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Le président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon, le 20 décembre 2018.

A quoi sert un parti politique ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Peut-il se muer en un institut de sondage, une banque, un média ?

Le président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon, le 20 décembre 2018.
Le président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon, le 20 décembre 2018. Crédits : Alain Jocard - AFP

La France insoumise annonce qu'elle va désormais se transformer en institut de sondage. Ce n'est pas un poisson d'avril. Le parti de Jean-Luc Mélenchon affirme douter des résultats communiqués par les principaux sondeurs, qui le créditent de 8%, en ce début avril, pour les européennes. 

Les "insoumis" vont donc effectuer leurs propres relevés auprès d'une population représentative, pour débusquer les vrais chiffres qu'on leur cacherait. 

Ce n'est pas la première fois que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon veut prospérer dans des secteurs dont il juge les grands acteurs défaillants. 

C'est ainsi qu'est né Le Média, une webtélé proche des "insoumis", cofondée par Sophia Chikirou, l'ancienne directrice de communication du candidat Mélenchon. Avec là encore une idée similaire : détrôner les médias mainstream, accusés d'être plus ou moins volontairement menteurs et malhonnêtes. 

Plus directement, le mouvement a aussi lancé Canal FI (FI comme France insoumise), structure de communication de l'appareil. 

Dans le monde de l'entreprise, on appellerait ça la « diversification ». 

Chez LFI, elle ne s'arrête d'ailleurs pas là. Puisque le mouvement compte aussi remplacer les banques. Pour financer la campagne, Jean-Luc Mélenchon vient de lancer ce qu'il appelle un "grand emprunt populaire" : 

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En quelque sorte, des "bons du trésor insoumis". Précisons qu'il s'agit d'un prêt à zéro %. Montant minimum : 400 euros, remboursable d'ici un an. 

Alors comment comprendre cette frénésie tous azimuts, comme s'il n'y avait aucun secteur qui ne doive être doté de son organe mélenchoniste ? 

Bien sûr, il y a d'abord la conception philosophique qui fonde ce mouvement. L'idée au fond que tout est politique, et que la politique doit aller partout. Cela renvoie aussi à la conception économique des "insoumis", où le rôle de l’État est de diriger des entreprises. Et donc, à défaut d'être au pouvoir, en attendant, c'est au parti de le faire, à une échelle plus modeste. 

On retrouve également le concept de « Révolution citoyenne », cher à Jean-Luc Mélenchon : chaque secteur de la société doit se transformer lui-même, pour in fine transformer la société toute entière. 

Et puis dans ces initiatives, il y a autre chose. Quelque chose de plus global, qui dépasse la France insoumise.

Au fond, si un parti peut être aussi un institut de sondage, une banque, un média, demain une chaîne de supermarchés ou un concessionnaire automobile, cela renvoie à la question : qu'est-ce qu'un parti politique en 2019 ? 

Le parti n'est plus celui qui désigne des candidats. 

Soit parce que les primaires ouvertes se sont imposées. Ce ne sont donc plus les militants qui choisissent, mais les Français en général - ou plus exactement les sympathisants, encartés ou non, comme l'ont montré les chercheurs Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki. 

Soit parce que l'évidence du chef s'impose, dans les nouveaux mouvements "gazeux" du type La République en Marche ou la France insoumise. L'appareil partisan a donc perdu sa capacité à sélectionner. 

Il a aussi largement égaré son aptitude à élaborer une doctrine. Chacun le ressent, le monde actuel est en panne d'idées nouvelles. Et la production de celles-ci est bien souvent externalisée. Externalisée aux think-tanks, aux chercheurs, aux modèles puisés dans d'autres pays. Le parti n'est plus autant un creuset d'idéologie, dans le sens noble du terme. 

La nature ayant horreur du vide, les structures devant bien justifier de leur existence, elles cherchent une reconversion. Un nouveau souffle. Une nouvelle utilité. 

Cette diversification fera-t-elle renaître les appareils militants ? Ou au contraire, achèvera-t-elle de brouiller leur apport démocratique, et donc de les discréditer ? Ce sont les électeurs qui ont la réponse. Sans doute est-ce une bonne première question à leur poser dans le cadre d'un sondage...

Frédéric Says

Chroniques
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