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Marion Maréchal à la "convention de la droite" à Paris le samedi 28 septembre 2019

L'impossible union des droites

3 min
À retrouver dans l'émission

Il s'est tenu, ce samedi, à "La Palmeraie", dans le 15e arrondissement de Paris, un événement baptisé "Convention de la droite". Un rassemblement de plusieurs centaines de personnes autour de la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, qui entend opérer une "union des droites".

Marion Maréchal à la "convention de la droite" à Paris le samedi 28 septembre 2019
Marion Maréchal à la "convention de la droite" à Paris le samedi 28 septembre 2019 Crédits : Sameer Al-Doumy - AFP

Marion Maréchal (qui a fait supprimer de son nom le patronyme Le Pen) montre depuis quelques mois qu'elle a l'intention de participer à la recomposition de la vie politique française avec un projet d'union des droites. 

Ce projet a pris corps au lendemain des élections européennes et de la déroute du parti "Les Républicains" dont le score de 8,5 % a très vite entraîné la démission de Laurent Wauquiez. 

Voilà donc ce que déclarait Marion Maréchal quelques jours après ce scrutin, le 2 juin dernier :  

Je considère que le Rassemblement National, puisque c'est son nom aujourd'hui, est indispensable à la vie politique mais je pense que malheureusement, il n'est pas suffisant. Je crois, en revanche, indispensable que puisse émerger, de cette débâcle des "Républicains", ce courant de droite qui se structure, qui puisse accepter le principe d'une grande coalition avec le Rassemblement National.  

Cette grande coalition selon Marion Maréchal (elle est allée un peu plus loin ce weekend) est censée réunir suffisamment de français pour incarner l'alternance au pouvoir en place :  

Agissons chacun où nous sommes, selon nos talents et selon nos passions. Et demain, j'en suis intimement convaincu, nous serons au pouvoir.  

Parce que l'idée de ceux qui entourent, et qui entouraient ce weekend, Marion Maréchal (il y avait notamment Eric Zemmour ou encore le maire de Béziers, Robert Ménard) est que la droite nationale, souverainiste, identitaire, aujourd'hui incarnée par le Rassemblement National, ne peut pas briser ce que beaucoup ont dénommé son "plafond de verre" électoral. Robert Ménard :  

C'est pas les forces du Rassemblement National qui pourraient suffire à gagner une élection. On le sait très bien. Tout le monde le sait. Il faut s'élargir.  

L'idée des amis de Marion Maréchal est donc d'élargir l'espace politique qu'occupe actuellement le Rassemblement National en ralliant une partie des électeurs de la droite dite républicaine, qui avaient voté François Fillon en 2017, et qui ne se retrouvent pas, aujourd'hui, dans ce que propose Emmanuel Macron. 

Ils font une addition en quelque sorte. selon eux, les électeurs du RN les déçus du fillonisme doivent permettre de dépasser les 50%.  

L'idée d'union des droites n'est pas nouvelle mais elle paraît aujourd'hui très difficile à réaliser

Il y a déjà eu quelque chose d'approchant. Mais plus qu'une union des droites, il faut parler d'une agrégation des électorats. 

C'était en 2007 avec l'élection de Nicolas Sarkozy. Il avait su attirer sur son nom le vote d'une partie des classes populaires en plus du vote de la droite dite classique. 

Et le grand théoricien, à l'époque, de cette union des droites ou de cette agrégation des électorats était l'essayiste Patrick Buisson. 

Patrick Buisson qui, dans une interview le 31 juillet dernier au journal L'Opinion, a lui-même fait une croix sur cette potentielle recomposition. Parce que cette idée, selon lui, est un "concept du siècle dernier". Et parce qu'aujourd'hui le clivage pertinent et structurant de la vie politique en France, ajoute-t-il, ne serait plus un clivage entre droite et gauche mais un clivage entre "libéraux et anti-libéraux". 

C'est en partie ce qu'a essayé d'expliquer à cette convention de la droite, ce weekend, le philosophe Raphaël Enthoven. Avec la chute du mur de Berlin et l'effondrement du bloc communiste, les "démocraties occidentales sont (progressivement) passées (selon lui) du diptyque droite - gauche au diptyque libéraux contre souverainistes". 

Dans ces conditions, comment réunir les électeurs souverainistes de la droite nationale et identitaire et les électeurs de la droite dite républicaine qui ont des conceptions beaucoup plus libérales en matière d'économie ? Ça semble impossible. 

Car les déçus du fillonisme qui ont des préoccupations identitaires votent déjà pour le Rassemblement National. Les autres s’accommodent de l'offre politique proposée par Emmanuel Macron. 

Et il y a une partie de l’électorat du Front National, l’électorat populaire, qui a des revendications en matière de politiques sociales incompatibles avec les valeurs libérales de la droite en matière d'économie. 

Ce qui se passe est que Marion Maréchal, avec cette ambition de réunir les droites, fait le même pari qu'a fait avant elle Laurent Wauquiez. C'est le pari que l'affaissement du clivage droite - gauche n'est qu'un accident de l'histoire, qu'il va redevenir le principal élément structurant de la vie politique. 

En réalité, tout laisse à penser que ce n'est pas le cas, que le clivage entre libéraux et anti-libéraux (ou entre mondialistes et souverainistes) est bel et bien celui qui a pris le pas.

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