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Plusieurs responsables politiques ont appelé ces derniers jours à "élargir", à "dépasser" leur parti.

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Les appels à "élargir", à "dépasser" les formations politiques se multiplient.

Plusieurs responsables politiques ont appelé ces derniers jours à "élargir", à "dépasser" leur parti.
Plusieurs responsables politiques ont appelé ces derniers jours à "élargir", à "dépasser" leur parti. Crédits : Philippe Huguen - AFP

Il est intéressant d'observer les tics de langage récurrents dans le débat public ; ils nous en disent souvent long sur l'époque que nous traversons. 

En ce moment, parmi les éléments de langage usés jusqu'à la corde, on entend beaucoup l'idée d' « ouvrir les portes et les fenêtres » des partis politiques. Voici respectivement des orateurs de la France Insoumise, de la République en Marche, d'Europe Ecologie, et du PS : [Extrait sonore Clémentine Autain, Jean-Baptiste Lemoyne, Karima Delli, Annick Lepetit].

Autrement dit, ça sent un peu le renfermé à l'intérieur des masures de la vie politique française. Cela manque d'air, d'oxygène, d'espace. 

Variantes : il faut « élargir la formation politique », « dépasser l'appareil ». Bref, tout changer pour en finir avec le dégoût qu'inspirent les partis politiques, auxquels 11% des Français seulement disent faire confiance, selon le CEVIPOF.  

L'objectif est sans doute louable ; la méthode est néanmoins discutable. 

Comment prétendre aller recruter des soutiens dans la société civile, dans les associations, auprès des syndicats, alors même que les partis ne sont plus capables d'attirer de simples militants ? Cela revient un peu à agrandir le restaurant avant même d'avoir une clientèle ! 

Cette crise de l'engagement se lit d'ailleurs dans les chiffres... 

Oui, il y a en France aujourd'hui moins d'1,5 million de militants encartés, tous partis confondus. 

Et encore, ce total est atteint... si l'on se fie aux chiffres communiqués par les appareils, dont chacun sait qu'il faut avoir confiance en eux comme dans les performances naturelles de certains vainqueurs du tour de France (c'est-à-dire avec circonspection). 

Mais admettons les statistiques revendiquées par les partis. J'ai fait le calcul : il y a aujourd'hui en France moins d'encartés politiques que de licenciés à la fédération française de pêche : 1,6 million de pêcheurs, contre 1,3 million d'adhérents dans le meilleur des cas. 

Ce dernier chiffre est donc invérifiable et de toute façon assez abstrait, dans la mesure où En Marche et la France insoumise ne font pas payer de cotisation. 

Un simple clic suffit pour être considéré comme adhérent. 

Qu'importe que le "marcheur" ou l'"insoumis" ne participe ensuite à aucune réunion, à aucune distribution de tract, à aucun collage d'affiches. 

Comment pourrait-on le blâmer d'ailleurs ? La vie militante de ces deux mouvements est très peu codifiée, très peu rythmée par des temps collectifs. Les réunions de section ou de fédérations locales n'existent pas en tant que telles. Pas davantage que les congrès, les votes internes pour départager les différentes tendances. C'est donc un soutien largement virtuel, au-delà du noyau dur de ces galaxies politiques. 

Ces deux mouvements, En marche et France insoumise, incarnent d'ailleurs sans doute le modèle poursuivi par les vieux partis : une adhésion souple, réversible, précaire, presque anodine. 

C'est comme en économie : moins de contraintes pour davantage d'attractivité. 

Sans doute est-ce la modernité de l'engagement, dans une société qui promeut la mobilité, le changement et une forme de zapping. Le renouvellement des marques politiques pour éviter leur péremption de plus en plus rapide. 

Cela dit, en voulant sans cesse "élargir", "ouvrir", "dépasser", les partis risquent de perdre en cohérence ce qu'ils gagnent en effectifs. De bâtir la nouvelle maison sur du sable plutôt que sur du ciment. De voir leurs rangs fluctuer violemment au gré des euphories de campagne et des déprimes d'élections. 

Ils risquent aussi de diluer - et de perdre - les derniers militants acharnés et investis ; car le principe d'"ouvrir les portes et les fenêtres", c'est aussi qu'on laisse sortir ceux qui se trouvent à l'intérieur.

Frédéric Says

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