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Les édiles qui rendent leur écharpe ne trouvent pas toujours de successeur. Dans ces cas-là, la préfecture administre la commune, via une délégation spéciale.

Ces communes où il n'y a aucun candidat aux municipales

3 min
À retrouver dans l'émission

Pour le scrutin des 15 et 22 mars, 106 municipalités n'ont recensé aucun prétendant à la mairie. De quoi est-ce le signe ?

Les édiles qui rendent leur écharpe ne trouvent pas toujours de successeur. Dans ces cas-là, la préfecture administre la commune, via une délégation spéciale.
Les édiles qui rendent leur écharpe ne trouvent pas toujours de successeur. Dans ces cas-là, la préfecture administre la commune, via une délégation spéciale. Crédits : Sébastien Bozon - AFP

Nous journalistes, habitués à chroniquer les grandes villes (où les listes s'amoncellent, où les candidats se marchent sur les pieds et se volent les idées), nous oublions peut-être trop de parler des "vraies" élections municipales. Celles qui concernent l'écrasante majorité des 35 000 communes. 

Or, en l'espèce, la photographie est plutôt inverse. Ce n'est pas le trop-plein, mais le vide que l'on craint ; ce n'est pas l'abondance mais la pénurie de prétendants. 

Nous nous sommes procurés hier les chiffres du ministère de l'Intérieur pour cette année 2020. 

106 villes et villages sont dépourvus du moindre candidat déclaré (la date limite était fixée à jeudi dernier). 

106 sur 35 000 : ce n'est pas un phénomène massif, qui appellerait des conclusions alarmistes. Mais plus que le nombre, c'est la tendance qui frappe. En 2014, il n'y avait que 62 communes sans prétendant... soit en 6 ans, une progression de 71%. 

On pourrait les appeler des "bourgades non courtisées", dans le jeu de la conquête électorale. 

Un exemple ? 

Souillé, dans la Sarthe. Nous sommes à 14 kilomètres au Nord du Mans. La municipalité compte 734 habitants et aucun candidat. Le maire sortant est élu municipal depuis 21 ans. Il s'arrête là et en a prévenu ses administrés dès novembre dernier. Mais personne n'a voulu saisir le relais, nous raconte "Le Maine libre". Et c'est le cas dans de nombreux départements : 

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Si de Gaulle avait théorisé la politique de "la chaise vide", voici celle du "fauteuil municipal vacant". 

En l'occurrence, ce n'est pas un esclandre, mais une silencieuse protestation contre la charge démocratique que représente la conduite d'une petite commune.

Ajoutez à cela le pouvoir qu'ont pris les intercommunalités, qui retirent autant de leviers aux communes. Et parfois un rapport difficile à la population. 

Des citoyens méfiants, souvent consuméristes, dans le pire des cas vaguement poujadistes. « Le maire est considéré comme un prestataire de service, corvéable à merci, 'après tout il est payé par nos impôts' », voilà comment nous résume la situation un maire de Gironde, qui n'a pas souhaité rempiler. 

Cette lassitude existe même là où l'élu sortant, fourbu mais combatif, se représente, faute de volontaires. 

Si les maires de ces petites communes obtiennent des scores de dictateurs, ce n'est pas parce que les opposants politiques ont été enfermés, c'est parce que ces derniers... n'existent pas. Des scores à la Nord-Coréenne, l'abstention en plus, le faste en moins. 

Que se passe-t-il quand il n'y a aucun candidat à la mairie ?

La préfecture nomme une délégation pour gérer provisoirement la commune. Les élections sont reportées, un nouveau délai de 3 mois est accordé pour constituer une liste. 

Si au bout de ce trimestre, la liste de candidats est toujours aussi vide, alors la préfecture peut laisser le pouvoir à la délégation -  un pouvoir de gestion du quotidien urgent, comme le paiement des salaires et des charges. 

A moyen terme, l'Etat peut décider de rattacher cette municipalité à l'une de ses voisines. 

Voilà pourquoi il faut s'intéresser à ces édiles des petites communes, qui cumulent les mandats dans le temps, faute de relève. 

Ils sont les vaisseaux sanguins du corps républicain, qui l'irriguent jusque dans ses extrémités. C'est sans doute moins spectaculaire qu'une bataille rangée à Paris ou à Marseille, ce n'est pas forcément moins riche d'enseignements.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
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