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La ministre Brigitte Bourguignon est sortie en tête du premier tour de la législative partielle dans le Pas-de-Calais.

Législatives partielles : les dangers de la boule de cristal

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Les états-majors des partis politiques ont scruté à la loupe le résultat des quatre législatives partielles ce week-end. Et sont tentés d'y lire des enseignements nationaux. A tort.

La ministre Brigitte Bourguignon est sortie en tête du premier tour de la législative partielle dans le Pas-de-Calais.
La ministre Brigitte Bourguignon est sortie en tête du premier tour de la législative partielle dans le Pas-de-Calais. Crédits : Christophe Archambault - AFP

Cela vous a peut-être échappé : on a voté ce dimanche dans quatre circonscriptions. Quatre élections législatives partielles, dans le Pas-de-Calais, dans l'Oise, à Paris et en Indre-et-Loire. Il s'agissait de remplacer plusieurs députés démissionnaires ou décédés.

Autant dire que les états-majors politiques ont observé à la loupe ces batailles. Et évidemment, ils en ont tiré des enseignements qui les confortent.

Jean-Luc Mélenchon, par exemple, s'est extasié sur les 21% recueillis par la candidate insoumise Danielle Simonnet, à Paris, dans le XXème arrondissement.

« La preuve par Simonnet : on peut y arriver » : voici les mots de Jean-Luc Mélenchon, qui semble y voir un présage pour sa propre candidature en 2022.  

Anne Hidalgo, elle, souligne que la candidate arrivée en tête est celle du Parti socialiste, Lamia El Aaraje, avec 26% des suffrages. 

Le Parti communiste se félicite de dépasser les 10%. Son patron, Fabien Roussel, souligne que c'est le double du score de 2017.

Les écologistes, eux, préfèrent aussi se concentrer sur la progression, faute de candidat qualifié pour un deuxième tour. David Cormand, l'un des cadres écolos, a même sorti la calculette : 8 points pour les Verts à Paris, 10 points en Indre-et-Loire.

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Du côté de La République En Marche, on se tourne volontiers vers le Pas-de-Calais, où l'actuelle ministre Brigitte Bourguignon est sortie en tête du premier tour. « La preuve que la compétence paie », s'exclame Christophe Castaner, le chef de file des députés LREM.  

Au second tour, LREM sera opposé au Rassemblement national (représenté par Marie-Christine Bourgeois).

De leur côté, Les Républicains préfèrent zoomer sur l'Indre-et-Loire et sur l'Oise, où les candidats LR arrivent en tête.  

Bref, comme l'on dit souvent, hier c'était un peu « L'école des fans » : tout le monde a gagné.  

Sauf qu'il est, selon vous, très difficile de tirer des enseignements nationaux de ces quatre élections législatives partielles...

Et d'abord pour une raison : l'abstention. Elle a été énorme, hier. Est-ce l'effet covid, le manque d'information sur ces votes, le désintérêt, ou bien la flemme de se déplacer par un dimanche ensoleillé ? Sans doute un peu de tout cela.  

En tout cas, hier, selon les circonscriptions, 7 à 8 électeurs sur 10 ont boudé les urnes.  

Alors bien sûr, on comprend que les partis politiques cherchent à tout prix des motifs d'espoir. A un mois des régionales, à un an de la présidentielle, ils espèrent qu'une hirondelle fasse le printemps électoral pour leur camp.

C'est de bonne guerre.

Mais prédire des résultats nationaux à partir de ces élections partielles, c'est un peu comme contredire le réchauffement climatique parce qu'il a fait frisquet un dimanche matin.  

Erreur d'échelle, erreur de sociologie électorale.

Lors de la présidentielle, 80% des électeurs se déplacent. Hier c'était 20%. Celles et ceux qui sont allés voter sont plus investis, plus informés, plus politisés que la moyenne.  

Des électeurs qui connaissent la politique locale. D'ailleurs, c'est finalement le seul enseignement provisoire qu'on puisse tirer de ces élections partielles.  

Une prime aux sortants et aux personnalités connues.

Dans le Pas-de-Calais, la candidate macroniste Brigitte Bourguignon était déjà élue de cette circonscription depuis 2012, auparavant sous l'étiquette socialiste.

De même à Paris, Danielle Simonnet fut déjà la candidate de la France insoumise à l'élection municipale, investie de longue date, identifiée.

Conclusion : quand peu d'électeurs votent, c'est l'anti-dégagisme qui se produit.

Quand la participation est réduite aux sympathisants et aux militants politiques, ce sont les mieux implantés qui gagne.

Tout l'inverse de la grande vague macroniste de 2017, où des candidats largement inconnus avaient bénéficié de l'aura du nouveau président.

Les législatives partielles d'hier montrent que les votants veulent des personnalités plutôt que des sigles. Des racines plutôt que des parachutes.

En somme, des candidats qui mettent en avant leur investissement plus que leur investiture.

Frédéric Says

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