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Jean-Luc mélenchon à Marseille, le 25 août 2018.

Jean-Luc Mélenchon pris en étau sur l'immigration

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A l'aube de la campagne des élections européennes, le leader des "Insoumis" doit faire face à des reproches contradictoires.

Jean-Luc mélenchon à Marseille, le 25 août 2018.
Jean-Luc mélenchon à Marseille, le 25 août 2018. Crédits : Christophe Simon - AFP

Observons d'abord cette règle quasi-infaillible : en général, plus les sujets sont complexes, plus ils sont posés en termes simplistes. Ainsi, sur la question de l'immigration, les adjectifs fusent entre adversaires politiques : les uns seraient "xénophobes" sans nuances, quand les autres seraient "immigrationnistes" sans vergogne. 

Les termes du débat eux-mêmes sont piégés : "êtes-vous pour l'ouverture ou la fermeture" ? "Pour ou contre l'immigration ?". Mais de quoi parle-t-on ? S'agit-il de l'immigration légale (étudiants, salariés, conjoints, regroupement familial) ? Ou parle-t-on des demandeurs d'asile ? Des réfugiés ? Des clandestins ? Bref, faute de précisions, le débat semble devoir se cantonner aux slogans répétitifs et aux postures attendues.    C'est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon semble pris en étau. En témoigne les réactions à son discours de Marseille où il disait ceci :  

"Oui, il y a des vagues migratoires. Oui, elles peuvent poser de nombreux problèmes aux pays d'accueil. Elles posent de nombreux problèmes quand certains s'en servent pour faire du profit sur le dos des malheureux. (...) Et nous avons toujours réagi de cette manière. Si vous lisez Jean Jaurès et les penseurs du socialisme, ils ont toujours dit : "vous vous servez de l'immigration pour abaisser le coût des salaires ; vous vous en servez pour lutter contre les acquis sociaux. Honte à vous, qui nous parlez d'"appel d'air", parce qu'on n'a pas rejeté les gens [les migrants] à la mer, parce qu'on ne les a pas laissés mourir sur place. Comment osez-vous parler de cette manière-là ?"

Une sorte de "En-même temps" mélenchoniste. Ou comment conjuguer l'accueil et la défense des travailleurs. Une vision qui s'éloigne de l'internationalisme, regrette Olivier Besancenot :

Le même reproche de nationalisme est aussi adressé à Mélenchon par la République en marche. Pour le ministre Benjamin Griveaux :

"J'ai peur que Jean-Luc Mélenchon, qui se dit internationaliste, soit au fond un nationaliste de première catégorie".

Et la droite dans tout cela ? Elle fustige le "laxisme" de Jean-Luc Mélenchon, en particulier parce qu'il veut régulariser les travailleurs sans-papiers. Dans le même temps, le Medef et les syndicats de restaurateurs demandent à pouvoir embaucher les migrants pour faire face aux pénuries de main d’œuvre. Bref, tout cela se complique. 

Le théorème selon lequel que "gauche = ouverture à l'immigration" et "droite = fermeture à l'immigration" semble avoir pris un sacré coup de vieux, si tant est qu'il ait été d'actualité.  Tenez, écoutez ce que disait Georges Marchais, candidat communiste en 1981 : 

"Il faut stopper l'immigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France, alors que notre pays compte près de 2 millions de chômeurs français et immigrés". 

Une question européenne 

Dans la campagne des élections européennes qui s'annonce, il est intéressant d'observer qu'une partie de la gauche fait mouvement vers la notion de "frontière". Celle-ci serait un obstacle à l'ordre mondialisé, à l'échange sans fin des flux de marchandises, de capitaux et de travailleurs. L'on voit donc que les canevas idéologiques se re-tricotent. Et ce n'est pas exclusif à la France. En Allemagne, connaissez-vous le mouvement Aufstehen (« Debout ») ? Il est lancé aujourd'hui par une responsable de Die Linke, c'est à dire le parti de la gauche de la gauche, l'équivalent des Insoumis. La dirigeante de ce nouveau mouvement se dit hostile à la "naïveté" et aux "bons sentiments" qu'elle affirme constater chez ses camarades. Elle est favorable à une régulation drastique de l'immigration, après l'ouverture des frontières décidées par la chancelière Angela Merkel.

Alors s'agit-il d'un aggiornamento profond ou d'un virage tactique pour siphonner les droites dures ? L'enjeu de l'immigration domine en tout cas partout en Europe, "dans toutes les élections nationales depuis trois ans", comme le note ma consoeur Sylvie Kauffman du Monde (article réservé aux abonnés). De la Pologne à l'Italie. De la Grande-Bretagne à l'Allemagne. De ce point de vue, les huées qu'occasionne le positionnement politique de Jean-Luc Mélenchon ne sont que les petits craquements d'une tectonique des plaques bien plus large.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
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