LE DIRECT
300 à 400 personnes se sont rassemblées lundi 30 avril, place de la République à Paris, à l'appel de plusieurs partis de gauche (PCF, Génération.s, NPA...)

1er mai : pourquoi la mobilisation unitaire contre le gouvernement est impossible (jusqu'ici)

4 min
À retrouver dans l'émission

Les syndicats et les partis politiques abordent ce 1er mai en ordre dispersé.

300 à 400 personnes se sont rassemblées lundi 30 avril, place de la République à Paris, à l'appel de plusieurs partis de gauche (PCF, Génération.s, NPA...)
300 à 400 personnes se sont rassemblées lundi 30 avril, place de la République à Paris, à l'appel de plusieurs partis de gauche (PCF, Génération.s, NPA...) Crédits : Patrice Pierrot - AFP

« Ordre dispersé », l’expression relève d’ailleurs du cliché, tant on voit bien la dispersion mais assez mal l'ordre. Sur le plan politique, ça n’est pas très différent. Vous l’avez entendu dans le reportage de Stéphane Robert dans le journal de 8h : place de la République à Paris, hier soir, l'affluence fut limitée à quelques centaines de personnes autour des représentants des partis de gauche. Sans la France insoumise (qui a décliné),  sans le PS (qui n’a pas été invité). 

Pas de quoi faire trembler l’Élysée. Pourtant, quand on y pense, quel paradoxe ! Jamais, dans l'Histoire récente, les syndicats n’avaient eu autant de motifs de mobilisation. Après la loi Travail de l’automne, les ordonnances SNCF du printemps, on nous annonce une réforme des retraites, qui suivra celle de l’Assurance chômage. Soit exactement tous les chiffons rouges, qui un par un, ont jadis provoqué la chute de gouvernements. Et pourtant : rien, ou pas grand-chose jusqu’ici. 

Voilà pour le fond, on pourrait aussi parler de la forme. Les syndicats sont allégrement contournés, pour ne pas dire méprisés. Les ordonnances succèdent aux ordonnances. Et les "concertations" voulues par le gouvernement ont quelque chose du village Potemkine de la négociation sociale. Il y a des tables, il y a des chaises, il y a des interlocuteurs… mais l’essentiel semble déjà décidé. Le fond, la forme, tout concoure théoriquement à un combat unitaire. 

Et pourtant, l’unité syndicale et politique semble loin, très loin… 

Oui, écoutez cet extrait du journal télévisé du 1er mai 2008, voilà ce que vous n’entendrez pas ce soir au 20 heures. Bernard Thibaud, le patron de la CGT, est juste à côté de François Chérèque de la CFDT. [extrait sonore]

CGT et CFDT main dans la main ou presque. Nous sommes donc en 2008, un an après la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy. Et cette unité syndicale se veut un avertissement lancé au gouvernement. En 2003, même chose, nous sommes un an après la réelection de Jacques Chirac. Et les mêmes protagonistes sont côte à côte dans le défilé du 1er mai. [extrait sonore].

Alors comment comprendre que cette fois-ci, ce geste d’unité soit impossible ? Il y a d’abord les désaccords stratégiques. La CGT veut la "convergence des luttes" : étudiants, cheminots, personnels hospitaliers, etc. La CFDT s’y oppose. Elle préfère défendre ici les fonctionnaires, là les employés de la SNCF. "Nous ne souhaitons pas participer à quelque chose de plus politique que syndical", explique la n°2 de la CFDT. 

Il y a aussi la division politique. Les luttes fratricides à gauche ont laissé des traces. Le mépris et le clanisme ont fait le reste. Scène vue, par exemple, dans le documentaire consacré à la campagne de Benoît Hamon, diffusé il y a quelques jours sur France 3. Le candidat socialiste évoque ses différences avec Jean-Luc Mélenchon :

"Jean-Luc a une stratégie qui n'est pas du tout la même que la mienne. Il se fait le porte-parole de la colère du peuple. Et il est obligé d'atténuer la question du clivage gauche-droite ; puisqu'il transforme ce clivage horizontal (gauche/droite) en un clivage vertical (élites/peuple)".

Et voilà pourquoi l’idée d’une estrade commune donne des boutons aux uns et aux autres. 

Enfin, dans les entraves à l'unité, il y a la multiplication des initiatives et des dates : meeting des partis de gauche hier soir, défilé du 1er mai aujourd’hui, rassemblement anti-Macron de François Ruffin samedi. S’il n’y a pas convergence des luttes, il y a divergence des calendriers. 

La CGT refuse d’ailleurs de participer à la manifestation de Ruffin. « Notre objectif n’est pas de chasser Macron du pouvoir », explique un membre de la direction de la CGT dans le Monde daté d’aujourd’hui. 

L'organisateur, député de la France Insoumise, a intitulé son rassemblement « La Fête à Macron ». Dans le magazine Society, il confie ses "doutes" sur l’événement, le "peu de certitudes" que cela fonctionne. François Ruffin a eu cette phrase : « On sait qu’on veut faire quelque chose mais on ne sait pas exactement quoi. » La phrase est sans doute aujourd’hui le meilleur dénominateur commun à toutes les formes de contestation. 

Frédéric Says

Chroniques

8H19
30 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Inégalités mondiales : Marx avait-il tout prévu ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......