verte les a portés. 

À l'inverse, c'est aussi une étiquette qui a précipité l'échec de nombreux candidats : ceux de la République en Marche. 

En 2017, en pleine euphorie macroniste, l'on avait coutume de dire qu'"une chèvre avec le logo LREM aurait été élue pour les législatives".  Cette fois, c'est l'inverse : le meilleur candidat au monde n'aurait pu remporter le sprint, avec ce boulet au pied qu'était l'investiture En Marche. L'ironie est d'ailleurs que le Premier ministre, réélu au Havre, n'a jamais pris sa carte au parti présidentiel. 

Symbole plus criant encore : Agnès Buzyn, qui se présentait ouvertement comme la candidate d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe à Paris. Elle n'est pas même élue pour siéger au Conseil de la capitale. Elle avait raté son entrée en scène, après avoir quitté le ministère de la Santé, à l'approche d'une crise sanitaire. La voici qui a aussi raté sa sortie. 

Hier soir, ce fut en fait la revanche de l'ancien monde. La réjouissance des vieux partis trop vite enterrés. 

La victoire de la gauche plurielle ici, de la droite classique là. Pendant que les nouveaux mouvements, bâtis spécialement pour la présidentielle (comme En Marche mais aussi comme la France insoumise) ont échoué à s'implanter, sur leur nom, au cœur des communes françaises. 

Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir directement par le haut, par la présidence, sans implantation locale. Ses adversaires prennent leur revanche par le bas, par les racines. Comme une sève électorale pour atteindre à nouveau les cimes du pouvoir. 

Pour autant, attention aux excès d'interprétation 

Hier, ce n'est pas toute la France qui a voté. Mais seulement une commune sur sept, puisque les autres avaient désigné leur maire dès le premier tour. Et dans les villes qui ont voté, on a compté 60% d'abstention en moyenne. 

Au total, seuls sept millions d'électeurs se sont déplacés hier. Sept millions d'électeurs, cela représente seulement... 14% du corps électoral français. 

Conclusion : il est difficile de tirer des enseignements nationaux définitifs de ce deuxième tour des élections municipales. Et la valse des étiquettes n'est pas terminée. 

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