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Sans leader ni représentant élu, les gilets jaunes font "bugguer" le logiciel traditionnel du gouvernement.

Les "Gilets jaunes" doivent-ils devenir un mouvement politique ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement peine à saisir ce rassemblement aux contours imprécis.

Sans leader ni représentant élu, les gilets jaunes font "bugguer" le logiciel traditionnel du gouvernement.
Sans leader ni représentant élu, les gilets jaunes font "bugguer" le logiciel traditionnel du gouvernement. Crédits : - - AFP

Les journalistes, les historiens, les sociologues s'arrachent les cheveux depuis trois semaines. A quoi ressemble ce mouvement des "Gilets jaunes" ? A quel événement historique le comparer ? L'on entend des rapprochements avec mai 68, avec les émeutes de 2005, voire avec 1789. Sans qu'aucune de ces comparaisons n'apporte pleinement satisfaction. 

Le gouvernement n'est pas plus éclairé. Il y a comme un bug au sommet de l'Etat. Impossible de se connecter. On parle d'ailleurs de "déconnexion du pouvoir". La mobilisation des gilets jaunes échappe au logiciel classique. 

C'est un mouvement qui se dit apolitique, mais qui fait de la politique. 

Un mouvement qui se dit non partisan, mais qui promeut un programme et des revendications. 

Un mouvement qui affirme représenter le peuple, mais qui peine à désigner lui-même ses propres représentants. 

Le giléjaunisme, c'est une idéologie qui ne positionne pas sur l'échiquier politique, mais qui est à l'évidence une force d'opposition. L'opposition la plus coriace, à vrai dire. Contrairement à la France insoumise, au Rassemblement national, au PS ou à LR, les gilets jaunes ne sont soumis à aucun plafond de temps de parole réglementaire dans les médias. Dès lors, et c'est naturel, ils inondent, ils diluent, ils emportent dans un torrent médiatique les quelques éléments de langage du gouvernement. 

Et le problème, à vrai dire, ne se pose pas seulement au gouvernement, mais à tous les élus. 

« Les 'Gilets jaunes', je ne sais pas par quel bout les prendre » nous confiait hier le maire socialiste d'une grande ville du centre de la France. Cette sidération des politiques, c'est l'atout majeur de ce mouvement aux contours indéfinis, polymorphe, gazeux. Qu'un élu tende la main, essaye de le saisir et il se volatilise. Edouard Philippe en fait encore aujourd'hui l'expérience, lui qui se fait poser un lapin par les gilets jaunes dits modérés.   Ah, finalement comme tout était simple au bon vieux temps du CPE, cette crise de fin de règne chiraquien [extrait sonore]. Il suffisait de recevoir les syndicats, d'abroger la loi et tout le monde rentrait chez soi. 

Cette fois, l'impossibilité de communiquer aggrave chaque jour le blocage. Et puisque le pouvoir est dans l'ornière, les mécontents de tous bords l'y enfoncent un peu plus. "La revanche des humiliés", disions-nous l'autre jour, en tout cas la revanche des perdants du début de quinquennat. Les lycéens sont entrés dans la danse hier. Et ils ont rejoint les vapeurs de lacrymogène ici et là, contestations retransmises depuis les téléphones en direct sur Snapchat, avec le frisson de l'émeute. Les ambulanciers ont eux aussi bloqué les abords de l'Assemblée nationale. La CGT sera dans la rue le 14 décembre. Les agriculteurs se tâtent pour en faire de même. 

Il ne manquerait plus qu'une crise carcérale, qu'un débrayage hospitalier, qu'une imitation du mouvement à l'étranger, et le tableau serait complet. En l'occurrence, ce serait un tableau de Pierre Soulages, noir, à l'unisson avec le moral du gouvernement. 

Voilà pourquoi l'exécutif doit reprendre la main. S'il veut empêcher cette explosion en chaîne, il doit accepter l'idée que nous sommes à un tournant du quinquennat. Un virage qu'il faut opérer au risque de renier les postures martiales d'il y a dix jours : "pas de changement de cap", promettait la présidence. Les archives seront impitoyables, certes, mais l'exécutif n'en est plus à peaufiner son image de marque. La séquence qui s'achève est celle d'un De Gaulle à l'envers. Face à la foule, le chef de l’État a jusqu'ici semblé dire : "Je ne vous ai pas compris".

Frédéric Says

Chroniques
8H19
43 min
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