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Jean-Luc Mélenchon en visite à Moscou, le 8 mai 2018, pour un hommage aux combattants de la deuxième guerre mondiale.

Les clins d’œil de Jean-Luc Mélenchon à la Russie

4 min
À retrouver dans l'émission

Le candidat de la France insoumise multiplie les déclarations favorables à Moscou.

Jean-Luc Mélenchon en visite à Moscou, le 8 mai 2018, pour un hommage aux combattants de la deuxième guerre mondiale.
Jean-Luc Mélenchon en visite à Moscou, le 8 mai 2018, pour un hommage aux combattants de la deuxième guerre mondiale. Crédits : Alexander Nemenov - AFP

Au détour d’une note sur son blog, hier, Jean-Luc Mélenchon fait la proposition suivante pour la France :

Acheter d’autres types de vaccins que celui de Pfizer-BioNtech, cette alliance entre deux entreprises, américaine et allemande. Mieux vaudrait se tourner, d'après lui, vers les solutions développées en Russie, à Cuba et en Chine, suggère le dirigeant de la France Insoumise. 

Ce n’est pas la première fois que Jean-Luc Mélenchon se pique de préférer les vaccins russes. Il ne disait pas autre chose en septembre dernier sur le plateau de France 3 :  

"C'est une erreur du président français de ne pas avoir répondu à la proposition des Russes pour mettre au point le vaccin ensemble, puisqu’ils étaient avancés et que nous savons le faire !"

Il faut souligner que plusieurs pays ont déjà choisi de se fournir en Spoutnik V, c’est le nom de l’injection russe : parmi eux, l’Argentine, l’Algérie, la Guinée... L’Inde et le Mexique ont également commandé des doses. 

Mais le tropisme russe de Jean-Luc Mélenchon dépasse de beaucoup cette seule question du vaccin. 

Dans un entretien accordé au journal L’Opinion, le candidat insoumis insiste sur sa volonté de renverser les alliances. Sortie de l’OTAN, et confiance à l’endroit de Moscou… Avec cet argument : “les Russes sont des partenaires fiables alors que les Etats-Unis ne le sont pas”.

Dans un tout autre registre, autre œillade, en octobre dernier :  Jean-Luc Mélenchon estime qu’il y a “un problème avec la communauté tchétchène en France”. Cette déclaration faisait suite à l’assassinat de Samuel Paty par un ressortissant russe d’origine tchétchène âgé de 18 ans. 

Jean-Luc Mélenchon a ensuite regretté l’emploi du mot “communauté” à propos des Tchétchènes. Mais pas le raisonnement qui le sous-tend :

“Les Tchétchènes sont arrivés en France, car le gouvernement français était très hostile à Vladimir Poutine, et les accueillait à bras ouverts» (LCI).

Autrement dit, avec la France insoumise au pouvoir, entre Poutine et les Tchétchènes, le choix serait différent.  

Que traduisent la multiplication de ces clins d’œil en direction de Moscou chez Jean-Luc Mélenchon ?

Soulignons d’abord la constance. Ces positions ne datent pas de ces derniers jours. L’an dernier, il accusait même Emmanuel Macron de “paranoïa russophobe”

Notons aussi que le dirigeant de la France insoumise n’a pas eu de mots contre les récentes lois, en Russie, qui concentrent encore davantage le pouvoir et qui offrent une amnistie à vie aux présidents. 

Alors comment expliquer ce positionnement ?

Il procède d’abord, chez Jean-Luc Mélenchon, d’une méfiance à l’égard des Etats-Unis, qu’il appelle les "Nort’Américains". 

Méfiance assez commune à gauche, nourrie aux mamelles de l’anti-capitalisme et de l’anti-impérialisme. 

Chez Jean-Luc Mélenchon, cela se double d’une solidarité viscérale avec l’Amérique latine, région du monde qu’il a parcouru, observé et admiré, en opposition, donc, au grand voisin du Nord. 

L’actualité récente a fini d’étayer ses convictions. Par exemple, la révélation de l’espionnage des dirigeants européens par les services américains, la NSA en tête. 

Position partagée

Mais Jean-Luc Mélenchon n’a pas le monopole du cœur tourné vers l’Est. Et c’est cela qui est frappant. 

On l’oublie, mais pendant la dernière campagne présidentielle, François Fillon proposait lui aussi une détente des relations avec la Russie. 

Marine Le Pen avait elle-même été reçue par Vladimir Poutine au Kremlin. Elle a déclaré que la Russie était une démocratie, un pays moderne et sûr. 

Fillon, Le Pen, Mélenchon, ce sont donc finalement trois des quatre candidats arrivés en tête en 2017 qui envisageaient un rapprochement avec Moscou. 

Trois des quatre. Et encore, Emmanuel Macron, après avoir été élu, a invité en grande pompe le président russe au château de Versailles. Il a surtout ordonné publiquement à sa diplomatie de tendre la main au maître du Kremlin. Non sans rester, bien sûr, sur ses gardes. 

Primaire

Qu’attendent donc de Moscou ces candidats ou futurs candidats ? Souhaitent-ils un soutien ? Recherchent-ils une stature internationale ? Veulent-ils renouer avec l’héritage gaulliste, "de l’Atlantique à l’Oural" ? Ou bien redoutent-ils le pouvoir de nuisance du Kremlin, via ses médias francophones comme la chaîne Russia Today ? 

Il semble en tout cas y avoir déjà, à bas bruit, une sorte de primaire qui ne dit pas son nom entre plusieurs des candidats... Une primaire à qui présentera le visage le plus russophile, le plus amical, le plus conciliant en direction de Moscou.

C’est un signe des temps. Il est dommage que les questions internationales soient souvent éclipsées des campagnes présidentielles. Il y aurait là une belle matière à débat.

Frédéric Says

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