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Emmanuel Macron à Bratislava le 26 octobre 2018

Emmanuel Macron face au reproche de l'arrogance

3 min
À retrouver dans l'émission

Le chef de l'Etat veut en finir avec le procès en "déconnexion" et en "mépris". Même si son gouvernement ne l'y aide pas toujours.

Emmanuel Macron à Bratislava le 26 octobre 2018
Emmanuel Macron à Bratislava le 26 octobre 2018 Crédits : Bertrand Guay - AFP

Parmi les reproches adressés à tout gouvernement, certains sont objectifs, d'autres subjectifs. Exemple : la hausse de la CSG, massivement décriée dans les enquêtes d'opinion, est objective : c'est un chiffre, c'est un taux, c'est une mesure votée par le parlement.  

Autre exemple : l'arrogance du pouvoir (ou sa facette hautaine) est subjective. Elle ressort régulièrement dans les sondages ; mais elle s'appuie bien sûr davantage sur un ressenti que sur des statistiques.  

Ce reproche d'arrogance, Emmanuel Macron l'a entendu. Il a d'ailleurs ouvert son discours annuel au congrès, en juillet dernier, par ces mots :

"Humble et résolu, (…) je vous le confirme : je sais que je ne peux pas tout. Je sais que je ne réussis pas tout."

A la baisse dans les sondages, l'exécutif a donc changé de tonalité. Elle est dorénavant moins surplombante, plus à l'écoute. Les récents déplacements présidentiels dans l'Aude ou à Saint-Martin l'ont montré : le chef de l’État prend son temps, tient la main de ses interlocuteurs, les serre dans ses bras.  

Étiqueté comme président des métropoles et/ou des « gagnants de la mondialisation », Emmanuel Macron cherche aussi à montrer son attention pour la France des « territoires », comme l'on dit pudiquement. Pas moins de trois nouveaux ministres sont désormais chargés de cette mission dans l'équipe gouvernementale.

L'agenda présidentiel le confirme. Emmanuel Macron reçoit d'ailleurs aujourd'hui à déjeuner des élus locaux de la région Grand Est. Demain, les hôtes de la table élyséenne seront des représentants des Hauts-de-France. Avant un grand déplacement, la semaine prochaine. En marge des commémorations de la Grande Guerre, le président passera plusieurs jours en Lorraine et en Champagne-Ardennes. "Le plus long voyage dans les régions françaises depuis le Général de Gaulle", plastronne l’Élysée. En un mot, opération reconnexion avec le terrain.

Rechutes 

Mais à côté de cette empathie affichée, le macronisme nouveau peut connaître des rechutes. A l'image du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Celui-ci n'hésite pas à qualifier les partis d'opposition de « faussaires ». Il balance même ceci sur Laurent Wauquiez, le patron de Les Républicains :   

« Wauquiez, c'est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel. Ce n'est pas la France du 21ème siècle que nous voulons » (Journal du dimanche, le 28 octobre 2018)  

Une curieuse impression se dégage à la lecture de cette déclaration. Comme si ces catégories de citoyens étaient indignes d'être représentées. Tout cela en oubliant d'ailleurs un détail : le succès du diesel en France n'est pas dû à une passion innée pour le gazole. Il est lié aux subventions massives décidées par l’État depuis des décennies, sous forme de taxes allégées.  

Alors, au moment où le gouvernement fait profil bas, y a-t-il dans cette déclaration acide une petite remontée d'arrogance ? Une rechute rhétorique ? L'épisode rappelle un débat entre François Hollande et Alain Juppé sur France 2. Nous sommes juste avant la présidentielle de 2012 :  

Alain Juppé : - Attention, il y a [chez vous, monsieur Hollande] un petit peu d'arrogance !  
François Hollande : - En matière d'arrogance chacun a à faire son examen de conscience...  
Alain Juppé : - Oh, je l'ai fait depuis longtemps. Mais vous, vous êtes au début. (...)  
François Hollande : - Mais vous avez des rechutes possibles !  

Emmanuel Macron l'a compris : seuls des résultats forts, concrets, permettront de laver cette image de condescendance qui s'est incrustée dès les premiers mois du quinquennat. Un comité interministériel de suivi des réformes – pardon, de la transformation - est d'ailleurs organisé ce matin.

Des résultats, des résultats et encore des résultats : ils sont obligatoires pour tout gouvernement, et peut-être encore plus pour celui-ci. Ils démontreraient que le macronisme n'est pas seulement une méthode. Une manière jeune de faire de l'ancien. Le pouvoir macroniste est semblable à une bicyclette : s'il s'arrête, il tombe. Par définition, En Marche ne peut faire de surplace... sauf à démentir son appellation.  

Frédéric Says

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