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Edouard Philippe en campagne au Havre, le 1er février 2020. Il occupait le fauteuil de maire depuis 2010, avant d'être nommé Premier ministre en 2017.

Peut-on être Premier ministre et candidat aux municipales ?

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Edouard Philippe, tête de liste au Havre, est sous le feu des critiques de l'opposition. "Je m'en fous", répond sobrement le chef du gouvernement.

Edouard Philippe en campagne au Havre, le 1er février 2020. Il occupait le fauteuil de maire depuis 2010, avant d'être nommé Premier ministre en 2017.
Edouard Philippe en campagne au Havre, le 1er février 2020. Il occupait le fauteuil de maire depuis 2010, avant d'être nommé Premier ministre en 2017. Crédits : Lou Benoist - AFP

Demain pour la première fois, le candidat à la mairie du Havre assistera au conseil des ministres. Edouard Philippe, tout juste paré de ce nouvel habit, semble décidé à montrer que cette candidature n'a pas d'incidence sur son travail de chef du gouvernement. 

Il le dit d'ailleurs sans détour, lorsqu'il est interrogé sur les critiques de l'opposition à propos de cette double casquette : "je m'en fous" répond sobrement Edouard Philippe au Journal du dimanche.

Pourtant, il serait illusoire d'affirmer qu'aucune question ne se pose.

Quel que soit le talent d'un responsable politique, ses journées ne durent que 24 heures. Comment assurer une campagne sans ébrécher l'énergie et le temps consacré à Matignon ?

On sait que le rôle de Premier ministre représente un plein-temps, voire deux ou trois... La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a une solution : 

"Il fera un quatrième plein temps ! Quand on est Premier ministre, on a souvent cette capacité à avoir une puissance de travail importante" (sur Franceinfo avec Gilles Bornstein). 

Un quatrième plein temps, il fallait y penser, en pleine période de contestation. 

Il y a d'ailleurs une contradiction, au sein du gouvernement : accaparée par le coronavirus, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, elle, a remisé ses velléités de candidature municipale, pour se concentrer sur sa tâche ministérielle. 

Or, ce qui vaut pour une ministre de la santé en temps de crise sanitaire... ne vaudrait pas pour un premier ministre en temps de crise sociale ? 

Onction

L'opposition se régale déjà de cet angle d'attaque, comme Yannick Jadot, l'eurodéputé Europe Ecologie Les Verts :

"Pour moi, c'est une forme de démission face aux difficultés des Français, et un manque de respect vis-à-vis des habitants du Havre" (sur Europe 1 avec Sonia Mabrouk). 

Certes, mais on peut aussi voir la chose autrement. N'est-il pas sain que les responsables ministériels passent devant les électeurs ? 

Pendant la crise des gilets jaunes, le gouvernement fut accusé d'être "déconnecté", "parisien", "technocrate"... N'est-il pas utile de demander l'onction des urnes ? 

Un premier ministre en campagne municipale, ce n'est d'ailleurs pas une première sous la Vème république... 

C'est vrai : Jacques Chaban-Delmas s'est présenté à Bordeaux (1971), Pierre Mauroy à Lille (1983), Alain Juppé à Bordeaux (1995). 

La différence, c'est que l'époque était moins sensible au cumul des mandats. 

Ces hommes dirigeaient à la fois Matignon et leur mairie. Edouard Philippe, lui, a promis de s'asseoir sur le fauteuil de maire... uniquement lorsqu'il ne serait plus chef du gouvernement. 

Et voici, en réalité, l'explication. 

Edouard Philippe veut sécuriser son siège. Il craint le "syndrome Gérard Collomb". 

Souvenez-vous, le maire de Lyon - et président de la métropole du Grand Lyon - est parti à Paris pour prendre le ministère de l'Intérieur au début du quinquennat actuel. Il avait adoubé à sa place un "homme de confiance" pour présider la métropole. Sauf que : quand Gérard Collomb a démissionné du ministère pour revenir dans le Rhône... l'homme de confiance, David Kimelfeld, n'a pas rendu la place : "j’ai passé l’âge de lever la main pour demander où je dois aller". 

Les absents ont toujours tort, surtout en politique. 

Voilà pourquoi Edouard Philippe choisit de faire campagne en son nom au Havre. S'il est élu, nul autre que lui ne pourra revendiquer la légitimité électorale.

Frédéric Says

Chroniques

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