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Le Premier ministre s'est rendu à Rouen, lundi 30 septembre, pour tenter de dissiper les inquiétudes.

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Après l'incendie de l'usine à Rouen, l'exécutif peine à rassurer la population.

Le Premier ministre s'est rendu à Rouen, lundi 30 septembre, pour tenter de dissiper les inquiétudes.
Le Premier ministre s'est rendu à Rouen, lundi 30 septembre, pour tenter de dissiper les inquiétudes. Crédits : Lou Benoist - AFP

Le décès de Jacques Chirac a certes occulté en partie cette catastrophe de nos écrans, l'angoisse n'en est pas moins persistante chez les habitants. 

Des peurs pour la santé, pour l'environnement, pour la sécurité. Tout y concourt, dans cette affaire : un incendie spectaculaire. Une usine qui produit des additifs chimiques. Un classement Seveso, dont le nom renvoie à ce nuage toxique qui avait pollué la petite commune italienne en 1976. 

Quelles causes, quelles conséquences ? Hier soir à Rouen, un attroupement s'est formé devant le conseil de la métropole, où intervenait le préfet. Et les manifestants ont scandé ceci:  

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« On veut la vérité », disent-ils au micro de notre confrère Thomas Schonheere de France Bleu Normandie. 

Dans ce contexte délicat, la mission d'un responsable politique est triple. Jauger les risques au plus juste ; s'assurer que les mesures sont prises ; éviter la psychose. 

Cette dernière tâche est sans doute la plus complexe. Car depuis plusieurs jours - à côté des témoignages factuels et des questionnements légitimes -, les manipulations se répandent sur internet et les réseaux sociaux. 

De faux communiqués de la préfecture, de fausses recommandations du CHU, des photos détournées, des montages, des rumeurs alarmistes circulent

Défiance

Le déplacement d'Edouard Philippe à Rouen hier soir se voulait donc aussi une réponse symbolique. Le message subliminal est le suivant : si le premier ministre vient respirer l'air de Rouen, alors c'est qu'il n'y a pas de danger. C'est la politique "do it yourself". Non pas "la preuve par trois", mais "la preuve par moi". 

Mais nous sommes à l'ère de la défiance. Pour une partie des citoyens, il suffit qu'un responsable politique dise « noir » pour que la vérité soit irréfutablement « blanc ». 

Certains responsables, c'est vrai, ont historiquement contribué à doper ce scepticisme. Souvenez-vous des communiqués sur la santé des présidents de la République. « Rien à signaler » assuraient-ils de personnalités qui souffraient d'un cancer. Plus récemment, on peut penser aux révélations de la pollution au plomb après l'incendie de Notre-Dame de Paris. 

A cette aune, il est d'ailleurs intéressant d'analyser la communication d'Edouard Philippe, ancien maire du Havre devenu Premier ministre. Voici ce qu'il a dit hier soir : 

"L'ensemble des analyses nous permet de dire que la qualité de l'air à Rouen n'est pas en cause. C'est ce que me disent les scientifiques et les techniciens (...). Je connais Rouen, j'y ai beaucoup d'amis, et je veux dire que sur cet événement nous voulons faire l'absolue transparence". 

L'argumentation est symptomatique. Edouard Philippe demande la confiance, mais pas au nom de l'autorité politique, garante de l'intérêt général... Non, il s'appuie sur les scientifiques, et sur le fait d'être lui-même originaire de Normandie. Gérald Darmanin avait usé du même procédé argumentatif : "le Premier ministre est Normand et il a particulièrement à l'attention (...) les sujets rouennais." (ce dimanche dans "Le grand rendez-vous" Europe 1-CNews-Les Echos)

Autrement dit, ce n'est pas l’État parisien qui parle, c'est la science et l'homme "près de chez vous". 

Réponses

Il est vrai que les causes et les conséquences de cet incendie sont encore incertaines. Ce qui légitime les craintes de la population. Le directeur de l'usine évoque un feu venu de l'extérieur du site. Il a d'ailleurs porté plainte pour « destruction involontaire ». 

Une nouvelle étude sanitaire doit être publiée aujourd'hui, d'autres prendront plusieurs semaines. 

C'est peut-être aussi cela qui alimente la panique. 

A notre époque où l'ensemble du savoir universel est accessible quasi-instantanément, en deux clics - de l'Histoire des Mayas à la recette de la tarte tatin - le fait de ne pas avoir d'information immédiate nous place dans une anxiété existentielle. 

Notre cerveau, habitué à trouver réponse à tout, supporte mal l'absence de précisions instantanées et définitives. 

C'est d'ailleurs le double paradoxe de la période. On demande tout à l’État sans lui accorder de crédit. Les discours rassurants sont reçus en aimables fictions. On a le sentiment que rien n'est cru... sauf si c'est une mauvaise nouvelle. 

Comme si seul pouvait être vrai ce qui est grave. Comme si seul pouvait être authentique ce qui est dramatique.

Frédéric Says

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