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Christophe Castaner, le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, a annoncé le 30 novembre la "réécriture totale" du controversé article 24.

L'art de reculer sans trop le montrer

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En politique, nombre de gouvernements ont repoussé un projet de réforme, peu l'ont avoué.

Christophe Castaner, le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, a annoncé le 30 novembre la "réécriture totale" du controversé article 24.
Christophe Castaner, le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, a annoncé le 30 novembre la "réécriture totale" du controversé article 24. Crédits : Anne-Christine Poujoulat - AFP

De l'art de choisir les mots. Hier, la majorité a annoncé la suspension de l’article 24. "Suspension", pour ne pas dire "retrait" de ce texte très controversé sur la diffusion d’images et la protection des policiers.  

Mais le gouvernement Castex est loin d’être le premier à connaître la difficulté de la méthode du retrait ; ce qu’on pourrait appeler un “legislatus interrutpus”. 

Il y a ceux qui reculent, en trouvant des excuses. Ainsi, en 2014, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault renonce à présenter la loi sur la Famille, qui légaliserait la PMA pour toutes les femmes. 

Et là, l’excuse, c’est le calendrier, trop serré. Ce qui ne dupe personne, écoutez ce compte-rendu de France 3 à l’époque [extrait sonore].

Finalement, cette loi ne sera jamais présentée sous le quinquennat Hollande. 

CPE

“Raisons de calendrier” : il y a un moyen mnémotechnique pour se souvenir de ce que ça signifie : “calendrier” ça commence comme “calendes grecques”, et ça finit comme “cendrier”. Autrement dit : repousser une réforme pour mieux l’éteindre. 

Comment ne pas penser à l’ubuesque épisode du CPE, en 2006, sous Jacques Chirac ? Le Contrat Première Embauche, violemment combattu par la rue, mais ardemment défendu par le premier ministre Dominique de Villepin. Alors Jacques Chirac fait déjà du « En même temps » : il promulgue le texte tout en demandant qu’il soit revu : 

"J'ai décidé de promulguer cette loi, mais j'ai entendu également les inquiétudes qui s'expriment chez de nombreux jeunes ; c'est pourquoi je demande au gouvernement de préparer immédiatement deux modifications de la loi sur les points qui ont fait débat”.

“J’ai entendu l’inquiétude”. Vingt ans plus tôt, c’étaient presque les mêmes mots, toujours autour de Jacques Chirac, cette fois Premier ministre. En décembre 1986, la réforme "Devaquet" des universités est retirée. Voici comment le justifie à l’époque l’un des porte-paroles, Jean-Claude Gaudin : 

"Nous nous donnons le temps de réflexion, nous écoutons, nous rédigerons mieux - ce que nous n'avons peut-être pas su faire (...) Il n'y a pas pause, il y recherche d'une meilleure compréhension avec les Françaises et les Français, et en particulier les jeunes.”

"Pas de pause", nous assure alors Jean-Claude Gaudin sur Antenne 2… Sauf que cette réforme des universités ne reverra en fait jamais le jour. 

Prendre le temps pour mieux expliquer et mieux rédiger ? Hier Christophe Castaner a tenté un argument similaire, face à la presse : 

"Nous savons que des doutes persistent encore. Nous devons éteindre ces doutes. Et lorsqu'une telle incompréhension ne cesse de s'intensifier sur un sujet aussi fondamental, nous avons le devoir de nous interroger collectivement”.

Reculer en faisant semblant d'avancer : chez les danseurs, cela s'appelle le moonwalk, en politique, on préfère donc appeler cela « s'interroger collectivement ».

On l'entend avec ces exemples : ne jamais prononcer le mot “retrait”, cela sonne comme “retraite en rase campagne”. Et au moment d’une campagne, justement, il ne fait pas bon avoir capitulé. Auprès de l’opposition, vous passez pour faible ; auprès de vos soutiens, pour indécis. 

Finalement, donner du temps au temps, c’est surtout donner du temps... à l’oubli. 

Frédéric Says

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